Le major Laurent, une carrière dédiée à la transmission de la technicité montagne
- Par Antoine Faure
- Publié le 28 janvier 2026
Le major Laurent, chef du peloton hors rang de l’Escadron de gendarmerie mobile (EGM) 23/5 de Pontcharra, a encadré l’an dernier son 50e stage en montagne. Un chiffre qui en dit long sur son engagement au service de la transmission de cette technicité qui est aussi une passion.
Lundi 12 janvier 2026, au Collet d’Allevard, station de ski du massif de Belledonne, entre Grenoble et Chambéry. Ils sont 28 militaires issus des Groupements de gendarmerie mobile (GGM) II/5 de Chambéry et I/5 de Sathonay-Camp et des Groupements de gendarmerie départementale (GGD) de l’Ain, de l’Isère et du Puy-de-Dôme à débuter ce matin-là le stage préparatoire au Certificat élémentaire montagne (CEM) module hiver. Venu accompagner l’équipe chargée d’évaluer les participants, le major Laurent, chef du peloton hors rang de l’Escadron de gendarmerie mobile (EGM) 23/5 de Pontcharra, est un habitué des lieux. Il a lui-même encadré quelques mois plus tôt son 50e stage CEM. « J’ai contribué à former certains gendarmes qui sont instructeurs aujourd’hui », sourit-il.
« Le virus de la montagne »
Laurent n’avait pas forcément vocation à devenir un gendarme montagnard. Certes, il est originaire du Morvan, un massif donc, mais le plus petit de France, avec une altitude moyenne de 600 mètres et un point culminant à 901 mètres. Pas de quoi chausser les skis, même s’il y avait suffisamment de granit pour s’initier à l’escalade. En outre, il n’y avait aucun militaire dans sa famille. « Mais un ami de mon père était gendarme, je crois que c’est de là que vient ma vocation. Depuis l’âge de cinq ans, je veux entrer en gendarmerie. »
Après son baccalauréat, Laurent fait deux ans de droit, « de travers », précise-t-il, avant de décider de devancer l’appel. À Montargis, puis à Sartène, en Corse, il découvre le métier de gendarme, et plus particulièrement la mobile. « Les gendarmes mobiles me parlaient de leurs missions outre-mer, ça me faisait rêver. L’intervention me plaisait bien aussi. Après la Corse, je suis donc entré au Peloton de surveillance et d’intervention gendarmerie (PSIG) de Dijon et j’ai passé mon concours sous-officier. »
À l’École de gendarmerie de Montluçon, il se retrouve en chambre avec un camarade de promo, champion de France d’escalade, qui était gendarme adjoint en Peloton de gendarmerie de haute montagne (PGHM). Laurent pratiquant aussi ce sport, les deux jeunes gens se lient d’amitié. « Il a été affecté au PGHM de Bourg-Saint-Maurice en sortie d’école, mais je n’ai pas eu, de mon côté, mon affectation en escadron montagne. » Il rejoint alors le peloton d’intervention de l’EGM 17/5 de Moulins (32/5 à l’époque), dans l’Allier, « mais je passais une grande partie de mes indisponibilités au PGHM de Bourg-Saint-Maurice, ce qui m’a transmis le virus de la montagne ».
Laurent passe le Diplôme d’armes (D.A.) en 2006, est inscrit à l’avancement en 2008, et en juin de cette même année, réussit les tests été du CEM, puis le volet hiver en janvier 2009. Affecté à l’EGM 23/5 de Pontcharra, il obtient le Diplôme de qualification technique montagne (DQTM) en février 2011. « Quinze jours après, j’encadrais mon premier stage hiver. »
Pendant dix ans, Laurent alterne ainsi les missions outre-mer, les renforts en PGHM et l’encadrement de stages. Il est également engagé en Afghanistan pendant sept mois en 2012, jusqu’au départ des gendarmes. « Nous avons fermé le poste de Mahmoud-é-Râqi en Kâpissâ avec deux camarades, et nous sommes rentrés trois semaines après l’escadron », relate-t-il.
« La flamme est toujours là »
Par choix, il n’a jamais passé les tests pour intégrer un PGHM. « Je n’ai aucun regret parce que je voulais enseigner, transmettre ma passion. Je n’ai jamais oublié le niveau que j’avais quand j’ai commencé. Alors si quelqu’un n’a pas un très bon niveau au départ, mais a l’envie, je vais prendre du plaisir à l’accompagner pour qu’il atteigne ses objectifs. Et puis ça oblige à se maintenir soi-même à niveau, pour la condition physique comme pour la connaissance du matériel et de l’évolution des techniques. Parce qu’on est avec eux en montagne. Quand c’est dur, c’est dur pour nous aussi. Quand il fait froid, on a froid aussi. »
Passionné par son métier, il aime par-dessus tout l’esprit qui anime les gendarmes montagnards. « On noue des amitiés fortes dans ce milieu. Il y a ce lien de confiance, cet esprit de cordée, parce que celui qui t’assure a ta vie au bout de sa corde. C’est très particulier. L’escalade n’est pas un sport individuel, c’est le meilleur des sports collectifs ! Le plus important, c’est la sécurité, la sienne et celle des autres. Et il ne faut jamais hésiter à renoncer. Parce que, comme la mer pour les marins, la montagne a toujours raison. »
Laurent aura 50 ans en juin prochain. Il se projette déjà sur les Jeux Olympiques de 2030, événement majeur. « Il va falloir monter en puissance, estime-t-il. En ce qui me concerne, la flamme est toujours là. »
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