Sommet du G7 : première sortie pour l’UOFI
- Par Antoine Faure
- Publié le 12 juin 2026
Officiellement créée le 19 mai 2026, à l’occasion du déplacement à Rome du général d’armée Hubert Bonneau, Directeur général de la Gendarmerie nationale (DGGN), l’Unité opérationnelle franco-italienne (UOFI) connaît son premier déploiement lors de la manœuvre de sécurisation du sommet du G7, qui se déroule du 15 au 17 juin 2026 à Évian-les-Bains, en Haute-Savoie.
La place du 8 mai 1945, devant la mairie de Publier, offre une vue imprenable sur le lac Léman. C’est là, entre Thonon-les-Bains et Évian-les-Bains, que s’est déroulée ce jeudi 11 juin 2026 une cérémonie très simple, mais hautement symbolique pour la Gendarmerie nationale et les carabiniers italiens : la remise à douze officiers et sous-officiers de ces deux armes de la rondache de l’Unité opérationnelle franco-italienne (UOFI), pour qui le sommet du G7 est le premier déploiement opérationnel. Cette cérémonie était présidée par le général de corps d’armée (GCA) Frédéric Boudier, commandant de la Région de gendarmerie Auvergne-Rhône-Alpes (RGARA) et de la gendarmerie pour la Zone de défense et de sécurité (ZDS) Sud-Est. « L’UOFI, dont la création a été entérinée le 19 mai 2026 à Rome par le général d’armée Hubert Bonneau, Directeur général de la Gendarmerie nationale, et son homologue, le général de corps d’armée Salvatore Luongo, a vocation à intervenir lors de la sécurisation des événements de grande ampleur ou à l’occasion de missions de sécurité du quotidien, de part et d’autre de la frontière franco-italienne, a rappelé le GCA Frédéric Boudier.
La Région de gendarmerie Auvergne-Rhône-Alpes est particulièrement fière d’accueillir ce premier déploiement, elle qui connaît la valeur de nos camarades carabiniers et l’importance que revêt la coopération avec leur arme. Les relations entre nos deux institutions sont fortes. Et la présence de l’UOFI à l’occasion du G7 vient encore une fois confirmer toute la confiance que nous ressentons les uns pour les autres. La présence de deux uniformes au sein d’une même unité est un message fort. Elle affirme que nous sommes investis dans nos alliances, constants dans nos efforts, et déterminés à ne pas laisser nos frontières respectives devenir des freins à notre volonté de faire prévaloir la paix publique, la recherche des malfaiteurs et la protection des personnes et des biens. »
Vingt gendarmes, vingt carabiniers
L’UOFI est composée de vingt gendarmes, dix de la RGARA et dix de la Région de gendarmerie Provence-Alpes-Côte-d’Azur (RGPACA), placés sous le commandement du capitaine Robert Dossmann, adjoint au commandant de la Compagnie de gendarmerie départementale (CGD) de Nice, et de vingt carabiniers, dix du bataillon de Turin et dix du bataillon de Gênes, placés sous le commandement d’une lieutenante italienne. Condition sine qua non pour intégrer cette nouvelle unité : la maîtrise de l’autre langue. Ainsi, les gendarmes sont tous titulaires d’un Certificat militaire de langues (CML) de niveau 1, 2 ou 3 en italien. Les carabiniers n’ont pas d’équivalent, mais ont été sélectionnés à la suite d’un test en français. « En tant que commandant de l’unité, j’insiste pour que, quand nous sommes en France, nous parlions le plus possible français, de manière à ce que nos camarades italiens s’imprègnent de la langue française, précise le capitaine Dossmann. Inversement, en Italie, à charge pour les gendarmes de parler italien afin d’acquérir le langage professionnel qu’ils n’ont pas l’habitude d’employer en France. »
Entré en gendarmerie en 1993 dans le cadre de son service militaire, le commandant de l’UOFI a d’abord évolué en gendarmerie mobile, où il obtient la qualification OPJ (Officier de Police Judiciaire), avant de basculer en gendarmerie départementale. Après le concours OGR (Officier de gendarmerie issu du rang), il prend le commandement de la brigade de Berre-l’Étang, puis devient adjoint au commandant de compagnie à Draguignan, puis à Nice, où il a été affecté précisément dans l’optique de prendre le commandement de l’UOFI. Un nouveau rôle qui fait sens pour ce militaire qui est, comme son patronyme ne l’indique pas, franco-italien. « Ma mère est calabraise et mes premières paroles ont été italiennes avant d’être françaises. J’ai continué à apprendre la langue au collège et au lycée, pendant mes études, puis dans le cadre professionnel en passant les différents niveaux du CML dans le but d’acquérir un langage opérationnel et tactique. C’est une vraie fierté de commander une unité à la fois française et italienne, de retrouver dans le cadre professionnel une partie de mes origines. Et cela n’a pas été difficile de trouver des gendarmes qui parlent italien. Ils ont été nombreux à lever à la main lors de l’appel à volontaires. C’est aussi une grande fierté pour eux de faire partie de cette nouvelle unité, car tous ont une part d’Italie en eux. »
Opérationnels sur l’ensemble des deux territoires nationaux… et au-delà
Après la constitution de l’unité vient le temps de la formation. « Nous avons des formations initiales un peu différentes, même si nous sommes tous des militaires, note le capitaine Dossmann. Les règles d’engagement sont presque similaires, mais le but est d’acquérir rapidement, et ensemble, des bases communes. Nous aurons donc une semaine de formation tous les six mois, au minimum, soit en France, soit en Italie, pour mieux se connaître et acquérir des axes réflexes qui peuvent être différents selon le pays d’engagement. »
Un premier stage de 15 jours s’est déroulé à Rochefort avec l’ensemble des effectifs. Au programme : police judiciaire, police de la route, intervention avec un exercice tuerie de masse.
Cinq gendarmes sont allés en retour au CoESPU (Center of Excellence for Stability Police Units) à Vicenza, « l’équivalent du Centre national d’entraînement des forces de gendarmerie (CNEFG) de Saint-Astier, indique l’officier. Ils y ont été formés au maintien de l’ordre, même si cela ne fait pas partie de nos missions. L’UOFI est une unité de circonstance qui peut être amenée à intervenir sur tous les événements d’ampleur, qu’ils soient culturels, sportifs, diplomatiques, politiques, ou à la suite de catastrophes naturelles. Un service d’ordre oui, mais qui ne fait pas de maintien de l’ordre, chaque pays possédant ses propres forces dans ce domaine. »
L’engagement dépendra des besoins exprimés par la partie italienne ou française. Il peut aller d’un binôme, au minimum, jusqu’à l’unité complète constituée de vingt binômes. « Nous sommes opérationnels sur l’ensemble des deux territoires nationaux, voire sur un autre territoire européen, en cas de présence de ressortissants français et italiens, précise le capitaine Dossmann. Sur le G7, nous sommes rattachés au Groupement tactique de gendarmerie (GTG) rouge qui opère sur une zone allant de la frontière avec la Suisse jusqu’à Thonon-les-Bains. Notre rôle est de progresser sur toute la zone lacustre, sur les rives du lac, pour apporter un appui professionnel aux unités si elles ont besoin de nous, par exemple, pour le contrôle d’un ressortissant italien. Ce premier engagement va aussi bien sûr permettre de nous faire connaître auprès des forces de sécurité et de la population qui est très surprise de voir des carabiniers sur le sol français, notamment les Italiens ! »
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