EDCF : nouvel élan pour ces unités spécialisées dans le contrôle des flux

  • Par la capitaine Pénélope Grondel
  • Publié le 16 janvier 2026
© SIRPA-G / GND R. CULPIN

Depuis le 1er octobre 2025, les Escadrons départementaux de sécurité routière (EDSR) sont devenus des Escadrons départementaux de contrôle des flux (EDCF). Au-delà d’un changement de nom c’est une « transformation des états d’esprit » qu’il a fallu mettre en œuvre au sein de ces unités spécialisées. Illustration de cette restructuration avec l’EDCF des Côtes-d’Armor.

Depuis le 2 janvier 2026, les brigades nautiques sont officiellement rattachées aux Escadrons départementaux de contrôle des flux (EDCF), marquant la fin de la restructuration organique des anciens Escadrons départementaux de sécurité routière (EDSR) en EDCF. Trois mois après le lancement de la réforme, le 1er octobre 2025, le capitaine Jean-Sébastien Conradt, commandant de l’EDCF des Côtes-d’Armor (22) nous a ouvert les portes de son unité pour en expliquer le nouveau fonctionnement. L’occasion de recueillir les premières impressions sur ce chamboulement touchant le monde des spécialistes du contrôle des flux.

L’EDCF 22, une unité dédiée au contrôle des flux

La physionomie du département des Côtes-d’Armor, majoritairement rural, se prête tout à fait à l’esprit de la réforme des EDCF. En effet, avec plus de 20 000 kilomètres de route, il s’agit du plus important réseau routier départemental de France. Il dispose également d’un trait côtier long de quelque 350 kilomètres, permettant de multiples accès pour des échanges entre terre et mer. Dans ce cadre, l’intégration de la brigade nautique de Lézardrieux à l’EDCF prend tout son sens afin d’assurer la continuité du contrôle des flux maritimes et terrestres. 

© SIRPA-G / GND R. CULPIN

« Transporter sur ces zones portuaires les unités spécialisées que sont les Pelotons motorisés (P.Mo.) et les Brigades motorisées (B.Mo.), permet de les tourner vers la mer », explique le colonel Emmanuel Chanon, commandant le Groupement de gendarmerie départementale (GGD) des Côtes-d’Armor, avant d’ajouter que « cela rentre assez bien dans les mœurs, puisque les résultats sont concluants en matière de recherche de stupéfiants, d’étrangers en situation irrégulière mais également de petites armes blanches. »
Dans le département, il existe plusieurs aéroclubs et aérodromes, mais également beaucoup de flux ferroviaires à prendre en compte. Auparavant, les militaires de l’EDSR contrôlaient les flux en gare et aux abords. Désormais, les contrôles se poursuivent à bord des trains, en autonomie ou en coordination avec la police ferroviaire. L’effort est également porté sur le contrôle de flux de marchandises via les plateformes de fret ou encore les zones de livraison de colis.
Respectant l’esprit de la réforme, l’EDCF 22 s’est emparé de ce changement d’état d’esprit et de cet élargissement de ses missions, portant effort sur l’ensemble des flux existant sur le territoire, sans pour autant laisser de côté le domaine phare de l’ancien EDSR : la sécurité routière.

Architecture et missions des EDCF

Les Escadrons départementaux de contrôle des flux (EDCF), issus de la transformation des escadrons départementaux de sécurité routière au 1er septembre 2025, sont répartis sur l’ensemble du territoire national, en métropole comme en outre-mer. Ils regroupent désormais l’ensemble des unités spécialisées concourant au contrôle et à la sécurité des flux de personnes et de biens, qu’ils soient routiers, fluviaux ou nautiques : les Brigades motorisées (B.Mo.), les Pelotons motorisés (P.Mo.) et les brigades fluviales et nautiques. Selon les départements, ils peuvent également comprendre des équipes rapides d’intervention (ERI), spécialisées dans la lutte contre les comportements routiers les plus dangereux, et des Groupes locaux de contrôle des flux (GLCF).

 

Armées par des gendarmes motocyclistes, les brigades motorisées assurent leurs missions sur le réseau routier relevant de la compétence de la gendarmerie. Elles interviennent prioritairement sur les axes structurants ainsi que sur le réseau secondaire. Leurs missions comprennent la surveillance du trafic aux fins de lutter contre la criminalité, mais également la lutte contre la délinquance routière, la police de la circulation et des transports, les escortes et le pilotage de convois, ainsi que les actions de prévention et d’information des usagers.

 

Dédiés aux mêmes missions sur des secteurs plus ciblés, à l’instar des autoroutes, les pelotons motorisés disposent de moyens adaptés à leurs modes d’action : motocyclettes, véhicules rapides d’intervention au sein des ERI, véhicules banalisés permettant l’observation des comportements dangereux, dispositifs de contrôle automatisé de la vitesse, cinémomètres embarqués ou à visée dans l’axe, ainsi que des éthylotests électroniques et éthylomètres embarqués pour la lutte contre l’alcool au volant.

 

Les Groupes locaux de contrôle des flux (GLCF) sont des unités qui peuvent être créées au sein des EDCF et généralement rattachées aux P.Mo, afin de renforcer la lutte contre la criminalité et le contrôle ciblé des flux sur des secteurs, des périodes ou des phénomènes particuliers.

 

Les brigades fluviales et nautiques, intégrées aux EDCF depuis le 1er janvier 2026, sont composées de gendarmes spécialement formés à la navigation et de techniciens en investigation subaquatique (TIS). Elles exercent leurs compétences sur les voies navigables, les eaux intérieures et sur le littoral côtier, sur terre (en particulier dans les ports) comme en mer. Elles assurent des missions de lutte contre les trafics (notamment le narcotrafic), de police et de sécurité de la navigation, de contrôle du transport fluvial et des activités nautiques de loisirs, de secours et d’assistance aux personnes, de police judiciaire, notamment à travers l’action de leurs TIS, et de protection de l’environnement, notamment par le contrôle de la pêche et la lutte contre les atteintes aux milieux aquatiques. 

Création d’un GLCF au sein du P.Mo. de Saint-Brieuc

Sous l’impulsion du directeur général, les groupements qui le souhaitaient ont pu créer un Groupe local de contrôle des flux (GLCF), rattaché directement à l’une des unités élémentaires de l’EDCF. Dans les Côtes-d’Armor, il dépend ainsi officiellement du P.Mo. de Saint-Brieuc depuis le 2 janvier 2026.

CABCOM RGA

Officieusement, il existait déjà depuis plusieurs mois. Ce groupe, armé de quatre militaires, motocyclistes ou non, est spécialisé dans les infractions complexes relevant du contrôle des flux. Par exemple, il dispose d’un enquêteur DEFI 1 (délinquance financière) et d’un spécialiste en fraude documentaire. Le GLCF couvre ainsi un spectre très large, allant des véhicules maquillés aux véhicules frauduleux, voire aux trafics de cigarettes ou de produits contrefaits. Les enquêteurs travaillent avec le concours des services des Finances publiques, de la Direction régionale de l'environnement, de l'aménagement et du logement (Dreal) ou encore du Service de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes. « C’est une vraie force de frappe face aux infractions qui peuvent être rencontrées dans le cadre du contrôle des flux », affirme le colonel Emmanuel Chanon.

Une réforme lancée en central et accompagnée en local

L’annonce de cette réforme a parfois suscité des interrogations, voire quelques inquiétudes, chez les militaires de ces unités, opérant dans des technicités bien spécifiques. Pour accompagner cette réforme, un travail de pédagogie a été mené localement afin de faire valoir que les compétences particulières que recèle la gendarmerie, à l’instar des enquêteurs subaquatiques ou encore des motocyclistes, qui loin d’être menacées, seront au contraire valorisées dans un cadre d’action plus large. 

Car l’idée de cette réforme est bien d’affirmer le continuum de l’action de la gendarmerie, en améliorant le lien entre deux dimensions territoriales que sont la mer et la terre, et entre les champs missionnels remplis par les unités qui y sont dédiées.

« Il a fallu faire de la pédagogie, confirme le capitaine Jean-Sébastien Conradt, s’agissant du rattachement des brigades nautiques aux EDCF. Il a fallu expliquer aux militaires que ce rattachement à un échelon plus proche leur permettrait de disposer de davantage de moyens au quotidien. Par exemple, s’ils veulent mener une opération de lutte contre les stupéfiants, ils peuvent s’appuyer sur les autres unités de l’EDCF, dont ils peuvent embarquer les personnels à bord de leurs bateaux, alors qu’à six, il serait compliqué de monter une opération d’ampleur. La réforme n’amoindrit pas leur spécialité : elle les intègre dans un cadre global, leur donnant plus de moyens pour réaliser leurs missions originelles, tout en étendant leur spectre. »

« On se doutait qu’il y aurait du changement dans les années à venir, note l’adjudant-chef Côme Allix, commandant de la brigade nautique de Lézardrieux. Le choix a été fait de nous rattacher aux EDCF ; cela se comprend au regard de la partie “émergée” de notre travail. Cela s’inscrit dans la continuité, car nous procédions déjà régulièrement à des contrôles à la sortie de la criée avec l’ancien EDSR. Finalement, tant que l’on nous laisse agir et nous entraîner sur notre cœur de métier, cela peut être une opportunité. »

© SIRPA-G / GND R. CULPIN

Un accompagnement du commandement et une clarification des attentes ont également été nécessaires du côté des motocyclistes afin de dissiper certaines idées fausses. « Il faut bien comprendre que l’enjeu de l’EDCF, contrairement à l’EDSR, ce n’est plus seulement la sécurité routière, mais le contrôle des flux, insiste le capitaine Conradt, qui a mené ce travail de pédagogie dès sa prise de poste, à l’été 2025. Dans cette notion, on retrouve évidemment la sécurité routière. Le militaire qui arrêtait des individus conduisant sous l’emprise de l’alcool ou de stupéfiants continuera de le faire, mais il ne fera pas forcément que cela. Il devra élargir son regard aux autres types d’infractions sur l’ensemble des flux existants, même si le routier conserve une place centrale, car c’est le seul vecteur permettant de lutter à la fois contre l’accidentologie et la délinquance. La transformation des EDSR en EDCF vient ainsi renforcer et élargir les missions de ces unités. »

 


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