La GARM se transforme pour mieux protéger les intérêts stratégiques de la Nation
- Par Antoine Faure
- Publié le 28 mai 2026

Aussi discrète qu’indispensable depuis 53 ans, la Gendarmerie de l’armement (GARM) assure la protection et la sûreté des emprises de la Direction générale de l’armement (DGA), qui constituent l’un des piliers de la souveraineté nationale. À l’heure où elle se transforme pour mieux répondre à ces enjeux dans le contexte géostratégique, présentation de ses missions par son commandant, le général Christophe Urien.
Dans la nuit du jeudi 30 avril au vendredi 1er mai 2026, un rassemblement musical non autorisé a eu lieu dans le Cher (18), sur l’emprise du polygone de tir militaire de la Direction générale de l’armement (DGA), strictement interdite d’accès. Le site était qualifié de « très dangereux » par les autorités en raison du risque d’explosion de munitions historiques de la Seconde Guerre mondiale encore enfouies, en particulier au niveau des zones boisées périphériques. Intégrés dans la manœuvre d’ampleur mise en place par la Gendarmerie nationale et menée par le Groupement de gendarmerie départementale (GGD) du Cher, afin d’encadrer étroitement ce rassemblement et constater les infractions, se trouvaient des militaires de la Gendarmerie de l’armement (GARM).
« Le peloton de sûreté et de protection de Bourges a contribué à cet engagement massif, confirme le général Christophe Urien, qui commande cette gendarmerie spécialisée depuis 2023. Ils ont apporté leur parfaite connaissance de la zone, fourni des éléments de cartographie et renseigné leurs camarades départementaux et mobiles sur le terrain, en coordination avec la direction du site et le P.C. de crise. Les militaires de la GARM ont aussi accompagné les démineurs de la DGA lors de leurs interventions. »
Discrète par vocation
Ce type d’engagement de la GARM reste bien sûr très rare. Cette gendarmerie spécialisée, placée pour emploi auprès de la DGA, agit généralement dans l’ombre, discrète par vocation, au cœur des intérêts stratégiques de la Nation. Elle a été créée en 1973 pour protéger les centres d’expertise et d’essais de la DGA, où se conçoivent, s’évaluent et se qualifient les systèmes d’armes de demain, et qui constituent donc l’un des piliers de la souveraineté nationale. Sur ces sites, au nombre de dix, sont implantés les Pelotons de sûreté et de protection (PSP) de la GARM, maillons essentiels du dispositif de défense à la fois physique, technique et de contre-ingérence.
L’expertise de la GARM s’est exportée au-delà du strict périmètre de la DGA, puisqu’elle exerce aujourd’hui son autorité sur trois autres entités particulièrement sensibles : l’Institut de recherches franco-allemand de Saint-Louis (Haut-Rhin), le centre de recherches de la Direction des applications militaires (DAM) du Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA), situé à Gramat (Lot), et l’Institut de recherche biomédicale des armées (IRBA), organisme clé du Service de santé des armées, à Brétigny-sur-Orge (Essonne).
Le spectre missionnel de la GARM ne se limite pas à cette surveillance physique de sites. Il intègre un champ plus vaste au premier rang duquel figurent les escortes et les transports de matériels classifiés, en lien ou non avec la dissuasion. Ces missions sont partagées avec la Gendarmerie de la sécurité des armements nucléaires (GSAN), selon la sensibilité des matériels et les effectifs requis, au titre de l’exercice du Contrôle gouvernemental de l’intégrité des moyens (CGIM). Les militaires de la GARM réalisent ainsi environ 500 escortes et transports par an. « Notamment le PSP de Bourges, unité engagée sur les transports de vecteurs de la composante nucléaire aéroportée entre le missilier MBDA et les bases aériennes à vocation nucléaire », précise le général Urien. La GARM escorte aussi, depuis 2020, les satellites militaires entre Toulouse et le centre spatial guyanais.
Un nécessaire durcissement des compétences
Afin de mener à bien ces missions d’escorte, les militaires concernés suivent désormais une formation spécifique d’une semaine, suivie d’une supplémentaire pour les gradés désignés chefs d’escorte. C’est l’une des décisions importantes prises par le commandant de la GARM après sa prise de fonction. « Avec l’éclatement du conflit en Ukraine, certains volets de notre action nécessitaient une montée en compétences, estime-t-il. C’est notamment le cas des escortes qui sont des missions durant lesquelles nous nous trouvons, de fait, en dehors de nos emprises et donc plus vulnérables. Il m’apparaissait essentiel que les gendarmes qui les remplissent acquièrent les fondamentaux de la conduite d’une escorte. Une initiative qui a alimenté une réflexion plus globale sur ces missions au sein de la Gendarmerie nationale. Dans le domaine de l’intervention professionnelle également, il fallait durcir nos compétences. Raison pour laquelle je suis allé chercher des profils MIP (Moniteur Intervention Professionnelle) et AMIP (Aide Moniteur Intervention Professionnelle). Enfin, dans le domaine de la gestion de crise, que je considère comme devant être notre cœur de métier, j’ai imposé la réalisation d’exercices mensuels sur tous nos sites, car seul l’entraînement permet d’acquérir des réflexes et de voir où sont nos failles pour pouvoir les corriger. »
La gendarmerie de l’Armement entame sa transformation avec la création d’une formation dédiée aux escortes
Depuis 50 ans, la gendarmerie de l’Armement (GARM) est chargée de la sécurisation des sites de la Direction générale de l’Armement (DGA) et de la protection des...
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Un premier stage de gestion de crise pour les commandants de peloton de la GARM, créé ab initio, s’est déroulé en coopération avec le Centre de formation opérationnelle pour la simulation numérique (CFOSN) de l’Académie militaire de la Gendarmerie nationale (AMGN). Une seconde session aura lieu au cours du second semestre. « C’est un stage très utile, très apprécié, note le commandant de la GARM. Nous avons aussi quelques places sur le stage Opérateur en protection des sites institutionnels sensibles (OPSIS) de la Garde républicaine, parfaitement cohérent avec nos missions, et cela participe aussi à cette montée en compétences. »
Ce durcissement s’accompagne d’une politique d’acquisition de matériels : équipements de protection, armement, mais également des drones, avec la livraison attendue d’une cinquantaine d’appareils, qui seront notamment utilisés pour la surveillance de sites de taille importante, comme ceux de Biscarrosse ou de l’île du Levant. Avec là aussi des formations assurées par l’École des drones de l’armée de Terre.
Une diversité de profils
Autre transformation en cours, sur le volet R.H. cette fois, avec une diversification du recrutement afin d’attirer davantage de gendarmes exerçant un métier comparable : gardes républicains, anciens gendarmes mobiles, militaires de Peloton spécialisé de protection de la gendarmerie (PSPG) ou de Peloton de surveillance et d’intervention gendarmerie (PSIG). « La GARM s’appuyait sur un modèle de brigades armées essentiellement par d’anciens gendarmes départementaux, rappelle le général Urien. Or, si nous avons bien des missions communes de police administrative et judiciaire, notre cœur de métier reste la protection et la sûreté. Je considère qu’il nous faut donc un éventail de profils et de compétences. Nous aurons toujours besoin de gendarmes départementaux, en capacité de prendre une plainte, de mener une enquête judiciaire, mais nous avons aussi besoin de militaires plus orientés vers l’intervention et la protection. Nos treize unités sont isolées et doivent être en mesure d’absorber un choc éventuel en attendant le concours d’autres unités de gendarmerie. Nous avons besoin de compétences différentes et complémentaires qui nous permettent de faire face à tout type de situation. »
Pour attirer de nouveaux profils, il faut aussi mieux faire connaître la GARM et ses missions. Le changement d’appellation des brigades de gendarmerie de l’armement en PSP-GARM, décidé en janvier 2025, va dans le sens d’une clarification. L’adoption d’une nouvelle tenue également. « Ce n’est pas du tout cosmétique, insiste l’officier général. Cela répondait à une nécessité opérationnelle et au besoin d’une meilleure identification. La différence entre la GARM et les deux autres gendarmeries spécialisées, la Gendarmerie de l’Air et de l’Espace (GAE) et la Gendarmerie maritime (GMAR), c’est que sur les bases aériennes et navales, on trouve d’autres forces militaires armées, comme les commandos de l’Air ou les fusiliers marins. Or, sur les sites de la DGA, la seule force militaire, c’est la GARM. Le contexte géostratégique actuel, marqué par la guerre en Ukraine et les tensions aux Proche et Moyen-Orient, fait peser de nouvelles menaces sur les infrastructures de défense. La transformation de la GARM répond donc aussi à la nécessité de se préparer à un événement majeur. »
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