« Cette lutte concerne tous les gendarmes » : entretien avec la colonelle Claire Boucher, référente nationale VIF de la gendarmerie

  • Par Antoine Faure
  • Publié le 25 novembre 2024
La colonelle de gendarmerie Claire Boucher
© GEND/SIRPA/GND R. CULPIN

À l’occasion de la Journée de lutte contre les violences faites aux femmes, la colonelle Claire Boucher, nouvelle référente nationale Violences intra-familiales (VIF) de la gendarmerie, expose les grandes lignes de son parcours et de l’action de la gendarmerie dans ce domaine.

Colonelle, pouvez-vous nous présenter les principales étapes de votre parcours en gendarmerie ?

Je suis issue du recrutement universitaire, et à l’issue de ma scolarité à l’Académie militaire de la gendarmerie nationale (AMGN), j’ai choisi la dominante Sécurité publique générale (SPG) et je suis partie en Dordogne commander la Communauté de brigades (CoB) de Mussidan. Puis, comme j’avais travaillé pendant ma scolarité sur la traite des êtres humains, j’ai demandé à être affectée à l’Office central de lutte contre le travail illégal (OCLTI), qui traite aussi de la fraude sociale et de l’exploitation par le travail.

J’ai rejoint ensuite la Compagnie de gendarmerie départementale (CGD) d’Évreux, dans l’Eure, comme commandante en second pendant un an, puis comme commandante pendant deux ans. Après l’obtention du brevet de l'Enseignement supérieur de deuxième degré (ES2), j’ai choisi de suivre une scolarité d’un an à l’École nationale d'administration (ENA), désormais Institut national du service public (INSP), et en sortie de formation, j’ai demandé à être détachée dans le corps préfectoral. J’ai donc été affectée comme sous-préfète, directrice de cabinet de la préfète de Corrèze.

J’ai réintégré la gendarmerie, au sein du cabinet du Directeur général de la Gendarmerie nationale, et, à l’été 2024, on m’a proposé de prendre les fonctions de référente VIF. Comme je l’avais été pour la préfecture de Corrèze, en lien avec la Déléguée départementale aux droits des femmes, cela me confère une certaine aisance pour évoluer dans ce domaine, en lien avec d’autres administrations et d’autres ministères. C’est une cause qui me tient à cœur. Ce que je trouve intéressant dans cette mission, c’est d’être en contact non seulement avec ces administrations, mais aussi avec les gendarmes de terrain, et de pouvoir me nourrir des initiatives locales mises en place avec les associations, les écoles, les élus… Les partenariats sont un atout pour la chaîne.

En qualité de référente nationale VIF, vous incarnez effectivement, à l’échelon central, une lutte qui se décline quotidiennement à tous les échelons territoriaux. En quoi consiste cette chaîne VIF ?

La lutte contre les VIF et les VSS (Violences Sexistes et Sexuelles) concerne tous les gendarmes, et chacun en est conscient. La gendarmerie s’appuie sur un réseau de référents à chaque échelon, pour être au plus près des victimes : région de gendarmerie, groupement et compagnie de gendarmerie départementale, brigade territoriale. Ces référents VIF sont indispensables aussi pour interagir avec les élus. Car de la même manière que la gendarmerie accompagne les élus sur les questions de risques cyber et de gestion des incivilités, elle a aussi un lien constant avec eux au sujet des VIF.

Améliorer la prise en charge et l’accompagnement des victimes, c’était aussi l’objectif de la création, en 2020, des Maisons de protection des familles (MPF), au sein de chaque Groupement de gendarmerie départementale, en métropole, et Commandement de la gendarmerie (COMGEND), en outre-mer. Un dispositif qui a permis de renforcer la coopération de la gendarmerie avec les acteurs associatifs et administratifs des départements ;  ces partenariats noués sont autant de maillons qui renforcent la chaîne de la lutte contre les VIF. Les MPF procèdent aussi à des actions de prévention et constituent un appui aux unités de terrain pour toutes les enquêtes portant sur des faits de VIF, mais aussi celles concernant, plus généralement, des personnes vulnérables : femmes, enfants, personnes âgées ou en situation de handicap.

Quels vont être vos principaux axes de travail ?

Outre la poursuite du déploiement du Fichier de prévention des violences intra-familiales (FPVIF), que ma prédécesseure a contribué à développer et auquel nous intégrerons d’autres données pour que les gendarmes puissent avoir le maximum d’informations leur permettant de prendre les bonnes décisions, nous allons travailler sur trois axes principaux : la bonne prise en compte de toutes les victimes (femmes, mineurs, seniors, personnes en situation de handicap) ; le volet prévention avec, à titre d’exemple, les interventions dans les collèges et lycées pour sensibiliser les jeunes à la lutte contre les VIF et les VSS ; et, enfin, la formation, notamment la formation continue.

En effet, la formation est un aspect essentiel. D’abord la formation initiale des Gendarmes adjoints volontaires (GAV), des sous-officiers et des officiers, qui comprend plusieurs modules : l’accueil à proprement parler, avec des mises en situation, mais aussi, en lien avec des associations et des professionnels de santé, des formations aux ressorts psychologiques, afin de bien comprendre la victime, ce qu’elle est susceptible de ressentir, mais aussi la stratégie mise en place par l’auteur, sans oublier un bloc déontologie, car il y a une attente forte en matière de savoir-être du gendarme.

Ces heures sont complétées ensuite par la formation continue de tous les gendarmes, afin de bien leur faire prendre conscience de l’importance du sujet, de les aider à maîtriser les outils qui leur permettront de prendre en compte une victime de violence, comme on peut l’attendre d’un gendarme, et ainsi avoir des militaires de tous grades qui ont les bons réflexes, et donc des victimes qui se sentent suffisamment en sécurité et en confiance pour s’exprimer et déposer plainte si elles le souhaitent, sachant que les conditions d’audition et la confidentialité sont essentielles pour ces faits. Enfin, il existe des formations spécialisées, comme la formation expertise VIF, l’audition mineur...

Pour signaler des faits et déposer plainte, les victimes ont aussi la possibilité de contacter la PNAV. De quoi s’agit-il ?

Située dans les locaux de la Brigade numérique (BNUM), à Rennes, la Plateforme numérique d'accompagnement des victimes (PNAV) permet aux victimes de violences sexuelles, sexistes, et conjugales ainsi qu'aux témoins et aux professionnels, d'échanger, 24 heures sur 24 et sept jours sur sept, avec des gendarmes spécialement formés pour faire face à ces situations. Ce n’est pas un numéro d’urgence, mais les opérateurs peuvent décider d’engager des secours s’ils l’estiment nécessaire, et inciter la victime à déposer plainte pour que la gendarmerie et la justice puissent avoir connaissance des faits et les traiter judiciairement. Année après année, les opérateurs sont de plus en plus sollicités ; c’est un bon espace de libération de la parole.

 

De manière générale, nous devons garder à l’esprit que tout ce qui permet d’aider la victime à parler doit être encouragé. Je pense notamment à notre stratégie du « aller vers » et à la prise de plainte en mobilité. Je tiens à souligner que les gendarmes font un travail formidable en matière de lutte contre les VIF, et que nous devons les accompagner pour leur donner les clés et les outils nécessaires à cette mission essentielle.


Contacter la gendarmerie

Numéros d'urgence

  • Police - Gendarmerie : 17
  • Pompier : 18
  • Service d'Aide Médicale Urgente (SAMU) : 15
  • Urgence Europe : 112

Sécurité et écoute

  • Enfance en danger : 119
  • Violences conjugales : 39 19
  • Maltraitance personnes âgées ou en situation de handicap : 39 77

Ces contenus peuvent vous intéresser