48 heures de sélection pour intégrer la Section de protection et d’appui drones (SPAD)
- Par le chef d'escadron Romain Bastet
- Publié le 29 mai 2026
Seule unité des forces de sécurité intérieure entièrement dédiée à la lutte anti-drones, la Section de protection et d’appui drones (SPAD) de la Garde républicaine a organisé ses tests de sélection désormais ouverts à l’ensemble des militaires de la gendarmerie. Pendant 48 heures, les candidats ont été éprouvés physiquement et mentalement.
Pendant trois jours, à la caserne Kellermann et sur des terrains militaires de la région parisienne, des militaires de la gendarmerie ont été soumis à une série d’épreuves exigeantes dans le cadre des sélections de la Section de protection et d’appui drones (SPAD) du 2ᵉ Régiment d’infanterie de la Garde républicaine. Une immersion de 48 heures destinée à évaluer les capacités physiques, techniques et mentales des candidats appelés à rejoindre l’unique unité des forces de sécurité intérieure entièrement dédiée à la lutte anti-drones.
Créée en août 2019, la SPAD assure la protection des autorités, des événements d’ampleur et des sites sensibles face à la menace croissante des drones malveillants. Jusqu’alors réservées aux militaires déjà affectés à la Garde républicaine, les sélections sont désormais ouvertes à l’ensemble des militaires de la gendarmerie, du grade de gendarme à celui d’adjudant-chef. Une évolution qui traduit la volonté de l’unité de diversifier ses profils et d’attirer des compétences complémentaires.
Une sélection conçue pour éprouver les candidats dans la durée
« Le processus de sélection a été intensifié, incluant désormais deux nuits consécutives pour tester les candidats dans la durée et sous stress », explique le lieutenant Jérémy, chef de la SPAD. Les premières épreuves donnent le ton : tests physiques et descente en rappel depuis le 17ᵉ étage d’une tour. Une séquence particulièrement révélatrice pour cette unité dont les missions s’effectuent principalement sur des points hauts. Au fil des heures, la fatigue s’installe. L’après-midi est consacré à la piste d’audace, avant qu’un exercice de gestion de crise ne vienne éprouver les capacités d’analyse et de réaction des candidats en soirée.
Le lendemain, le rythme ne faiblit pas. Sur un terrain militaire de la région parisienne, les candidats enchaînent plusieurs ateliers tactiques destinés à tester leur capacité à agir avec discernement sous pression. Dans un premier scénario qui se déroule fictivement dans une préfecture, un individu vient de faire usage d’une arme à feu contre une autorité. Dans le même temps, un drone adverse simule le largage d’une charge explosive sur une équipe positionnée sur un toit. Cet atelier a pour objectif de familiariser les candidats aux menaces auxquelles les équipiers de la SPAD pourraient être confrontés en mission. Les candidats doivent progresser rapidement, analyser la situation, sécuriser leur environnement et adapter leur riposte dans un contexte volontairement dégradé. Cris, ordres brefs et succession d’objectifs imposent une concentration permanente. « Les équipiers de la SPAD ont vocation à être intégrés aux côtés des pelotons d’intervention voire d’unités spécialisées, et parfois dans des missions sensibles. Leur niveau en intervention professionnelle doit donc être à la hauteur de ces engagements », souligne le lieutenant Jérémy. Derrière la technicité de l’exercice, les évaluateurs recherchent aussi des militaires capables de conserver leur lucidité malgré le stress et la fatigue accumulée depuis plus de vingt-quatre heures. Le débriefing se veut avant tout pédagogique, afin de sensibiliser les candidats aux réactions attendues, aux mesures de protection immédiates et à l’adaptation du dispositif face à ce type de menace.
Aussitôt la mise en situation terminée, les candidats se confrontent à un parcours évasion. Les yeux bandés, ils progressent dans un environnement confiné en suivant une ligne de vie. Très rapidement, le vacarme envahit l’espace : musique stridente, coups portés sur les parois métalliques, bruit d’obstacles déplacés volontairement autour d’eux. Privés de la vue, les participants doivent avancer à tâtons, franchir des passages étroits, ramper et conserver leur orientation malgré la saturation sensorielle imposée par les encadrants. Volontairement, des temps plus calmes rythment le parcours. Dans ces phases de répit apparent, les candidats sont immédiatement testés sur leurs connaissances de l’armement, ainsi que sur leurs capacités de mémorisation.
À la recherche de qualités opérationnelles et humaines
Au-delà des performances physiques, la SPAD recherche avant tout des équipiers capables d’évoluer dans des contextes sensibles et sous forte pression opérationnelle. Les évaluateurs observent ainsi l’autonomie, l’esprit d’équipe, la cohésion, la rusticité ou encore la capacité des candidats à gérer le manque de sommeil. Dans cet objectif, des entretiens individuels viennent compléter la sélection afin d’évaluer les motivations des candidats et d’identifier les profils les plus adaptés aux exigences et à l’état d’esprit recherchés au sein de la SPAD.
« Une opportunité »
Pour les militaires souhaitant rejoindre la SPAD, la préparation demeure essentielle. Condition physique solide, résistance mentale et connaissance précise des missions de l’unité constituent des prérequis indispensables. Le lieutenant Jérémy insiste également sur l’importance de la démarche personnelle. « Il est impératif de se renseigner précisément sur la réalité de l’unité. La lutte anti-drone est prépondérante dans nos missions. »
Au-delà de l’exigence des tests, intégrer la SPAD représente une véritable opportunité au sein de la Gendarmerie nationale : « Servir dans un domaine technologique en pleine expansion, renforcer ses compétences grâce à des formations, évoluer dans un environnement institutionnel de haut niveau tout en participant à des missions sensibles », conclut le lieutenant Jérémy.
Une vocation affirmée pour la gendarme Louisa
Parmi les candidats engagés dans ces sélections figure la gendarme Louisa, affectée à la 1ʳᵉ compagnie du 2ᵉ régiment d’infanterie de la Garde républicaine. Pour elle, intégrer la SPAD représente un objectif mûrement réfléchi. « Je suis entrée à la Garde républicaine pour la SPAD », confie-t-elle. Après presque deux années d’attente et de préparation, la jeune militaire participe cette année pour la première fois aux tests de sélection. Attirée par les enjeux liés à la lutte anti-drones, elle voit dans cette spécialité un domaine d’avenir. « Pour moi, c’est vraiment l’avenir. La menace drone devient de plus en plus présente, dans le milieu militaire comme dans le milieu civil. »
Titulaire d’une licence de droit avant son entrée en gendarmerie, la candidate explique avoir construit progressivement son projet professionnel autour de cette unité. Au-delà du défi personnel que représentent ces sélections particulièrement exigeantes, elle souhaite développer des compétences techniques dans un domaine en constante évolution. « Le milieu du drone est complexe et demande beaucoup de rigueur et de curiosité. La SPAD pourrait m’apporter énormément de connaissances et me permettre de me spécialiser professionnellement. »
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