Embarquement avec les gendarmes du peloton de sûreté maritime et portuaire militaire de Toulon
- Par Hélène THIN
- Publié le 05 mai 2026
Vingt ans après la création du premier Peloton de sûreté maritime et portuaire militaire (PSMPM) dans le port du Havre, une équipe de Gendinfo a assisté à un exercice en mer aux côtés des gendarmes du PSMPM de Toulon (Var). Une manœuvre illustrant pour partie le champ et les capacités d’action de cette unité particulière, chargée de la surveillance et de la sécurisation de la première base navale d’Europe.
Il est un peu plus de 14 heures, ce mardi 24 mars 2026, en rade de Toulon, lorsqu’une navette maritime du réseau Mistral, reliant Toulon à la Seyne-sur-Mer, se profile à l’horizon. S’engouffre alors dans son sillage l’embarcation semi-rigide du Peloton de sûreté maritime et portuaire militaire (PSMPM) de Toulon. C’est une manœuvre sensible qui s’engage à cet instant. Soudain, l’embarcation des gendarmes vire à bâbord pour franchir la vague de sillage du navire et venir se positionner contre sa coque, juste au-dessous de la porte donnant accès au pont arrière. Dès lors, tout va très vite. En une poignée de secondes, les militaires se projettent à bord de la navette qui poursuit sa route. L’opération requiert une parfaite maîtrise technique et une concentration maximale de la part du pilote du semi-rigide de la gendarmerie, responsable de la sécurité des membres de l’équipage. L’abordage se déroule sans encombre.
Présence forte et visible des gendarmes maritimes à bord du Transrade
« Mesdames, Messieurs, bonjour. Nous intervenons sur réquisition du procureur de la République. Nous allons procéder au contrôle du navire et passer dans les rangs », indique d’emblée aux passagers le major Jean-François, commandant du PMSPM de Toulon. Snow, berger belge malinois spécialisé dans la recherche d’explosifs, entre alors en action, sous le regard intrigué des usagers. Le chien s’immisce dans les rangées avec agilité, inspectant chaque recoin à la recherche de produits illicites, sous la direction de son maître, le gendarme Christophe. L’opération est conduite avec méthode dans les différents espaces du navire, pour ne laisser subsister aucun doute. Snow s’arrête soudainement, marquant devant un sac en toile posé au sol, pour indiquer à son maître la présence d’une matière illicite.
Le sac et son contenu ont en réalité été dissimulés par les gendarmes du PSMPM dans le cadre de l’exercice organisé ce jour-là.
« La manœuvre conduite aujourd’hui présente un double intérêt, explique l’adjudant-chef Maxime, commandant en second du PSMPM. Elle répond d’abord à notre mission de défense-sécurité au profit de la base navale de Toulon. La navette que nous avons contrôlée suit un itinéraire qui longe l’arsenal, évoluant ainsi à proximité immédiate de la zone interdite à la navigation. L’opération s’inscrit également dans le cadre de notre mission de sûreté maritime, menée en mer par l’État. Il est fondamental d’afficher la présence régulière de la Gendarmerie maritime à bord de ces navettes, par lesquelles transitent chaque jour de nombreux passagers. C’est pourquoi nous réalisons fréquemment des opérations de ce type, avec l’appui d’une équipe cynophile. Lorsque le chien détecte la présence d’une matière illicite, généralement des produits stupéfiants, un procès-verbal électronique est alors dressé. Le cas échéant, les mis en cause sont conduits à terre afin d’être entendus dans notre unité, située au cœur de la base navale. »
Menées en collaboration étroite avec Réseau Mistral, service de transport en commun géré par la métropole Toulon Provence Méditerranée, ces interventions ont aussi pour but de rassurer la population. L’abordage en course étant une manœuvre délicate, les militaires du PSMPM réalisent des exercices d’entraînement réguliers afin que chaque intervention se déroule dans des conditions de sécurité optimales.
Premier port militaire d’Europe, la base navale de Toulon abrite 70 % de la flotte française, dont le porte-avion Charles de Gaulle et six sous-marins nucléaires d’attaque.
Port de projection d’importance majeure pour les intérêts de la France, le lieu est placé sous très haute surveillance 24 heures sur 24.
« Gendarme par vocation, marin par passion »
Créé en 2013, le peloton de sûreté maritime et portuaire militaire de Toulon est aujourd’hui doté de 22 personnels, couvrant un large spectre de technicités. « Nous comptons notamment trois plongeurs ayant pour mission d’inspecter les coques des navires, deux maîtres de chien, trois moniteurs en intervention professionnelle, deux moniteurs secouristes, des mécaniciens, des électriciens et plusieurs pilotes d’embarcation confirmés, précise le major Jean-François. Notre mission première concerne la sécurité de la base navale. Nous en avons la charge exclusive sur la partie mer, et participons au renforcement du dispositif de sécurité sur la partie terre, notamment au niveau des portes d’accès. Nous sommes aussi chargés de la sécurisation des unités précieuses (porte-avion Charles de Gaulle et sous-marins nucléaires), que nous escortons jusqu’aux portes de la rade à chacun de leurs déplacements. Une protection spécifique au profit de ces unités peu manœuvrantes est ainsi mise en œuvre. Nous réalisons également de nombreuses missions de sûreté et de contrôle de flux à bord des navires transportant des passagers, à l’instar de l’opération du jour. »
Les militaires du PSMPM de Toulon répondent en priorité aux diverses sollicitations de la Marine nationale, qui parfois les conduisent hors les murs de la base navale.
« Bien qu’intrinsèquement liés à la Marine, nous conservons notre part gendarmique, qui apporte une réelle plus-value, poursuit le major. Nous exerçons ainsi d’autres missions propres à la gendarmerie, telles que des activités de renseignement. »
« Gendarme par vocation, marin par passion » ! Telle est la devise de ces gendarmes spécialisés, à la fois rattachés à la Compagnie de gendarmerie maritime de Toulon et placés pour emploi auprès de la Marine nationale.
Le PSMPM prend également part aux missions de la Gendarmerie maritime, notamment en ce qui concerne la protection de l’environnement. « Nous procédons actuellement à une opération d’assainissement de la petite rade de Toulon, avec l’appui de deux enquêteurs du PSMPM, indique le major Jean-François. Nous retirons ainsi les épaves se trouvant aussi bien sur l’eau que sous l’eau, ainsi que les corps-morts, qui encombrent l’espace maritime. C’est un travail de longue haleine, générant un lourd process administratif. »
Équipés afin de répondre à une menace de forte intensité, les militaires du PSMPM sont dotés de trois embarcations : deux semi-rigides utilisés à l’appui des manœuvres courantes, ainsi qu’une Vedette de sûreté maritime et portuaire (VSMP) de 9 m 10, engagée sur des missions plus longues et lointaines, ou en cas de conditions météorologiques difficiles.
Un troisième chien rejoindra prochainement l’unité. Tandis que les deux premiers sont spécialisés en détection d’explosifs, celui-ci sera dédié à la recherche de stupéfiants, armes, munitions et billets de banque (SAMBI). « Le chien renforce considérablement notre action, souligne l’adjudant Stéphane, cynotechnicien au sein du PSMPM de Toulon. Son flair aiguisé le rend particulièrement efficient dans la recherche de certaines substances. Il permet une détection plus rapide et performante que celle obtenue par le seul contrôle visuel. » Aujourd’hui incontournable en gendarmerie, le chien démontre une nouvelle fois sa pleine efficacité au service de l’opérationnel.
Unités spécialisées, les Pelotons de sécurité maritime et portuaire (PSMP) ont été créés après les attentats du 11 septembre 2001 pour lutter contre la menace terroriste. Points d’intérêt maritime et terrestre majeur, le transport maritime et les ports constituent une cible à protéger. Les PSMP ont pour rôle d’assurer la surveillance et la sécurisation des espaces portuaires. Ils offrent une capacité d’action (24 heures sur 24) et d’investigation au profit des préfets (maritime et terrestre), des magistrats (lutte contre les trafics illicites par voie maritime) et des autorités militaires (défense maritime, recherche du renseignement). Ils sont armés par des personnels dotés de compétences spécifiques (plongeurs spécialisés en recherche de produits explosifs, équipes cynophiles, etc.), et possèdent des moyens nautiques adaptés aux différentes missions.
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