Immersion aux côtés des gendarmes de la brigade de surveillance du littoral de Toulon
- Par Hélène THIN
- Publié le 02 mai 2026
De la police en mer à la police des pêches, en passant par la police de l’environnement, judiciaire ou administrative, les missions des militaires la Brigade de surveillance du littoral (BSL) de Toulon (Var) sont aussi nombreuses que cruciales. Une équipe de la rédaction de Gendinfo a embarqué à leurs côtés le temps d’une opération de contrôle en mer.
Mardi 24 mars 2026. Rade de Toulon (Var). La mer est calme en ce début de matinée. L’embarcation de la Brigade de surveillance du littoral (BSL) de Toulon (Var) fend la surface de l’eau, scintillant sous les rayons d’un soleil printanier. Les deux militaires présents à bord réalisent ce jour-là une opération de routine. « Nous allons procéder au contrôle de navires professionnels ou de plaisance. Ces manœuvres sont parties intégrantes de nos missions quotidiennes, et occupent une part majeure de notre temps durant la saison estivale », observe l’adjudant Fabrice.
Quelques minutes après avoir quitté le port militaire de Toulon, l’équipage s’engage en grande rade, où s’effectuent la plupart des contrôles. Presque aussitôt, les gendarmes aperçoivent deux plaisanciers s’adonnant à la pêche. « Leur embarcation est amarrée à la marque tribord du chenal, ce qui est strictement interdit, relève l’adjudant Fabrice. Le contrôle est motivé par ce manquement à la réglementation. Celui-ci se déroule en trois temps. Il est d’abord demandé au skipper de présenter son permis de plaisance, ainsi que la carte de circulation du bateau. Nous vérifions alors la validité des documents fournis. Vient ensuite le contrôle de l’armement de sécurité : gilets de sauvetage, lampe étanche, extincteur, coupe-circuit… Pour finir, nous contrôlons le produit de la pêche et veillons au respect de la taille minimale des captures. Afin de préserver la ressource, certaines espèces sont soumises à des quotas, et d’autres sont interdites selon la période de l’année. »
Les gendarmes notent alors l’absence à bord d’un second coupe-circuit. Ce dispositif d’arrêt d’urgence, qui coupe l’allumage ou les gaz en cas d’éjection du skipper, est relié au poignet ou à la jambe de ce dernier. Un second dispositif de type filaire, accessible à bord de l’embarcation, est depuis peu exigé par la réglementation (arrêté du 1er octobre 2023 portant modification de l’arrêté du 23 novembre 1987), aux fins de pouvoir redémarrer le moteur et secourir le conducteur, dans l’éventualité où celui-ci tombe à l’eau. Aucune autre anomalie n’étant détectée à bord de l’embarcation, les gendarmes effectuent ce jour-là un rappel à la loi et délivrent les messages essentiels de prévention, avant de remettre les gaz.
Pêche professionnelle, une activité fortement réglementée
La matinée se poursuit en grande rade avec le contrôle d’un chalutier. La pratique de la pêche professionnelle est strictement encadrée, aussi bien au plan européen, avec la Politique commune des pêches (PCP), que national, régional et local. Avant de commencer le contrôle, l’adjudant Fabrice contacte par téléphone le CROSS Étel. Centre national de surveillance des pêches maritimes, cet organisme exerce ses attributions sur les trois façades maritimes métropolitaines, ainsi que dans les eaux communautaires (U.E.) ou internationales fréquentées par des navires de pêche français. « Le CROSS me confirme que ce marin pêcheur est titulaire d’un permis d’armement, lequel est délivré à tout navire dont l’équipage est constitué d’au moins un marin professionnel à son bord. Le dernier contrôle du chalutier remonte au mois d’octobre 2025. Les détenteurs de ce permis, ainsi que les autres pêcheurs professionnels, sont régulièrement contrôlés », explique l’adjudant Fabrice.
Le militaire monte ensuite sur le pont du chalutier, où il vérifie le produit de la pêche. Quantités prélevées, zones de pêche, matériel, mais aussi périodes autorisées sont réglementés afin de lutter contre l’impact nocif de la pêche sur le domaine littoral et aquatique. Les règles diffèrent selon le type de pêche – professionnelle ou de loisir – ainsi que les espèces concernées. Les gendarmes constatent alors que les quantités renseignées par le pêcheur sont conformes au produit de la pêche. L’adjudant vérifie également la bonne conformité des filets. Aucune irrégularité n’est à signaler. À l’issue de cette opération, les militaires de la BSL mettent le cap sur l’arsenal de Toulon, afin de regagner leurs locaux.
En mer comme sur terre… la BSL présente sur tous les fronts
Au cœur de la première base navale d’Europe, sur laquelle elle est implantée, la brigade de surveillance du littoral de Toulon cohabite avec le fleuron de la Marine nationale française. Dotée de douze militaires, et rattachée à la Compagnie de Gendarmerie maritime de Toulon, l’unité intervient tout le long du littoral, de Saint-Cyr-sur-Mer, commune située à l’extrémité ouest du Var, jusqu’à la frontière italienne (soit une distance de 250 kilomètres), en passant par la Corse. Elle possède une Embarcation à fond rigide (EFR) de 6m40, délivrant une puissance de 225 chevaux, permettant d’atteindre une vitesse de 40 nœuds. Mais ses missions ne se limitent pas au seul domaine maritime.
Les militaires de la BSL interviennent aussi sur la terre ferme. C’est pourquoi l’unité compte dans ses rangs quatre motocyclistes. « Nous réalisons de nombreuses escortes d’autorités ordonnées par la préfecture maritime. Les motos nous permettent aussi de nous déplacer le long du littoral, et d’accéder aisément aux endroits les plus reculés, précise le major Sylvain, commandant de la BSL de Toulon. Nos missions s’articulent autour de plusieurs axes : la police en mer, la police des pêches, la police de l’environnement, la police administrative, la police judiciaire et la recherche de renseignement. Notre action revêt de multiples formes : surveillance, contrôles, interventions, enquêtes judiciaires, manœuvres de sécurisation… etc. »
Pour mener à bien ces différentes missions, les militaires de la BSL travaillent en coopération étroite avec de multiples intervenants, également représentants de l’action de l’État. « Outre nos camarades de la Gendarmerie maritime ou départementale, nous collaborons avec de nombreux acteurs : Marine nationale, Office français de la biodiversité (OFB), Police nationale, Administration fiscale, ainsi que toute autre unité de contrôle présentant un lien avec notre activité. »
Une forte dominante judiciaire
Les douze personnels de la BSL détiennent le brevet de Pilote d’embarcation gendarmerie (PEG) de niveau 1 et 2. Tous possèdent également la qualification OPJ (Officier de Police Judiciaire), essentielle à la conduite de leurs missions. « L’activité judiciaire occupe une place prépondérante dans notre activité quotidienne, souligne l’adjudant Fabrice. Accidents de plongée, atteintes à l’environnement, occupation illicite du domaine public maritime, location frauduleuse de bateaux, travail dissimulé, blanchiment d’argent, découverte de cadavre… Nous enquêtons sur un large spectre de faits. Nous bénéficions parfois de l’appui de la Brigade de recherches (B.R.) de Marseille. »
Parmi les multiples enquêtes conduites au cours des dernières années par les militaires de la BSL de Toulon, celle liée au décès d’un plongeur confirmé lors d’un stage de plongée sous-marine, à Six-Fours-les-Plages, en 2016, illustre l’action de l’unité. Le dirigeant du club de plongée et l’un des moniteurs ont été condamnés en janvier 2026 par le tribunal correctionnel de Toulon à une peine de quatre ans de prison, dont trois avec sursis, pour le premier, et deux ans avec sursis pour le second, l’enquête ayant mis en évidence de graves manquements aux mesures de sécurité.
Sécurité en mer
La sécurité en mer constitue un autre axe central de l’action des militaires de la BSL. L’arrivée des beaux jours s’accompagne chaque année d’une forte affluence touristique dans le Var, les Alpes-Maritimes et la Corse. L’été apporte ainsi son lot de dangers, avec la multiplication des comportements à risque. « Tout au long de la période estivale, nous sommes présents sur l’eau afin de conduire de nombreuses actions de prévention, de surveillance et de contrôle, rapporte l’adjudant Fabrice. La principale infraction concerne la vitesse, limitée à cinq nœuds à l’intérieur de la bande littorale des 300 mètres. D’autres infractions sont aussi couramment constatées : passagers en surnombre, non-respect des équipements de sécurité… »
Amateurs de sports nautiques en tous genres (jet-ski, paddle, kayak, bouée tractée…) font l’objet d’une vigilance renforcée de la part des gendarmes. « Les collisions en mer sont nombreuses. Elles sont parfois causées par une consommation excessive d’alcool ou de produits stupéfiants, et leurs conséquences sont potentiellement dramatiques, observe l’adjudant Fabrice. Nous veillons au respect des règles de nautisme et des consignes de sécurité. »
La brigade de surveillance du littoral de Toulon participe aussi ponctuellement à la sécurisation d’événements majeurs organisés sur le pourtour méditerranéen, à l’instar de la Conférence des Nations Unies sur l’Océan (UNOC), à Nice, en juin 2025, ou encore les Jeux olympiques de 2024.
Unité aux compétences multiples, la BSL est une composante essentielle du dispositif de surveillance et de sécurisation de l’espace maritime français.
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