Journée franco-allemande : retour sur les cinq années d’existence de l’UOFA
- Par Antoine Faure
- Publié le 22 janvier 2025

Le capitaine Bertrand Loubette (à gauche), commandant de l'Unité opérationnelle franco-allemande (UOFA), échange avec un policier fédéral allemand à la gare de Strasbourg.
Ce mercredi 22 janvier 2025, la France et l’Allemagne célèbrent le 62e anniversaire de la signature du traité de coopération scellant leur réconciliation et marquant le début d’une ère de collaboration et d’amitié. Pour la Gendarmerie nationale et la police fédérale allemande, cette collaboration a porté ses fruits et donné naissance, en 2019, à l’Unité opérationnelle franco-allemande (UOFA). Retour sur cinq ans d’engagement avec le capitaine Bertrand Loubette, commandant de la Brigade de coopération transfrontalière et européenne, unité compétente pour les actions de coopération transfrontalière de la Région de gendarmerie du Grand Est, et socle de l'UOFA.
Le 22 janvier 1963, le général Charles de Gaulle et le chancelier Konrad Adenauer signaient un traité de coopération destiné à sceller la réconciliation entre la France et la République fédérale d’Allemagne (RFA). Cette date du 22 janvier a été choisie pour symboliser l’amitié franco-allemande. Incarnation de ce lien et de cette collaboration pour la Gendarmerie nationale et la police fédérale allemande, l’Unité opérationnelle franco-allemande (UOFA) vient de fêter ses cinq années d’existence.
Premiers engagements dans les Vosges… et à Biarritz
L’UOFA a officiellement vu le jour le 16 octobre 2019, à Toulouse, à travers la co-signature, par les ministres de l’Intérieur français et allemand, d’un arrangement administratif qui faisait suite à la signature de l’accord d’Aix-la-Chapelle entre le président de la République Emmanuel Macron et la chancelière allemande Angela Merkel, en janvier de la même année. « C’est ce texte qui donne aux gendarmes français le statut de policiers allemands quand ils sont employés en Allemagne, et a contrario le statut de gendarmes pour les policiers allemands quand ils travaillent en France en binôme avec un gendarme, précise le capitaine Bertrand Loubette, qui commande l’unité pour la gendarmerie depuis sa création. Le premier cycle de formation initiale s’est déroulé dès le mois de mars 2019, ce qui montre que beaucoup de travail avait été fait en amont, et que les deux forces avaient envie de travailler ensemble. »
À sa naissance, l’UOFA était composée de dix personnels de chaque force. L’outil ayant vite fait ses preuves, ils sont désormais une trentaine de gendarmes et de policiers allemands à collaborer, du simple binôme à l’unité constituée pouvant aller jusqu’à 25 binômes. « Au début, il a fallu nous trouver des missions. Désormais, il faut nous trouver des personnels, parce que nous sommes parfois contraints de refuser des missions. »
La première mission de l’UOFA, qui avait valeur à la fois de formation continue et de test opérationnel, a eu pour cadre le Tour de France, en juillet 2019, lors de deux étapes vosgiennes, où étaient présents de nombreux spectateurs allemands. « On se disait alors que l’essentiel de notre engagement se concentrerait plutôt en zone frontalière franco-allemande », reconnaît l’officier de gendarmerie. Pourtant, la deuxième mission de l’unité va se dérouler à la fin du mois d’août 2019… à Biarritz, à l’occasion du sommet du G7.
« Avec une dimension plus opérationnelle que sur le Tour de France, car le commandant du Groupement tactique de gendarmerie (GTG), auquel nous étions rattachés, nous a confié un rôle de discrimination lors des contrôles du public allemand, puisqu’on savait qu’il risquait d’y avoir des activistes d’ultragauche, avec une frange allemande assez active. J’ai dit au colonel qui nous commandait qu’on allait contrôler tous les véhicules allemands, parce que ça m’intéressait de faire savoir qu’il y avait des contrôles, par la police allemande, à la frontière franco-espagnole. »
Quelques jours avant le sommet, l’UOFA va d’ailleurs faire la preuve de son intérêt dans un tel dispositif de sécurisation, en contrôlant trois individus qui s’avéreront être fichés en Allemagne pour des exactions commises envers les forces de l’ordre lors du G20 de Hambourg, deux ans plus tôt. « Cela a donné l’angle juridique aux gendarmes pour pouvoir procéder à une fouille approfondie, sans contestation possible, et découvrir dans le véhicule des fausses plaques d’immatriculation, des boules de pétanque, des têtes de marteau, du matériel de protection utilisé par les boxeurs, des combinaisons noires… Bref, tout l’attirail du black bloc. On n’avait certainement pas affaire à des gens qui étaient là pour passer leurs vacances en Espagne, comme ils l’affirmaient. Je pense que ça a eu un effet assez dissuasif. Certains se sont rendu compte que les mailles du filet étaient plus fines qu’ils auraient pu le penser… »
Ces premiers engagements opérationnels sont donc venus démontrer rapidement le double avantage offert par l’UOFA sur le terrain : sa capacité linguistique et culturelle, mais aussi l’accès in situ au fichier allemand. « Et nous avons pu expérimenter la même chose en Allemagne, avec un accès au fichier français, sans passer par les Centres de coopération policière et douanière (CCPD), même si on le fait après coup pour que ce soit inattaquable en procédure », complète le chef de l’UOFA.
Dès lors, l’unité n’hésitera plus à proposer ses services pour renforcer des unités de gendarmerie très éloignées de la frontière franco-allemande. Rapidement, ce sont les unités elles-mêmes qui vont solliciter l’UOFA directement, et le calendrier va se remplir de manière assez naturelle. Lors de certaines années, l’engagement en France sera même plus important hors Grand Est que dans cette région.
De toute évidence, l’unité vient combler un manque, puisque si les accords de Schengen ont permis la libre circulation des personnes et des biens, ils ont aussi entraîné de facto la libre circulation des délinquants et des criminels et du produit des crimes et délits, mais pas la libre circulation des forces de l’ordre. « L’UOFA, en offrant cette capacité de travailler sur une même mission de part et d’autre de la frontière, supprime la zone grise qui pouvait exister auparavant », estime le capitaine Loubette.
Des missions de sécurité du quotidien
Très vite, alors qu’elle était conçue pour intervenir lors de grands événements politiques, sportifs ou culturels, l’UOFA va aussi être engagée sur des missions de sécurité du quotidien. « Un jour, les Allemands m’ont appelé pour me proposer de prendre part à un contrôle à la frontière, parce que la police fédérale allemande a pour compétence la sécurité des frontières. Je vois qu’on a la possibilité d’engager deux binômes, ce qui permet d’impliquer les personnels entre les événements. Sur le plan managérial, c’était intéressant pour moi. On s’est vite rendu compte qu’il y avait un intérêt opérationnel et on a développé des contrôles aéroportés, avec un hélicoptère de la police fédérale allemande pour transporter un noyau d’enquêteurs, de part et d’autre de la frontière, sur des points préalablement ciblés en lien avec les unités territoriales, afin d’y apporter un niveau de technicité accrue, avec un effet de surprise garanti. On obtient ainsi des résultats et on génère un sentiment d’insécurité chez ceux qui habituellement aimaient se jouer de la frontière pour éviter les contrôles. »
L’UOFA a aussi développé les contrôles dans les trains et dans les gares, avec les Groupes locaux de contrôle de flux (GLCF), notamment celui de Strasbourg. « Cela contribue à la sécurité du quotidien et cela offre une réelle plus-value aux endroits où les mailles du filet étaient, jusque-là, un peu plus distendues. »
En décembre 2023, la gendarmerie a pris la décision de créer la Brigade de coopération transfrontalière européenne, implantée à Strasbourg, et dépendant de la Région de gendarmerie Grand Est, qui a pour vocation d’armer l'UOFA. « Nous sommes donc passés d’un gendarme permanent à un noyau, à terme, de dix militaires, tous germanophones, disponibles pour pouvoir répondre à des engagements sous préavis courts, décrit le capitaine Loubette. C’est une unité qui est adaptative en fonction des missions, des besoins et des technicités. Les Allemands ont eux aussi constitué un peloton dédié à l'UOFA. Cela nous ouvre d’autres perspectives de coopération avec les autres pays voisins du Grand Est. »
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L’UOFI va voir le jour
À l’instar de l’ensemble des unités de la Gendarmerie nationale, l’UOFA a connu une activité très soutenue en 2024. « On sort d’une séquence invraisemblable d’engagement puisque, et je ne parle que d’événements majeurs, à compter du 30 mai 2024, nous avons été engagés de manière continuelle, d’abord sur les 80 ans du débarquement, puis dans la foulée pour l’Euro de football en Allemagne, où on a suivi l’équipe de France jusqu’au lendemain de sa demi-finale. Après quoi, avec deux jours de battement, nous avons pris notre mission sur les Jeux Olympiques et Paralympiques, jusqu’au 9 septembre, suivie immédiatement par la fête de la bière à Munich, sans oublier une étape du Tour de France, des fêtes de village sur lesquelles nous sommes habitués à être engagés, ainsi que les manifestations contre les méga-bassines, le Relais de la Flamme et les Eurockéennes de Belfort. C’était donc un engagement inédit, à la fois dans sa longueur et dans son intensité, avec parfois plus d’une vingtaine de binômes engagés à différents endroits sur des missions concomitantes. »
Si 2025 sera de fait un peu plus calme, en tout cas pour les événements programmés, l’année sera marquée par une naissance annoncée de longue date, celle de l’Unité opérationnelle franco-italienne (UOFI), dont l’organisation sera inspirée de sa grande sœur franco-allemande. Une fierté pour le capitaine Bertrand Loubette. « Je ne demande que ça ! On sait que ça marche, et ce, alors même que la gendarmerie est une force militaire et la police fédérale allemande une force civile, avec des langues et des cultures différentes. Je suis content de voir qu’on peut avancer dans le même sens avec d’autres nations voisines. Rome ne s’est pas construite en un jour, mais je suis heureux si l’exemple de l’UOFA peut incarner le fait que c’est possible, et je serais ravi de pouvoir apporter à la future UOFI un retour d’expérience. »
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