Sommet du G7 : le ciel sous haute surveillance
- Par Antoine Faure
- Publié le 18 juin 2026
La manœuvre de sécurisation du sommet du G7 se déclinait à terre, sur les eaux du lac Léman et dans le ciel de Haute-Savoie, où de nombreux moyens aériens – hélicoptères et drones – et de Lutte anti-drone de la Gendarmerie nationale ont été déployés.
Essentielle à toute manœuvre de sécurisation d’un événement d’ampleur, la troisième dimension a fait l’objet de toutes les attentions lors du sommet du G7 qui s’est déroulé du 15 au 17 juin 2026 à Évian-les-Bains. « Auparavant, pour ce type de mission, on déployait deux ou trois appareils des Forces aériennes de la Gendarmerie nationale (FAGN), là nous en avions sept », note le chef d’escadron (CEN) Emmanuel Chavanne, commandant de la Force aérienne Sud-Est, en charge de la mise en œuvre du détachement aérien et de la manœuvre 3D pour le G7 au profit du Commandant des forces de la gendarmerie (COMFORGEND), le général de corps d’armée Frédéric Boudier. Sept hélicoptères donc, auxquels il convient d’ajouter 70 drones et un important dispositif de lutte anti-drone.
« Dès l’annonce par l’Élysée de la tenue du G7 à Évian-les-Bains, nous nous sommes mis à concevoir cette manœuvre au fur et à mesure, avec les directives du général Éric Espinal, commandant des forces aériennes de la Gendarmerie nationale (FAGN), en lien avec la Région de gendarmerie Auvergne-Rhône-Alpes (RGARA), en tenant compte de la problématique du secteur, poursuit le CEN Chavanne. La zone du sommet lui-même était petite, mais la zone à sécuriser autour d’Évian par la Gendarmerie nationale était très grande avec les complexités que constituent le lac, le plateau de Gavot et les montagnes du Chablais qui sont derrière, sans oublier la frontière avec la Suisse qui nécessitait des accords. »
Sept hélicoptères sur une base détachée
La décision a tout de suite été prise de mettre en place une base hélicoptères détachée, l’aérodrome le plus proche se situant à Annemasse. « On a donc cherché un terrain assez grand pour pouvoir accueillir toute type d’appareil en sécurité. Le choix s’est porté sur Saint-Paul-en-Chablais, à cinq minutes de vol d’Évian. Nous avons rencontré les élus et les agriculteurs pour leur expliquer nos besoins. »
Le détachement aérien initial comprenait trois hélicoptères EC 135, en capacité de capter des images et de les transmettre immédiatement pour renseigner les autorités, et quatre EC 145 pour les missions de protection, d’intervention, de transport de troupes mobiles, en tenant compte précisément de cet environnement montagneux. Un quatrième EC 135 était en position de réserve à la Section aérienne de gendarmerie (SAG) de Dijon, en mesure de renforcer le dispositif au coup de sifflet. Outre ceux des FAGN, se trouvaient à la D.Z. deux appareils de la Sécurité civile, deux de l’armée de l’Air, et deux du Groupe interarmées d’hélicoptères (GIH). En ce qui concerne le volume des forces, le commandement des FAGN l’a estimé à 80 militaires issus de toutes les SAG. Ils ont répondu à un appel à volontaires au mois de février 2026. Ce contingent comprenait les pilotes, les mécanos, les opérateurs aéro-surveillance, les ravitailleurs et les dronistes.
Un coordonnateur 3D, chef de la cellule mise en place au sein au Poste de commandement interministériel (PCI), orchestrait l’emploi des moyens de la Gendarmerie nationale en lien avec la Sécurité civile et la Police nationale. « Cela permet une déconfliction, souligne le CEN Chavanne. Le rôle du coordonnateur 3D est de voir quel est le moyen le plus approprié et de garantir que tous les appareils puissent voler en toute sécurité. Par exemple, si le Groupe d’intervention de la Gendarmerie nationale (GIGN) m’informe qu’ils vont faire une reconnaissance à basse altitude avec trois appareils, je relaye cette information à mes collègues de la Police nationale et de la Direction générale de la sécurité civile et de la gestion des crises (DGSCGC), l’armée de l’Air étant également dans la boucle. Tous les drones ont alors ordre de se poser le temps du vol, pour une sécurité maximale. Afin que chacun puisse faire voler ses appareils et répondre à ses besoins opérationnels en sécurité, ce partage de l’information est essentiel. »
Les principales missions des vecteurs aériens étaient d’appuyer la manœuvre opérationnelle au sol par l’observation et la recherche de renseignements, la transmission d’images aériennes aux échelons opératifs, tactiques et stratégiques, et l’engagement direct au profit des forces, en capacité d’apporter un appui phare, un appui feu, ou d’effectuer une bascule de forces rapide grâce à la capacité d’emport des EC145. Hélicoptères et drones ont par ailleurs été employés dans la gestion des flux, afin d’aider à la fluidité des axes et à la sécurisation des cortèges de délégations.
Différents drones pour différentes missions
Coordonnateur pour l’ensemble des drones de la gendarmerie mis en place sur le G7, le CEN Arnaud Gérard note « une massification » de l’emploi des drones, « désormais intégrés complètement dans le dispositif ». Pour le G7, la Gendarmerie nationale a donc engagé 70 drones dans la manœuvre, qui allaient du mini 5 pro (moins de 250 grammes) déployés avec les Escadrons de gendarmerie mobile (EGM), jusqu’au DT46, le drone à voilure fixe, pour son premier engagement opérationnel. À noter que la Gendarmerie nationale créera cet l’été deux Sections d’appui drones (SAD), l’une à Amiens, l’autre en Guadeloupe, armées dans un premier temps par quatre militaires et équipées chacune d’un DT46.
« Les missions varient en fonction du modèle, précise le CEN Gérard, avec des capacités d’élongation et de hauteur différentes définies en avance de phase pour le coordinateur drone. Le petit drone est facilement déployable dans les EGM pour observer, éclairer, sur un compartiment de terrain proche de l’unité jusqu’à 500 mètres de distance et 50 mètres de hauteur. C’est un drone de contact pour aider le chef dans sa manœuvre tactique, sans renvoi d’images vers les P.C. Les Groupements tactiques de gendarmerie (GTG), qui comptent à la fois des gendarmes mobiles et départementaux, disposaient chacun de deux binômes de télépilotes avec des drones thermiques de moins de quatre kilos, qui peuvent donc voler de jour comme de nuit, à une altitude maximale de 90 mètres, et une élongation d’ 1 kilomètre ou 2 kilomètres, en fonction de la compétence du télépilote. Ils ont la capacité à transmettre des images à l’ensemble des P.C. C’est un appui intéressant pour les chefs opérationnels des GTG. »
Des drones de plus de quatre kilos étaient employés par le Groupe observation surveillance (GOS), la Cellule nationale observation exploitation de l’imagerie légale (CNOEIL) du Groupement blindé de Gendarmerie mobile (GBGM) et les FAGN. « Ils ont la capacité de voir plus loin avec une optronique de meilleure qualité. Cela permet d’être beaucoup plus discret qu’un drone de contact. » Le DT46 avait pour mission de durer dans le temps au-dessus du lac, de nuit, afin de garantir une prise de vue sans discontinuer pendant plusieurs heures pour détecter de façon plus large, à une altitude étagée entre 100 et 120 mètres.
« Ce qui est particulièrement utile pour la manœuvre, c’est la complémentarité des moyens, avec des drones, puis des hélicos, relève le CEN Gérard. L’hélico est plus agile, plus rapide, mais le drone peut durer, il n’a pas besoin d’être ravitaillé. Sur un évènement imprévu, en première intention, on enverra donc un hélico et ensuite on engagera par la route des drones pour capter de l’image dans la durée. Le drone est également une aide précieuse dans les opérations de maintien de l’ordre pour anticiper et lever l’opacité du terrain. »
C’est la première fois que la Gendarmerie nationale engage autant de drones et d’hélicoptères, sur un terrain particulier avec la proximité de l’aéroport de Genève et son espace aérien, la frontière suisse et le relief. « Le premier objectif du coordonnateur 3D et du coordonnateur drones, c’est d’assurer la sécurité aérienne pour éviter toute collision entre drones ou entre un drone et un hélicoptère ou un appareil d’aviation habitée, et tout risque de brouillage fratricide qui verrait un drone brouillé par nos propres forces de Lutte anti-drone (LAD) ou des forces amies de la Police nationale ou de l’armée de Terre. Mon rôle n’est donc pas de commander les drones, qui sont au profit des chefs opérationnels, mais je dois m’assurer de cette sécurité aérienne. »
À l’instar des hélicoptères, l’emploi des drones connaît une montée en puissance crescendo. « Le déploiement sur ce G7 est une première, note le coordonnateur. Mais la gendarmerie dispose du matériel et des télépilotes formés qui permettent cet engagement important. Lors des Jeux olympiques et paralympiques de Paris, on opérait sur des grandes zones urbaines où on bénéficiait de vidéosurveillance. Pour ce sommet du G7, on ne disposait pas de cette vidéosurveillance, et c’est bien cet œil déporté qui devait remplir ce rôle. »
Une LAD qui monte en puissance
Coordonnateur LAD pour le G7, le capitaine Nicolas Bélec a pris part aux différentes réunions de planification, depuis l’automne 2025, afin de déterminer quel était le besoin en matière de LAD, l’effet à obtenir et l’effet souhaité par le COMFORGEND pour cette manœuvre. « Il fallait tenir compte du Dispositif particulier de sûreté aérienne (DPSA), avec un dispositif LAD qui incombe à l’armée de l’Air et pour lequel nous sommes concourants, décrit-il. Il y a donc deux missions qui se superposent : l’intégration de la gendarmerie au DPSA et la mission de la gendarmerie sur sa zone de compétences, qui s’étendait au-delà de ce DPSA qui n’était actif que du 15 au 18 juin. Cette phase préparatoire comprenait la vérification complète de la doctrine, l’établissement des autorisations de brouillage et l’organisation du dispositif, en termes de ressources humaines, de matériel, en s’intégrant au dispositif global pour l’aspect logistique : la récupération des véhicules, du matériel, l’hébergement des opérateurs, etc. »
Le dispositif est pyramidal avec, en haut, les coordinateurs. Pour ce sommet du G7, ce sont donc deux officiers de la Gendarmerie des transports aériens (GTA) avec, aux côtés du CNE Bélec, le lieutenant Mathieu, de la Communauté de brigades gendarmerie des transports aériens (CoBGTA) de Bordeaux. Ils sont renforcés par deux réservistes : le chef d’escadron Philippe et le gendarme Vincent.
Ensuite vient le détachement LAD avec un noyau de dix opérateurs de la Section de protection et d’appui drones (SPAD) de la Garde républicaine, dont son commandant, le lieutenant Jérémy Bailly, désigné chef de détachement. Dix opérateurs de la GTA et vingt de la RGARA lui ont été adjoints, soit un total de 40. « Nous sommes appuyés par le groupe de forces "appuis spécialisés" de la GTA et son groupe "P.J. aéro 3D", précise le CNE Bélec. Ce sont des renforts potentiels, avec leurs propres moyens de détection, et une capacité à traiter rapidement la procédure judiciaire en cas d’interpellation. Ce sont des experts qui ont la compétence technique pour traiter ce type de procédure spécifique. »
Sur ce sommet du G7, les opérateurs de la Gendarmerie nationale ont été déployés dans la profondeur, sur les différents fuseaux définis par le Groupement opérationnel de maintien de l’ordre (GOMO), afin d’éviter qu’un drone ne rentre dans la zone d’Évian-les-Bains. Des systèmes de détection ont d’abord été déployés en amont du sommet. « En tenant compte des points spécifiques comme la Base logistique avancée (BLA) de La-Roche-sur-Foron, la D.Z. et la partie française qui jouxte la piste d’atterrissage de l’aéroport de Genève, complète l’officier de la GTA. On va ensuite mener des missions spécifiques de LAD durcie associant détection et neutralisation, notamment pour la D.Z. et l’aéroport, et au gré des engagements déployer plusieurs équipes fixes et mobiles, éventuellement un moyen nautique sur le lac, et l’appui de l’armée de l’Air pour acquérir du renseignement. »
Cette montée en puissance de la LAD, année après année, événement après événement, a un effet dissuasif sur les adversaires tentés d’utiliser des drones. « Ce qui est un peu spécifique dans ce DPSA, ajoute le CNE Bélec, c’est qu’on intègre désormais la LAD protection de la force. Cela signifie qu’on déploie des moyens non plus spécialement pour protéger l’événement et les autorités, mais aussi pour protéger nos propres forces, comme le GIGN le fait depuis plusieurs années dans le cadre de ses missions de haute intensité, sur le territoire national comme en opérations extérieures. Il est indispensable de mettre des moyens pour se protéger de cette menace. L’objectif de la LAD n’est plus seulement de neutraliser le vecteur adverse, c’est aussi d’avoir une action qui permette à nos propres vecteurs et aux vecteurs amis d’évoluer en toute sécurité dans l’espace aérien. »
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