Au Collet d’Allevard avec les candidats du stage préparatoire au Certificat élémentaire montagne

  • Par Antoine Faure
  • Publié le 27 janvier 2026
© GEND/SIRPA/MAJOR F. BOURDEAU

Du 12 au 23 janvier 2026, s’est déroulé le premier des trois stages préparatoires au Certificat élémentaire montagne - module hiver - de l’année 2026. Deux autres suivront, en février et mars, suivis de quatre autres pour le module été, deux en juin et deux en septembre. Gend’Info a suivi la première journée d’évaluation.

La colonne chenille le long des pistes de la station du Collet d’Allevard, dans le massif alpin de Belledonne. Les conifères portent encore sur leurs branches la neige tombée le week-end précédent. Une aubaine pour les skieurs, mais ces chutes abondantes ont aussi entraîné plusieurs avalanches, causant la mort de six personnes prises dans les coulées. Sous le soleil qui perce le manteau nuageux, les randonneurs, peaux de phoque sur leurs skis, progressent à un bon rythme. Ce ne sont pas de simples sportifs amoureux des cimes. Ce sont des militaires, affectés dans des unités de la Région de gendarmerie Auvergne-Rhône-Alpes (RGARA), qui débutent, ce lundi 12 janvier 2026, les dix jours du stage préparatoire au Certificat élémentaire montagne (CEM).

Ils sont vingt-quatre ce matin-là : vingt-deux hommes et deux femmes ; quinze issus des Groupements de gendarmerie mobile (GGM) II/5 de Chambéry et I/5 de Sathonay-Camp et neuf des Groupements de gendarmerie départementale (GGD) de l’Ain, de l’Isère et du Puy-de-Dôme. Par ailleurs, quatre suppléants prennent part au stage pour pouvoir remplacer les candidats qui n’auraient pas le niveau minimum requis et qui seront renvoyés dans leur unité le jour même. Tous ont rempli les deux seules conditions pour s’inscrire : être volontaire et apte médicalement. Ils ont également rédigé une lettre de motivation afin d’exprimer leur volonté de servir dans une unité montagne, que ce soit un escadron ou une brigade.

Évaluation physique et technique

Pour ces militaires, la journée avait commencé au pied des pistes par le brief du colonel David Bolze, commandant du Groupement de gendarmerie mobile II/5 de Chambéry et directeur du stage. Situé au cœur des massifs alpins, le GGM II/5 dispose en effet des salles d’instruction et des capacités d’accueil nécessaires à son organisation. « La montagne est un à-côté de notre métier mais c’est un à-côté particulièrement important, rappelle le colonel Bolze. Il est essentiel de cultiver cette culture montagne dans les unités élémentaires de la gendarmerie mobile et de la gendarmerie départementale, notamment dans la perspective des Jeux Olympiques de 2030, mais aussi au-delà. Je vous félicite d’avoir osé vous inscrire. C’est l’un des meilleurs stages de la gendarmerie, avec en plus aujourd’hui des conditions idéales. »

Après deux heures de montée, destinées à faire une première évaluation physique, les participants parviennent au sommet de Super Collet, à 1 650 mètres d’altitude. Après s’être sustentés, ils réalisent un par un une descente à ski, afin de permettre de constituer des groupes en fonction du niveau technique. Ils sont évalués par six instructeurs titulaires du Diplôme de qualification technique montagne (DQTM), issus du GGM II/5, des Pelotons de gendarmerie de haute montagne (PGHM) de Bourg Saint-Maurice et Chamonix, du Peloton de surveillance et d’intervention gendarmerie (PSIG) de Bonneville et de la Brigade territoriale autonome (BTA) de Lus-la-Croix-Haute.

Le stage mené par le major Samuel, directeur adjoint issu de l’EGM 22/5 d’Annecy, épaulé par un guide du PGHM de Chamonix comme directeur technique, l’adjudant Franck, comprend, outre le ski de randonnée et le ski technique, des ateliers de recherche de DVA (Détecteur de victimes d’avalanche), de sondage, de pelletage, des exercices de topographie, des cours théoriques, ainsi qu’une nuit en refuge. « La première journée nous sert à déceler d’éventuelles difficultés, qu’elles soient physiques ou techniques, explique le major Laurent, de l’EGM 23/5 de Pontcharra, qui a encadré l’an dernier son 50e stage CEM. Quelqu’un qui ne maîtriserait pas la descente à ski pourrait ensuite, lors d’une mission, se mettre en danger et ralentir l’inertie du groupe. Autant, lors du stage été, on peut partir d’un niveau zéro en escalade, car l’objectif est surtout d’apprendre les fondamentaux pour agir en sécurité, autant l’hiver, il faut posséder des bases en ski. »

L’objectif fixé par la Région est de former cette année 72 stagiaires, répartis sur trois stages l’hiver et quatre stages l’été, en réponse aux besoins exprimés par les Groupements pour leurs unités montagne. Les militaires nouvellement affectés dans ces unités seront ainsi en mesure d’évoluer en autonomie, d’agir en sécurité, pour soi et pour les autres, de savoir utiliser un matériel adapté, ou encore d’interpréter les bulletins météorologiques. Ils pourront renforcer les PGHM, notamment dans le cadre d’une recherche de personne ou d’un avalanché, voire d’une crise majeure à l’image du crash de la Germanwings survenu en mars 2015. Ils pourront ensuite, pour certains d’entre eux, tenter de passer le Diplôme de qualification technique montagne (DQTM), afin de pouvoir encadrer à leur tour des groupes en montagne et les stages CEM, assurer les formations au sein de leurs unités, voire passer les tests pour être affecté en PGHM. À l’issue du stage CEM, un avis est d’ailleurs transmis au Centre national d’instruction de ski et d’alpinisme de la gendarmerie (CNISAG) sur le potentiel de chaque stagiaire pour l’année suivante et dans les deux ans à venir.

  • © GEND/SIRPA/MAJOR F. BOURDEAU
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« Maintenir une culture montagne »

Le stage préparatoire au CEM est organisé par le GGM II/5 afin de libérer les militaires des PGHM, qui sont à flux tendu, notamment pendant l’hiver et l’été, et sollicités par ailleurs pour d’autres formations dispensées au CNISAG. Le GGM II/5 présente la particularité de ne compter que des escadrons montagne : Pontcharra, Annecy, Chambéry, Grenoble, Bourgoin-Jallieu et Belley. Chaque année, une dizaine de militaires sortent des rangs de ces escadrons pour rejoindre les PGHM, dont ils constituent un véritable vivier. Ces gendarmes mobiles avaient également pour mission d’armer les Dispositifs hivernaux de protection des populations (DHPP) dans les différentes stations de ski des Alpes.

« Mais ces dernières années, le rythme d’emploi de la mobile s’est accéléré, d’abord avec la crise des Gilets jaunes, puis en 2024 avec la succession de crises en outre-mer, en Nouvelle-Calédonie, dans les Antilles et à Mayotte, avec jusqu’à trois départs outre-mer sur 15 mois, note le colonel Bolze. Il a donc fallu éluder un certain nombre de missions qui se déroulaient en métropole, comme celles de protection des ambassades, du fonctionnement du Palais de Justice, de transfèrement, de protection des Centres de rétention administrative (CRA), ainsi que les missions saisonnières, qu’elles soient estivales ou hivernales. Dans le même temps, l’appel à des Compagnies de marche (CdM) de gendarmes départementaux pendant les Jeux olympiques et paralympiques a suscité un certain engouement, et cette organisation a été renouvelée en 2025 pour les DHPP et les DEPP. Or, je pense qu’il est important de maintenir une culture montagne. Avec la RGARA, qui est au cœur de cette problématique, le chef du Pôle national de la gendarmerie de montagne (PNGM) au sein de la Direction générale de la Gendarmerie nationale (DGGN), le colonel Bertrand Host, ainsi que le colonel Alexis Peltier, qui commande le CNISAG, et en lien avec la commission G.M., nous avons mené l’été dernier cette réflexion afin qu’on n’abandonne pas cette culture montagne, et la formation qu’elle nécessite, parce que c’est dans l’intérêt de la gendarmerie. »

À l’issue de cette réflexion, et après l’arbitrage du Directeur général de la Gendarmerie nationale (DGGN) et du Major général de la Gendarmerie nationale (MGGN), il a finalement été décidé de conserver un EGM pour le DHPP de 2026, le 23/5 de Pontcharra, avec 24 militaires détachés : deux à Saint-Gervais-les-Bains, deux à Megève, quatre à Tignes, quatre à Val-Thorens, quatre aux Arcs, quatre à Chamonix et quatre à La Plagne. « Le gendarme mobile apporte sa connaissance du terrain, ses compétences en intervention, et cela constitue pour lui une bonne approche du métier de la G.D., estime le colonel Bolze. Idéalement, je pense qu’il faudrait, au niveau du groupement que je commande, deux EGM dédiés pour la saison hivernale et un pour la saison estivale, à la fois pour assurer la formation du CEM, le renfort des PGHM et celui des DEPP là où il y a des besoins. Au niveau national, la vision du chef du PNGM sera de viser une cible intégrant les douze escadrons montagne de métropole. Il faut travailler à moyen terme dans la perspective des Jeux olympiques d’hiver de 2030, car il faut des années pour former un gendarme de montagne. Je comprends toutefois bien sûr les autres contraintes, budgétaires et de priorisation sur l’ordre public conjoncturel en métropole ou outre-mer. »

Le soleil accélère sa propre descente sur le massif de Belledonne. La première journée du stage touche à sa fin. Les participants regagnent la station à ski, sans évaluation cette fois. Ils connaîtront les résultats le vendredi 23 janvier 2026, avant de regagner leur unité respective. Ceux qui avaient déjà validé le volet estival de la formation seront titulaires du CEM, d’autres reviendront en juin ou en septembre pour suivre l’un des quatre stages été.
 


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