Opération « communes isolées » à Graissessac
- Par le chef d'escadron Romain Bastet
- Publié le 08 janvier 2026
Le 17 décembre 2025, le major Daniel et son équipe parcourent les rues de Graissessac, dans l’Hérault, afin de renforcer le lien avec les habitants. Rencontres, échanges et écoute illustrent la mission de proximité menée par la gendarmerie dans les communes rurales et enclavées.
17 décembre 2025. Le major Daniel, commandant la Communauté de brigades (CoB) de Bédarieux, dans l’Hérault, prend la route en direction de Graissessac. Il connaît parfaitement cet itinéraire qu’il parcourt régulièrement. À ses côtés, le maréchal des logis-chef Thibault et la gendarme Chloé participent à cette mission inscrite dans le cadre de l’opération « communes isolées ». Lancée deux ans plus tôt, cette initiative vise à renforcer le lien entre la gendarmerie et les habitants des villages les plus isolés, sur un territoire profondément marqué par l’enclavement.
La vallée de l’Orb impose son rythme. Trente-cinq minutes d’une route sinueuse séparent la brigade de Bédarieux de cette commune, l’une des vingt-six de la circonscription. Ce matin-là, la légère tramontane ne suffit pas à déchirer le plafond nuageux qui pèse sur les crêtes. Dans l’habitacle du véhicule sérigraphié, l’ambiance demeure simple et détendue. Les trois gendarmes savent pourquoi ils sont là : aller au-devant des habitants, être visibles, accessibles et à l’écoute et maintenir un lien humain là où la distance et l’isolement pourraient l’effriter.
Les gendarmes de Bédarieux engagés pour la population jusqu’au dernier kilomètre de leur circonscription
Garantir la même présence aux élus des vingt-six communes qui composent la circonscription, tel est l’engagement des gendarmes de la Communauté de brigades (CoB) de Bédarieux....
Article
Comme il en a l’habitude, le major Daniel a pris soin de prévenir la mairie de Graissessac en amont. La veille, il a téléphoné à madame Mariette Combes, maire de la commune, pour l’informer du passage de la gendarmerie dans le cadre de l’opération « communes isolées ». Par cette action, le commandant de brigade souhaite ne laisser aucune commune à l’écart, en allant physiquement à la rencontre des habitants, afin de maintenir un lien de confiance et ainsi proposer un « service public de proximité sur mesure », comme il a coutume de l’expliquer. Le rendez-vous est fixé à 10 heures à la mairie. Pour l’occasion, monsieur Jacques Lucbereilh, sous-préfet de Béziers, et monsieur Pierre Mathieu, président de la communauté de communes Grand Orb, ont également annoncé leur présence, soulignant l’importance accordée à cette démarche de terrain, au plus près des réalités locales.
Maintenir un lien humain là où la distance pourrait l’effriter
Niché à 340 mètres d’altitude, au cœur des monts d’Orb, Graissessac est un ancien bassin minier qui conserve de nombreux vestiges de cette époque, encore très visibles dès l’entrée du village. Les gendarmes se stationnent devant un bâtiment à deux étages, à la façade claire, qui se dresse au bord d’une place. Autrefois tribunal, celui-ci abrite aujourd’hui la mairie, symbole discret dont la fonction s’est adaptée au fil du temps. Au XIXᵉ siècle, alors que l’activité minière bat son plein, Graissessac compte 3 089 habitants ; un chiffre conséquent pour l’époque et qui expliquait la présence d’une juridiction. Après avoir franchi le perron de la mairie et son imposante porte en bois, le trinôme du major Daniel gravit les marches qui mènent à l’étage, où ils sont attendus dans une vaste salle. À la mairie de Graissessac, les visages des gendarmes sont familiers. Chacun se salue chaleureusement, signe des liens solides créés au fil des échanges réguliers. Madame la maire et le major ont construit une relation façonnée par une confiance réciproque. Leur entente donne le ton à la rencontre.
Quelques instants plus tard, le sous-préfet de Béziers franchit la porte, suivi de près par le président de la communauté de communes Grand Orb. Les salutations sont cordiales, ponctuées de hochements de tête et de poignées de main. Chaque geste traduit la connaissance mutuelle et le respect des rôles de chacun. Tous prennent place autour de la table. Le major Daniel ouvre alors ce temps d’échange consacré à l’opération « communes isolées » et rappelle la philosophie de cette mission qu’il dit « essentielle ». Rompant avec le rythme effréné habituel de ce gradé d’expérience, l’initiative locale qu’il porte vise à prendre le temps de se concentrer sur l'essentiel : le contact humain. « Renforcer les liens avec la population, être présent, rassurer », résume-t-il avec une intonation qui traduit la conviction d’un homme qui a fait le choix de l’engagement. Pour lui, tout commence par une poignée de main, une présence simple, accessible, profondément humaine.
Au lancement de l’opération, la seule apparition d’un gendarme à pied dans les ruelles pouvait encore susciter l’inquiétude, interprétée comme le signe qu’un événement grave se serait produit dans ce village reculé. Aujourd’hui, cette présence s’est banalisée. La poignée de main et le contact simple ont trouvé leur place dans le quotidien, modifiant peu à peu les perceptions.
Au sous-préfet de poursuivre, soulignant l’importance de cette proximité, particulièrement adaptée aux réalités d’un territoire rural et enclavé. « Cette démarche du “aller vers” est extrêmement positive et répond à une demande de visibilité et de disponibilité venant de la population et des élus. D'abord pour répondre à un éventuel sentiment d'insécurité mais aussi pour affirmer la présence de l'État sur le territoire, parce que vous êtes les représentants du régalien de proximité ».
À son tour, le président de la communauté de communes Grand Orb prend la parole. Son propos est direct, sans détour. Pour lui, le major Daniel incarne cette proximité. « À l’écoute, disponible, efficace. Tout simplement. On a quelqu’un qui est avec nous, qui croit en nous, qui croit au territoire et qui croit en la gendarmerie. Il a son métier chevillé au corps. »
Tout commence par une poignée de main
Au moment de se diriger vers la sortie, les regards sont attirés par un tableau représentant des mineurs, témoignage silencieux du passé industriel de Graissessac, et par le buste de Marianne qui a veillé sur les échanges. La salle, baignée par la lumière du matin, porte à la fois l’histoire du village et l’énergie de ceux qui s’engagent à maintenir un lien avec sa population. Désormais, place au terrain. Après le temps de l’échange, vient celui de la présence. Tous se mettent en mouvement, à pied, pour aller à la rencontre du village et de ceux qui le font vivre au quotidien.
Un peu plus loin, un homme s’arrête, le journal Midi Libre serré sous le bras. Il vit ici depuis toujours. « Faut bien rester informé », note-t-il en tapotant le quotidien. Les gendarmes échangent quelques mots, demandent des nouvelles. « Tout va bien aujourd’hui ? » La conversation est simple. Un moment de proximité comme il en existe lors des opérations « communes isolées ».
Rue Gambetta, la gendarme Chloé lève la tête et désigne la façade familière d’un bâtiment situé sur les hauteurs du village. « Ici, il y avait la brigade », glisse-t-elle. Pendant des années, huit gendarmes y ont vécu et travaillé, ancrés dans le quotidien du village, jusqu’à la fermeture du site dans les années 1960. Aujourd’hui encore, les gendarmes arpentent ces mêmes rues, autrement, mais avec la même volonté d’être présents.
Au plus près des réalités locales
La déambulation se poursuit jusqu’à l’épicerie du village. Les gérants, qui ont repris l’affaire familiale, accueillent le groupe chaleureusement. Sur les étals, les produits de première nécessité côtoient les spécialités du terroir. À l’intérieur, un écriteau capte l’attention : « Ici, on est heureux chaque jour ». Une phrase qui résume l’esprit des lieux. Ces commerces de proximité, essentiels, participent pleinement à la vie de la commune. Bien plus que de simples points de vente, ils sont des repères, des lieux d’échange. À la pharmacie, l’accueil est immédiat. « Je savais que vous alliez passer », lance le pharmacien avec un sourire. L’information circule vite à Graissessac. Même constat au bureau de tabac, qui fait aussi office de dépôt de pain : on s’arrête, on échange, on plaisante. « On repassera », promet le maréchal des logis-chef Thibault avant de repartir. En poursuivant la marche, les sons changent. Pas de circulation, seulement le murmure du Clédou, le petit ruisseau qui longe la commune, et le chant soudain d’un coq perché sur un muret, observateur vigilant de la scène.
Entre deux rencontres, les gendarmes s’arrêtent pour s’occuper d’une situation évoquée plus tôt par madame la maire. Un véhicule stationné depuis plusieurs semaines au même endroit, qui finit par peser dans le quotidien du village. « C’est typiquement le genre de choses qu’on peut régler rapidement », explique le major Daniel. Sur place, les vérifications s’effectuent calmement, avec la volonté d’apporter des réponses immédiates aux préoccupations du quotidien, aussi modestes soient-elles.
Au moment de se quitter, sur la place désormais familière, le major Daniel et madame la maire échangent quelques mots. Rien d’un au revoir solennel. Plutôt la promesse d’un prochain passage, d’une présence qui se prolonge. Avec les opérations « communes isolées », on ne se quitte pas vraiment : on se dit à bientôt.
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