Les gendarmes sécurisent deux festivals de musique sur le domaine des Portes du Soleil
- Par Antoine Faure
- Publié le 09 avril 2025
Du 15 au 22 mars 2025, les festivals Rock the pistes et Snowboxx ont réuni plusieurs milliers de personnes, en journée et en soirée, sur le domaine skiable des Portes du Soleil. Une affluence susceptible de générer des troubles à l’ordre public et une augmentation du trafic de stupéfiants. Les militaires de la Compagnie de gendarmerie départementale de Thonon-les-Bains, notamment de la Brigade territoriale autonome (BTA) de Montriond et du Poste provisoire (P.P.) d’Avoriaz, étaient fortement engagés pour veiller à ce que ces deux événements se déroulent dans les meilleures conditions.
Entre les eaux du lac Léman et les sommets des Alpes, à la frontière avec la Suisse, le territoire de la Compagnie de gendarmerie départementale de Thonon-les-Bains comprend notamment l’immense domaine skiable transfrontalier des Portes du Soleil. L’activité des gendarmes est donc fortement impactée par le surcroît de population pendant l’hiver, raison pour laquelle deux postes provisoires sont ouverts, dans les stations d’Avoriaz et Châtel, dans le cadre du Dispositif hivernal de protection des populations (DHPP). À peine la période des vacances scolaires terminée, le dimanche 9 mars, commençait celle des festivals, avec l’événement franco-suisse Rock the pistes, qui se déroulait du 16 au 22 mars dans différents lieux des Portes du Soleil, et Snowboxx, festival de musique électronique qui a rassemblé près de 5 000 personnes, essentiellement des Anglo-saxons, du 15 au 22 mars à Avoriaz.
« Ce sont deux événements différents, avec des publics différents, l’un en journée plutôt bon enfant, l’autre en soirée avec une forte problématique stups, décrit le lieutenant-colonel Michaël Griot, qui commande la Compagnie de gendarmerie départementale (CGD) de Thonon-les-Bains. Cela prolonge le fort engagement de la gendarmerie après les vacances scolaires. Ils ont été programmés exceptionnellement la même semaine, ce qui constitue une contrainte d’organisation supplémentaire. Ces événements sont préparés en amont, d’abord lors d’une réunion en sous-préfecture avec l’organisateur, puis lors d’une réunion sécurité pilotée par les sapeurs-pompiers, juste avant le début. Les deux enjeux principaux pour la gendarmerie sont les éventuels troubles à l’ordre public et la lutte contre les stupéfiants. »
Pour la sécurisation de ces deux festivals, comme c’est le cas pour la plupart des grands événements sportifs ou festifs, la gendarmerie passe une convention avec les organisateurs, par laquelle elle s’engage à dédier un certain nombre de militaires à l’événement, en l’occurrence deux sur Rock the pistes et quatre sur Snowboxx, les autres étant susceptibles d’être engagés ailleurs en cas de besoin.
Rock the pistes sous surveillance
Ce jeudi 20 mars 2025, le printemps est inscrit à l’agenda, mais c’est une chaleur quasi estivale qui règne aux Lindarets, à 1 500 mètres d’altitude, incitant les skieurs attablés aux terrasses des restaurants à prolonger la pause méridienne. Les spectateurs se dirigent par petits groupes vers l’entrée de la scène de Rock the pistes, où les membres du groupe suédois Royal Republic, arrivés la veille en provenance du Mexique, s’apprêtent à tout donner pour que la promesse faite par le nom du festival soit bien tenue. La veille, le rappeur MC Solaar avait attiré les foules.
« Pour gérer cette affluence particulière, assurer la sécurité des festivaliers mais aussi celle des skieurs sur les pistes, nous bénéficions de renforts, explique le major Laurent Michaud, qui commande la Brigade territoriale autonome (BTA) de Montriond. Nous avons un poste provisoire ouvert dans la station d’Avoriaz, dans le cadre du Dispositif hivernal de protection des populations (DHPP), armé par gendarmes départementaux d’active et de réserve. Sur Rock the pistes, le service sous convention est composé de deux gendarmes placés à l’entrée pour assister l’organisateur. Nous avons en outre un binôme en civil à l’intérieur, et des patrouilles aux abords, afin de prévenir d’éventuels actes de délinquance ou incivilités, avec l’appui d’une équipe cynophile. »
Les deux gendarmes dédiés à la sécurisation de l’événement sont déjà en poste aux côtés de la sécurité de l’organisation. Le brigadier-chef de réserve Diego, affecté à la Compagnie de réserve territoriale (CRT) 03/1 de Moulins, dans l’Allier, est détaché à la BTA de Montriond pour la saison hivernale. Le jeune homme a arrêté ses études de droit pour préparer le concours de sous-officier de gendarmerie en septembre prochain et ainsi perpétuer une tradition familiale. « Mon arrière-grand-père et mon grand-père étaient gendarmes, mon père l’est aussi (il commande la CGD de Moulins, NDLR), précise Diego. J’ai hâte de pouvoir m’impliquer pleinement dans cette institution. En attendant, je fais de la réserve pour découvrir le métier. » Le gendarme de réserve Damien, affecté à la CRT 74/5 d’Annecy, est venu en renfort sur deux jours pour le festival. Pour ce dirigeant d’une entreprise d’alarme et de vidéosurveillance, « la réserve est une passion, et je sais que les gendarmes d’active ont besoin de l’aide des réservistes pour certaines missions ».
Autour du site, l’adjudante de réserve Patricia, affectée à la CRT 01/6 de Bourg-en-Bresse, est une ancienne militaire d’active de la CGD de Gex, dans l’Ain, qui a quitté la gendarmerie pour élever ses enfants, avant d’y revenir par le biais de la réserve opérationnelle. Elle a été affectée pendant un mois en renfort à la BTA de Montriond. Elle patrouille aujourd’hui avec l’adjudant Victorien, affecté à cette même unité et membre du Groupe montagne gendarmerie (GMG) de Haute-Savoie. « Les GMG ont été constitués pour renforcer les Pelotons de gendarmerie de haute montagne (PGHM), notamment lors des disparitions de personnes, été comme hiver, explique-t-il. Il y en a un dans chaque département où il y a un PGHM. Nous sommes une cinquantaine de militaires, répartis sur toutes les unités du Groupement de gendarmerie départementale (GGD) de Haute-Savoie. Nous patrouillons également à ski pour pouvoir intervenir en cas d’accident grave, de collision, pour constater l’accident et aider à sécuriser l’emplacement avec les pisteurs secouristes. Cela nous impose d’être déjà présents sur le domaine, et bien sûr de le connaître parfaitement. »
Les gendarmes présents sur le dispositif bénéficient également de l’appui d’une équipe du Groupe d’investigations cynophile (GIC) de Bonneville, en l’occurrence la cheffe de groupe, l’adjudante-cheffe Virginie, accompagnée de Nala, une chienne de quatre ans et demi spécialisée SAMBI (stups, armes et munitions, billets).
Snowboxx sous contrôle
À l’heure de l’after-ski, quand le soleil file se cacher derrière les cimes, Rock the pistes cède la place à Snowboxx. La station d’Avoriaz accueille pendant une semaine près de 5 000 visiteurs, venus pour la plupart du Royaume-Uni et d’Irlande pour faire la fête, sans modération pour certains. La consommation et le trafic de stupéfiants, déjà en forte hausse dans les stations de ski en temps normal, atteint des pics lors de ces soirées électro, les produits pouvant arriver par la route et le rail, mais aussi par les pistes.
Les gendarmes sont fortement mobilisés, de 20 heures à 2 heures du matin. La première équipe, engagée de 20 heures à 22 heures, est composée ce soir-là d’une gendarme d’active, l’adjudante Aurélie, et de deux réservistes, le lieutenant Mathieu et de l’adjudant Samuel, tous deux affectés à la CRT 74/6 d’Annecy. « C’est une mission intéressante, estime Aurélie, et ça me permet de travailler mon anglais ! Notre rôle est de prendre en compte les contrevenants à la législation sur les stupéfiants. Comme ils résident pour la plupart hors de l’Union européenne (U.E.), nous ne dressons pas d’Amende forfaitaire délictuelle (AFD), mais nous avons des documents spécifiques, traduits en anglais, pour la procédure. »
Les contrevenants seront condamnés par Ordonnance pénale délictuelle (OPD), le montant s’élevant à 200 euros pour une détention de cannabis et 400 euros pour d’autres produits stupéfiants. « En amont de l’événement, j’avais demandé au procureur de la République une procédure simplifiée pour les étrangers à qui on ne peut pas dresser d'AFD, et ce afin d’éviter des gardes à vue chronophages et consommatrices de personnels dont j’avais besoin pour assurer la sécurité publique », indique le major Michaud.
Composée de quatre militaires, deux sous-officiers et deux réservistes opérationnels, la seconde équipe prend le relais à 22 heures. Elle est renforcée par une équipe du GIC de Bonneville, la maréchale des logis-cheffe Marion et Sierra, chienne SAMBI de trois ans et demi. Cette dernière, particulièrement motivée et enthousiaste, s’est montrée très efficace, méritant amplement les récompenses de sa maîtresse. Les saisies s’enchaînent à intervalles réguliers. Il y aura même un peu d’attente sous la tente pour les contrevenants, pour qui la fête est forcément un peu gâchée. Ils réfléchiront peut-être à deux fois avant de consommer des produits illicites lors de la prochaine Snowboxx.
Au final, sur les deux événements, 29 infractions d’usage de stupéfiants ont été relevées par AFD, et
41 infractions à la législation sur les stupéfiants commises par des consommateurs feront l’objet d’OPD.
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