Dans l’ombre, la force du soutien : la maréchale des logis Sonia, au cœur de la projection opérationnelle

  • Par ASP (R) Colombe Delons
  • Publié le 12 juin 2026
© GEND/SIRPA/ASP (R) C. DELONS

Du Kosovo à la Nouvelle-Calédonie, la maréchale des logis Sonia enchaîne les missions au sein du Service de soutien à la projection opérationnelle (SSPO). Une unité peu connue, mais essentielle, au cœur des engagements de la gendarmerie hors du territoire métropolitain.

Rien ne prédestinait la maréchale des logis (MDL) Sonia à porter l’uniforme. Issue du milieu civil, elle construit d’abord sa carrière dans le commerce, jusqu’à devenir responsable de boutique. « La gendarmerie, c’est un milieu que je connaissais peu. Je n’avais personne dans mon entourage dans l’institution », confie-t-elle.

Mais derrière ce parcours se dessine déjà une constante : l’envie d’aider les autres. Pompiers, métiers hospitaliers… plusieurs pistes ont été envisagées, sans jamais franchir le pas. C’est finalement la fermeture du magasin au sein duquel elle est employée comme responsable qui agit comme un déclic. « J’étais en CDI, responsable, bien installée… et pourtant je me suis lancée ! »

Une plongée immédiate dans l’opérationnel

Elle intègre le Centre national de formation du Corps de soutien technique et administratif de la Gendarmerie nationale (CNF-CSTAGN) en février 2023, sans savoir réellement à quoi s’attendre. « Le retour en école s’est très bien passé. J’avais l’habitude du travail en équipe, notamment grâce au football que je pratique depuis toujours. » En septembre de la même année, elle rejoint sa première affectation au Service de soutien à la projection opérationnelle (SSPO), à Rosny-sous-Bois, dans une nouvelle spécialité Appui opérationnel transverse (AOT) fusionnant les spécialités AGP (Administration et gestion du personnel) et GLF (Gestion logistique et financière), et dont elle fait partie de la première promotion.

Le SSPO est un maillon essentiel de la chaîne de soutien opérationnel. Il soutient toutes les unités de la gendarmerie projetées, que ce soit en outre-mer ou en opérations extérieures. « Chaque gendarme qui part en mission a besoin de nous pour son équipement : du gilet balistique au sac de couchage », explique la MDL Sonia. L’unité assure également les commandes spécifiques pour les gendarmes prévôtaux déployés sous statut militaire. Composée d’environ 30 personnels – militaires du corps de soutien et civils – cette unité joue donc un rôle discret mais fondamental.

À peine arrivée, la MDL Sonia est immédiatement confrontée à la réalité du terrain. « J’ai commencé sur les chapeaux de roue avec les inondations en Libye. Il a fallu préparer énormément de matériel en urgence. » Une immersion rapide, exigeante, où l’apprentissage se fait « sur le tas ». Affectée à la section opérateurs du SSPO, elle découvre un univers où chaque mission compte. « On est directement utiles. Dès qu’il y a une projection, on est engagés. »

Le monde comme terrain d’action

Depuis son arrivée, la maréchale des logis Sonia enchaîne les déplacements à un rythme soutenu : six missions en trois ans. Celles-ci sont variées : soutien aux sections transport-transit, gestion du matériel dans les ambassades, suivi des flux pour les unités prévôtales… « On s’occupe des allers et venues du matériel, parfois dans des contextes très différents. »

Récemment, elle a été déployée au Kosovo dans le cadre d’une mission européenne. « Une opération multi-pays, avec une grosse préparation en amont. On a commencé à travailler dessus dès l’été pour un départ en septembre. »

Mais c’est en Nouvelle-Calédonie qu’elle vit l’une de ses expériences les plus marquantes. « Entre 35 et 40 escadrons étaient déployés, et un escadron, c’est environ trois tonnes de fret », explique-t-elle.  Pendant trois mois, elle y travaille à toute heure, au rythme des arrivées et départs des avions. « Jour, nuit… peu importe. Il fallait être là. On apprend à travailler avec presque rien. Peu importe où on est, on trouve toujours une solution. »

  • © GEND/SIRPA/ASP (R) C. DELONS
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Une logistique de précision, entre rigueur et imprévus

Au quotidien, le travail de la MDL Sonia est loin de la routine. Préparation des colis, gestion des dossiers, coordination avec les bases aériennes, la douane ou encore la valise diplomatique… « On prépare souvent le matériel en semaine, puis on organise les départs en fin de semaine. »

Dans la poche de son treillis, des outils ne la quittent jamais : « Un stylo, un carnet, un mètre pour les volumes, un cutter pour les cartons. » Derrière cette apparente simplicité se cache une logistique millimétrée, soumise à de nombreuses contraintes réglementaires. « On doit être formés au transport de matières dangereuses, au contrôle poids lourds, au maniement des chariots élévateurs… Sans ces qualifications, certaines opérations sont impossibles. » Un domaine technique, mais accessible à ceux qui souhaitent s’investir. « Le commandement nous pousse à nous former, c’est une vraie chance », souligne-t-elle.

Un équilibre trouvé

Si le rythme est soutenu, la maréchale des logis Sonia apprécie l’équilibre offert par son unité. « On bouge beaucoup, mais on a aussi des temps de récupération après les missions. Ça permet de retrouver sa famille et de souffler. »

Aujourd’hui, elle souhaite continuer à évoluer au sein du SSPO. « J’aimerais rester encore quelques années, puis partir en outre-mer. » À plus long terme, elle envisage de prendre des responsabilités. « Je voudrais devenir cheffe et retrouver des responsabilités similaires à celles que j'exerçais auparavant dans mon emploi civil. »

Pour Sonia, ce métier s’adresse à des profils dynamiques, curieux et adaptables. « Il ne faut pas avoir peur de l’imprévu, ni du contact. On travaille avec énormément de monde. Si on aime bouger et sortir du cadre, on ne peut pas rêver mieux », affirme-t-elle.

Une réalité que résume parfaitement le slogan de son unité : « Le monde est notre bureau. »


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