Le champion olympique Alain Bernard participe à un exercice aux côtés des enquêteurs subaquatiques de la gendarmerie

  • Par Hélène THIN
  • Publié le 23 juillet 2026
© CNING / ADJ Pierre VADAM

Jeudi 21 mai 2026, un exercice était organisé sur l’épave d’un avion de tourisme immergée à 6 mètres de profondeur, dans le lac de Saint-Cassien, dans le Var. Mise en place par l’équipe du Centre national d’instruction nautique de la gendarmerie (CNING) d’Antibes (Alpes-Maritimes), cette séquence s’est déroulée avec la participation active de l’ancien nageur et double champion olympique Alain Bernard, ainsi que de l’École nationale supérieure des mines de Paris.

Lac de Saint-Cassien - Département du Var (83). Le temps est clair et ensoleillé en ce jeudi 21 mai 2026. En contrebas du pont du Pré-Claou, ouvrage de 350 mètres reliant les deux rives du lac, une dizaine de personnes sont réunies autour de l’adjudant (ADJ) Djessy. Instructeur au Centre national d’instruction nautique de la gendarmerie (CNING), le militaire tient aujourd’hui le rôle de directeur de plongée dans le cadre de l’exercice d’investigations subaquatiques qui débute. « En tant que chef des opérations, je suis responsable de l’organisation technique de l’exercice, de la sécurité des plongeurs, ainsi que du déclenchement des secours en cas d’incident. J’interviens en lien avec l’infirmière du Service de santé des Armées (SSA) présente sur les lieux. Je rends également compte des événements aux différents maillons de la chaîne hiérarchique. » À l’issue du briefing, l’adjudant Djessy se tiendra en surface sur le site d’immersion de la palanquée, à partir duquel il coordonnera l’exercice. Muni d’un sifflet, il veillera à la bonne exécution de la manœuvre et à l’application des règles et procédures en vigueur.
À une cinquantaine de mètres du rivage, l’épave d’un avion de tourisme accidenté repose dans les eaux turquoise du lac, à 6 mètres de profondeur.

L’appareil, un Cessna F152 immatriculé F-GMOU, s’est abîmé en mer le 10 juillet 2022 au large des côtes de l’île de Ré, à la suite d’une panne de moteur. Remontée à la surface, l’épave de l’avion a ensuite été acheminée dans le Var au terme de l’enquête, puis immergée au fond du lac de Saint-Cassien, où elle est régulièrement utilisée par les gendarmes à l’appui d’exercices subaquatiques.
La séquence du jour est inédite. « L’exercice porte sur la prise en compte d’une scène d’investigations subaquatiques sur l’épave du Cessna F152, que nous découvrirons à travers le regard de l’ancien nageur Alain Bernard, qui plongera aux côtés des enquêteurs du Centre national d’instruction nautique de la gendarmerie », explique le capitaine (CNE) Julien Fabrini, commandant en second du CNING, actuellement en charge du commandement du centre par intérim.

Également présente ce jour-là, une équipe de l’École nationale supérieure des mines de Paris prendra part à l’exercice via le déploiement d’un prototype de robot sous-marin développé en partenariat avec la Gendarmerie nationale, afin de soutenir les enquêteurs dans leurs manœuvres d’investigations subaquatiques.

Unité de renommée internationale, le Centre national d’instruction nautique de la gendarmerie (CNING) est implanté à Antibes, dans les Alpes-Maritimes (06). Il assure la formation des stagiaires à la réalisation de constatations judiciaires en milieu hyperbare et subaquatique, aussi bien dans les espaces maritimes que dans les eaux intérieures. L’unité compte près d’une trentaine de personnels et accueille chaque année environ 250 stagiaires.

  • © SIRPA-G / ADJ Camille HAUTIER
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Une manœuvre optimisée grâce à l’emploi du ROV

« Une équipe de palanquée composée de deux enquêteurs subaquatiques du CNING va conduire les investigations sous l’eau, aux abords et à l’intérieur de l’épave de l’avion, précise l’adjudant Djessy. Alain Bernard évoluera sous l’eau à leurs côtés, encadré par un instructeur du CNING. S’agissant pour lui d’un baptême de plongée, nous prenons toutes les précautions. Un cinquième personnel du centre sera également présent sous l’eau afin de réaliser des prises de vues, servant habituellement à l’enquête. » Lors du briefing, le militaire expose les objectifs, les consignes et le déroulement de l’exercice, avant de rappeler les principaux risques associés à la plongée du jour : perte d’équipier liée à un défaut de visibilité, blessure provoquée par les pièces métalliques de l’épave, navigation en surface (kayaks, avirons, pédalos…). « Les plongeurs évolueront en eaux peu profondes. Les risques liés à la profondeur, auxquels sont souvent confrontés les enquêteurs subaquatiques, seront donc très limités. »

Double champion olympique, en 2008 et 2012, Alain Bernard a marqué l’histoire de sa discipline. Aujourd’hui âgé de 43 ans, l’ancien sportif de haut niveau de la Défense-Gendarmerie (de 2008 à 2012) met sa notoriété au service de l’Institution, dont il partage les valeurs, intervenant en tant que réserviste citoyen. Il collabore ainsi régulièrement avec le CNING, à travers différents projets développés par le centre. « J’accompagne aujourd’hui les enquêteurs subaquatiques de la gendarmerie qui doivent procéder au recueil d’indices sur l’épave de l’avion suivant un process très précis, pour faire toute la lumière sur les causes du crash. L’enjeu principal consiste à ne pas détériorer et à préserver les éléments de preuve lors de leur prélèvement et de leur conditionnement, pour permettre leur analyse ultérieure par la justice », résume Alain Bernard, quelques minutes avant sa mise à l’eau.

Tandis que les enquêteurs et l’ancien sportif revêtent leur équipement de plongée, le ROV (Remotely Operated Vehicle), développé par l’École nationale supérieure des mines de Paris, en partenariat avec la gendarmerie, est déployé. Première étape de l’exercice, l’emploi de ce drone sous-marin, téléopéré depuis la surface, présente un intérêt majeur. Envoyé sous l’eau préalablement à l’engagement des plongeurs, l’appareil, baptisé « Victor », balaye la zone de recherche afin de déterminer l’emplacement exact de la cible. « Grâce au sonar dont il est équipé, et dont la portée peut atteindre jusqu’à 200 de mètres, le robot va rapidement localiser l’avion. Le son se propageant rapidement dans l’eau, il permet de détecter ce que l’œil humain ne peut voir. L’écho émis par le sonar indique quelle est la nature de l’objet. Le ROV permet donc d’appuyer les plongeurs dans leurs recherches, notamment en eaux troubles, lorsque ces derniers ne parviennent pas à voir au-delà de trois mètres, et parfois moins », explique Samuel Olampi, ingénieur Recherche et développement en robotique sous-marine à l’école des mines Paris. Ce dernier dirige le ROV depuis la camionnette dans laquelle est installé le dispositif de télépilotage. 

Actuellement en phase d’expérimentation, l’engin est un prototype spécialement adapté à l’investigation subaquatique. À terme, le robot sera piloté par un gendarme. « Le ROV peut opérer durant des heures, épargnant ainsi les plongeurs de la fatigue qu’engendrent de longues recherches, et limitant l’effet de narcose (également nommée « ivresse des profondeurs »). Il constitue un gain opérationnel considérable, alors même que la durée d’autonomie des enquêteurs sous l’eau est restreinte, en raison des contraintes physiologiques induites par le milieu hyperbare, poursuit l’ingénieur. Une fois l’objet localisé, les enquêteurs suivent le câble déployé par le ROV dans son sillage. Également appelé cordon ombilical, ce fil d’Ariane long de 300 mètres permet aux plongeurs d’évoluer en sécurité et de rejoindre rapidement la zone d’intérêt. »

Il est un peu plus de 15 heures lorsque les plongeurs s’immergent dans une eau à 18 degrés. Guidés par le câble jaune du ROV, ils rejoignent à la nage le point situé à la verticale de l’épave, signalisé par un balisage en surface. Conformément aux consignes de l’adjudant Djessy, ils plongent et descendent le long de ce jalon pour rejoindre l’épave du Cessna. La remontée en surface s’effectuera suivant la même procédure, dans le sens inverse.

  • © SIRPA-G / ADJ Camille HAUTIER
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Une technicité hors norme au service de la manifestation de la vérité

Installé face à l’écran transmettant en direct les images de l’épave, éclairée par les lumières du ROV, Samuel Olampi suit la manœuvre depuis le rivage. « Ce contact visuel permet de réduire la capacité d’intervention en cas de problème. Le temps ainsi gagné peut s’avérer précieux, notamment lorsque les plongeurs travaillent à 50 ou 60 mètres de profondeur », souligne l’ingénieur. Après avoir effectué des cercles autour de l’avion accidenté, le ROV pénètre dans l’habitacle. Ces opérations, menées aux abords et à l’intérieur de l’épave, permettent d’identifier d’éventuels dangers, avant que les enquêteurs ne s’engagent à leur tour sur la zone. Une fois projetés au niveau de l’épave, ces derniers effectuent une série d’observations et d’actes suivant un protocole défini. « Nous avons effectué plusieurs tours de l’avion pour déceler de possibles anomalies, telles que des câbles sectionnés ou une hélice endommagée, relate Alain Bernard. Les enquêteurs se sont ensuite focalisés sur l’intérieur de l’appareil, où deux objets ont retenu leur attention : une carte de navigation posée sur le siège passager, ainsi qu’une caméra GoPro. Des plots ont alors été positionnés sous l’eau, au niveau de ces indices. Les deux objets ont ensuite été photographiés, adossés à une réglette posée à côté pour en établir la mesure. » Cette prise de vue vise à figer la scène avant que les indices ne soient remontés à la surface, opération durant laquelle ils pourraient être détériorés, en raison de nombreux phénomènes de friction et de lessivage.

« La carte en papier est un indice très dégradable, poursuit l’adjudant Djessy. C’est pourquoi elle est placée dans un feuillet en plastique avant d’être remontée. La caméra est quant à elle conditionnée dans une boîte hermétique, contenant également l’eau du lac. Cet appareil électronique doit en effet être conservé dans l’eau pour ne pas s’oxyder au contact de l’air, et pouvoir être exploité ultérieurement. La préservation des indices est notre priorité ! Un coup de palmes ou un geste maladroit peut nuire très fortement à l’exploitation de l’indice et à l’enquête. Le respect des protocoles et la bonne exécution des techniques de prélèvement sont décisifs. C’est ce que nous inculquons aux stagiaires que nous recevons au CNING. »

Une fois extraits de l’eau, les traces et indices sont conservés à l’abri de la lumière. Ils sont ensuite transmis en vue de leur exploitation à l’Institut de recherche criminelle de la Gendarmerie nationale (IRCGN), situé à Pontoise (Val-d’Oise).
Les enquêteurs subaquatiques mettent en œuvre sous l’eau les techniques développées en surface par les Techniciens en investigation criminelle (TIC), qu’ils adaptent au milieu aqueux.
« Qu’il s’agisse d’une arme, d’un corps, d’un objet électronique ou encore de traces papillaires, nous recherchons tout élément susceptible d’intéresser la justice pour la manifestation de la vérité, explique l’adjudant Pierre, instructeur au CNING, ayant pris part à la séquence du jour. Nous fixons la scène sous l’eau à l’aide de différents procédés, tels que la photogrammétrie, offrant une reproduction des scènes subaquatiques en trois dimensions. » Un procédé innovant, qui permet aux acteurs de la chaîne judiciaire de visualiser la scène et de s’y projeter.

« La vérité ne se borne pas seulement à la surface terrestre, souligne le capitaine Julien Fabrini. La plongée est un moyen au service de la mission. »
Si les conditions de l’exercice du jour étaient optimales, ces enquêteurs sont amenés à intervenir en tout temps et en tout lieu, dans des situations souvent dégradées. Aujourd’hui au nombre de 193, répartis entre les unités nautiques et fluviales de la gendarmerie, ainsi que le GIGN, ils sont un maillon incontournable de la chaîne criminalistique.

  • © SIRPA-G / ADJ Camille HAUTIER
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