Sommet du G7 : le lac, enjeu majeur
- Par Antoine Faure
- Publié le 15 juin 2026
La manœuvre de sécurisation du sommet du G7 se conduit à terre, dans le ciel, mais aussi sur le lac Léman qui borde Évian-les-Bains. Une centaine de gendarmes y prennent part, à bord de 18 moyens nautiques.
Le sommet du G7 se déroule sur les rives du lac Léman, lui-même ceint de sommets. Un écrin magnifique, mais qui impose des contraintes en termes de sécurisation, nécessitant l’emploi de nombreux moyens nautiques de contrôle de zone, d’escorte, renforcés si besoin par des capacités en intervention spécialisée. Un groupe de forces Lac a dont été mis en place dans l’articulation du dispositif, avec à sa tête un officier supérieur, le colonel Pierre-Damien Igau, commandant du Groupement de gendarmerie maritime (GGMAR) de l’Atlantique, désigné COMFOR-LAC pour le G7. « C’est un terme nouveau, mais qui correspond à des fonctions similaires à celles mises en œuvre dans le cadre de l’action de l’État en mer, où une administration est généralement désignée pour coordonner l’action de toutes les autres. Mon rôle, c’est donc d’être le chef de file de toutes les administrations qui travaillent sur le lac : Gendarmerie nationale, Police nationale, armée de Terre, Sécurité civile. Par ailleurs, je suis le commandant des moyens de la Gendarmerie nationale. »
L’expérience de la Gendarmerie maritime
La décision de nommer à la tête de ce groupe de forces deux officiers de la Gendarmerie maritime a été prise en raison de l’expérience de cette gendarmerie spécialisée, placée pour emploi auprès de la Marine nationale, dans la gestion de grands événements ayant eu lieu sur les côtes françaises, du G7 à Biarritz au sommet de l’UNOC (Conférence des Nations Unies sur l’océan) à Nice, en passant par l’arrivée et le départ de la flamme olympique, à Marseille puis à Brest. Sous l’autorité du colonel Igau, le lieutenant-colonel Frédéric Bossuyt, adjoint au commandant du GGMAR Méditerranée, a été désigné chef de la cellule conduite des opérations de sûreté lacustre.
« Il était logique de bénéficier de cette compétence pour la sécurisation du lac Léman, dont les règles de navigation s’apparentent beaucoup à celles en vigueur en mer, estime le COMFOR-LAC. On peut transposer de nombreux aspects du domaine maritime au domaine lacustre, et l’espace correspond complètement à un rivage côtier. Il y a cependant une spécificité qui tient à la présence de la frontière avec la Suisse au milieu du lac. C’est une situation assez atypique, très différente de ce qui se passe en mer, où on trouve une gradation de compétences entre les eaux territoriales et la haute mer, mais pas de frontière entre deux pays. Les enjeux de sécurité sont les mêmes que ceux qu’on peut rencontrer à terre, avec toute le spectre de la contestation au terrorisme, mais avec un pendant qui est la sécurité des gens qui naviguent sur le lac, y compris dans le cadre de nos interventions. Nous devons associer ces deux enjeux, celui du milieu et celui de la sécurité de l’événement, et ce dans un cadre d’évolution réglementaire particulier. »
Un regroupement de moyens de la Région et de militaires de toute la France
Pour mener à bien ces missions, la Gendarmerie nationale a organisé le regroupement de plusieurs moyens nautiques, d’abord ceux de la RGARA, mais aussi d’autres de différentes régions. « Nous en comptons 18 au total, indique le lieutenant-colonel Frédéric Bossuyt. Des intercepteurs comme le nouveau Rafale 1200 de la Brigade nautique du Grau-du-Roi aux embarcations plus légères comme les White Sharks. Des moyens assez disparates donc, mais qui permettent d’avoir une présence sur l’eau en permanence, 24 heures sur 24, et de couvrir tout le spectre de missions. Celles-ci comprennent la surveillance des côtes, le contrôle des zones et le renseignement. Cela peut aller le cas échéant jusqu’à l’intervention et l’interception sur l’eau, qui est une manœuvre techniquement compliquée, pour laquelle nous pourrions compter sur les moyens d’appui du GIGN. »
Les moyens de gendarmerie permettent notamment de faire respecter l’arrêté de la préfecture, avec une grande zone de navigation restreinte qui s’étend jusqu’à la frontière avec la Suisse et une zone interdite qui encadre Évian. Le dispositif coordonné par le COMFOR-LAC comprend aussi deux moyens nautiques des Compagnies républicaines de sécurité (CRS) et ceux de la section fluviale de combat du 19e régiment du Génie.
Une centaine de militaires armeront les bateaux de la Gendarmerie nationale. Ils viennent de Nantes, Saint-Malo, La Rochelle, Antibes… Ils sont affectés à des brigades nautiques côtières ou fluviales, mais aussi à des brigades territoriales disposant d’un moyen nautique. En outre, une équipe de Maintien en condition opérationnelle (MCO) s’occupera de l’entretien et des éventuelles réparations au sein de l’atelier nautique situé à proximité directe du port d’Évian.
« Mais le lac ne doit pas être résumé à une surface plane en 2D, rappelle le colonel Igau. D’une part, rien ne commence sur l'eau. Tout débute et se termine forcément sur le rivage, le lac n’étant qu’un espace de passage. Il faut aussi prendre en compte tout ce qui peut se produire sous la surface, et qui nécessite également une coordination, notamment avec la Sécurité civile pour le déminage des bateaux et des infrastructures. Il y a enfin tout ce qui se passe au-dessus de l’eau avec l’appui de moyens aériens, les hélicoptères de la gendarmerie, de la police, les drones, sans oublier la lutte anti-drone qui se déroule à terre, mais aussi sur le lac, avec une équipe de la Section de protection et d’appui drones (SPAD) de la Garde républicaine régulièrement embarquée à cet effet. »
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