Eurockéennes de Belfort : un dispositif gendarmerie d’ampleur pour sécuriser le festival

  • Par la capitaine Grondel Pénélope
  • Publié le 04 juillet 2026
© BRI Gautier Pigot / SIRPAG

Comptant parmi les festivals les plus importants de la saison estivale chaque année depuis 1989, l’édition 2026 du festival les Eurockéennes se déroule au cœur du territoire atypique de Belfort, du 2 au 5 juillet 2026. Pas moins de 135 000 festivaliers sont attendus sur les quatre jours. À cette occasion, le groupement de gendarmerie départementale de Belfort déploie un important dispositif de sécurisation, sollicité dans le cadre d’un service d’ordre indemnisé par les organisateurs du festival, tout en assurant ses missions régaliennes habituelles.

Situé en zone de compétence gendarmerie, sur la presqu’île du Malsaucy, le festival les Eurockéennes rassemble chaque année plus de 135 000 visiteurs en l’espace de quatre jours. Pour que les festivités se déroulent dans les meilleures conditions possible, la gendarmerie déploie un dispositif important en mesure de sécuriser, prévenir et réprimer les comportements inadaptés. En tant que commandant du groupement de gendarmerie départementale du Territoire de Belfort (GGD 90), le colonel Gabriel Lothe est à la manœuvre.

Un dispositif coordonné avec les acteurs locaux

La sécurisation d’un événement de l’ampleur du festival des Eurockéennes se prépare des mois à l’avance. Pendant quatre jours, toute la ville vit au rythme des caissons de basses et des guitares électriques. Le GGD 90 a participé, depuis octobre 2025, à de multiples réunions préparatoires associant la préfecture, la société organisatrice « territoire de musique », les pompiers, les responsables locaux de la mission Sentinelle, l’Union départementale des premiers secours (UDPS) ou encore l’hôpital Nord Franche-Comté.

La coordination entre les acteurs est indispensable et fonctionne bien. « Cela fait plus de trente ans qu’on travaille tous ensemble, on a l’expérience et on se connaît, c’est une vraie plus-value », explique la lieutenante-colonelle Véronique, commandant de groupement en second. Sur place, tous les postes avancés sont installés à l’entrée du festival. Étant positionnés les uns à côté des autres, la transmission d’informations est facilitée. En cas d’événement particulier, les différents acteurs pourront se coordonner rapidement pour trouver des solutions sur les différents aspects qui les concernent.

Déploiement d’un poste de commandement sur zone

Le GGD 90 a déployé dans des préfabriqués un Poste de commandement avancé (PCA). Commandé par le colonel Gabriel Lothe et armé en permanence par des militaires du groupement, il est composé d’un chef opérationnel, d’une cellule renseignement et d’un chef secrétaire. C’est la « tour de contrôle du dispositif gendarmerie, qui pilote le déploiement de 186 à 215 militaires sur la journée en fonction de la programmation du jour et des heures d’ouverture du festival », explique le commandant de groupement.
Chaque jour, le colonel réunit les différentes forces engagées pour un briefing à 13 h 30 à destination de l’ensemble des militaires, puis à 17 h 30 pour les chefs de groupe de forces. C’est également au niveau du poste de commandement que les différentes autorités qui visiteront le dispositif au fil des jours seront accueillies.

© BRI Gautier Pigot / SIRPAG

Le « harpon » du Centre zonal des opérations (CZO) de la zone de défense et de sécurité Est se déploie également au sein du poste de commandement, en appui au groupement de gendarmerie départementale pour la durée du festival. Dispositif né en 2022, en même temps que la création des CZO, le harpon est un renfort ponctuel de militaires spécialisés dans la mise en œuvre de poste de commandement opérationnel. Déclenché d’initiative, par exemple lors d’un rassemblement musical interdit, ou sur demande du groupement lorsque l’événement est prévu, le harpon apporte son aide à travers le déploiement de matériels (retransmission de vidéo, starlink...) et de savoir-faire. Il fait le lien entre le groupement engagé et le Centre national des opérations (CNO) situé à la Direction générale de la Gendarmerie nationale (DGGN), en assurant la remontée d’information en direct. Il soulage également le groupement en matière de création de cartographies initiales ou de crise en fonction du besoin. « Le dispositif harpon est encore peu connu. Quand les groupements nous voient à l’œuvre sur l’un de leurs dispositifs, ils nous redemandent », constate le lieutenant-colonel Julien, chef du Bureau conduite planification plans (BCPP) en charge de la projection des harpons.

Sur demande du groupement, la cellule nationale d’observation et d’exploitation de l’imagerie légale (CNOEIL) a été engagée par le CNO pour la durée du festival. Travaillant principalement avec des drones, les images aériennes du site sont retransmises en direct sur des écrans installés dans le PCA gendarmerie ainsi que celui de la préfecture. Cette vue aérienne du festival permet une remontée d’information instantanée pour le commandement, sur le niveau de fréquentation du site par exemple, ou encore un appui image lors de certaines interventions des gendarmes.
 

© BRI Gautier Pigot / SIRPAG

Une organisation en groupes de forces

L’afflux de 135 000 personnes en un même lieu et durant quatre jours consécutifs emporte des enjeux importants en termes de sécurité. Afin de prendre en compte l’ensemble des risques, le colonel Gabriel Lothe, rompu à l’exercice pour avoir notamment été l’officier en charge du dispositif de sécurisation du Tour de France entre 2016 et 2019, a organisé ses moyens en groupes de forces.

Le groupe dit « circulation », armé par les militaires du Peloton motorisé (P.Mo.) de Belfort et des réservistes, est en charge du contrôle des flux. Les flux s’entendent par la voie routière, le train, les navettes (entre Belfort et le lieu du festival, mais également entre les parkings, le camping – qui accueille 10 000 personnes - et l’entrée du site) et les flux piétons. Les militaires s’assurent de la viabilité des axes prévus pour les secours et de la fluidité de la circulation à l’extérieur du site du festival. Ils opèrent la recherche de stupéfiants et, en fin de soirée, mènent la lutte contre les conduites addictives sur les routes.
Chaque jour, le P.Mo. est appuyé dans sa mission par deux équipes cynophiles. Le contrôle des flux reste la préoccupation prioritaire dans le cadre de ce dispositif de sécurisation au regard de la géographie de l’implantation du lieu du festival : sur une presqu’île ne disposant que d’une seule route d’accès.

© BRI Gautier Pigot / SIRPAG

Le groupe « surveillance », dont la colonne vertébrale est la communauté de brigades de Belfort, renforcée elle aussi par des réservistes, est en charge du contrôle des flux de piétons à proximité directe du site et peut intervenir en appui des agents de sécurité privée lors des opérations de filtrage à l’entrée du festival. Il est également en charge de la sécurité du camping et du parking situés à quelques centaines de mètres de la presqu’île du Malsaucy.

Le groupe « intervention » est composé des militaires du Peloton de surveillance et d’intervention de gendarmerie (PSIG). Ce sont les seuls à être prépositionnés en permanence à l’intérieur de la presqu’île, peu ou prou au centre du festival. Leur rôle est d’intervenir sur tout comportement inadapté, pouvant relever d’une infraction ou gênant simplement le déroulement serein des festivités.

Le groupe « police judiciaire », à l’effectif de quinze personnels, est armé par la Brigade de recherches (B.R.) de Belfort, notamment renforcée par des personnels du Groupe observation surveillance (GOS) de Dijon. Les membres du groupe évoluent en civil parmi les festivaliers afin de détecter aussi bien les infractions à la législation sur les stupéfiants que les troubles à l’ordre public ou les actes délictueux (vols de téléphones portables notamment, très nombreux pendant le festival). En cas d’infraction, hors Amende forfaitaire délictuelle (AFD), le groupe « police judiciaire » est appelé pour prendre en charge la procédure et éventuellement placer les auteurs en garde à vue. Positionnés sur le lieu de repli des gendarmes, la « maison Bardy », salle communale mise à disposition pour l’occasion, ils sont en mesure d’intervenir aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur du site du festival.

Être et durer, maître mot d’un dispositif qui s’inscrit dans le temps

Pour permettre aux gendarmes engagés au cours des quatre jours du festival de tenir dans la durée, le groupe « soutien » est installé dans un bâtiment mis à disposition par le conseil départemental, où il organise la logistique et permet aux militaires engagés de se retrouver pour un briefing, se restaurer, s’hydrater, voire se reposer. Agissant dans l’ombre, la mission de soutien est indispensable pour permettre aux gendarmes de travailler dans de bonnes conditions.
« Les Eurockéennes sont, pour quatre jours, une ville dans la ville, avec 30 000 résidents en moyenne et, autour, un écosystème sécuritaire à assurer avec les partenaires institutionnels. Les gendarmes engagés en matière de gestion des flux, d’ordre public ou de police judiciaire permettent à chacun de ces résidents de profiter dans la sérénité et dans une ambiance festive de ce grand interlude musical de début d’été », conclut le colonel Gabriel Lothe. 


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