Entre prévention et reconstruction, un stage dédié aux gendarmes de la filière montagne

  • Par Antoine Faure
  • Publié le 22 novembre 2025
© GEND/SIRPA/BRC A. MARCE

Du 16 au 21 novembre 2025, sept militaires affectés au sein d’unités montagne de la gendarmerie se sont retrouvés à Fontainebleau pour participer à un stage de Reconstruction des blessés par le sport (RBS). Au programme : boxe-thérapie, activité aquatique, équitation adaptée, mais aussi des séances d’ORFA (Optimisation des Ressources des Forces Armées), des groupes de parole et des moments de cohésion. Présentation de ce nouveau dispositif qui sera reconduit à trois occasions en 2026.

Malgré l’arrivée en avance des premières froidures hivernales en forêt de Fontainebleau, les rayons de soleil qui transpercent les baies vitrées de la piscine du Centre national des sports de la Défense (CNSD) confèrent à l’activité aquatique du jour une atmosphère estivale. Ce mardi 18 novembre 2025, les sept militaires qui se démènent dans l’eau chlorée pour franchir le parcours d’obstacles maîtrisent davantage cet élément sous la forme de neige et de glace, et sont plus habitués aux paysages d’altitude qu'aux plaines de Seine-et-Marne. Et pour cause, tous sont affectés dans des unités de gendarmerie de la spécialité montagne et secours en montagne.

Entre prévention et reconstruction

Depuis le dimanche 16 novembre, ils ont pris leurs quartiers dans le tout nouveau village des blessés Adjudant Géo André, inauguré au printemps dernier au cœur du CNSD, afin de prendre part à un stage de Reconstruction des blessés par le sport (RBS). « Il s’agit d’un nouveau type de rendez-vous thématique, décrit le capitaine Pierre, chargé de projet RBS au sein du Bureau de l'action sociale, des blessés et du handicap de la Sous-direction de l’accompagnement du personnel (SDAP), et directeur du stage. Il s’adresse aux gendarmes de la filière montagne parce que ces militaires sont soumis au cours de leur carrière à un certain nombre de situations stressantes qui peuvent être traumatisantes, comme des découvertes de cadavres ou des secours au cours desquels la victime décède. Il arrive même parfois que la victime soit un camarade ou un ami du milieu montagnard, un CRS, un pompier, un guide… L’autre nouveauté de ce stage, c’est que ces gendarmes ne sont pas des blessés au sens propre du terme. Ils sont en poste, en activité, mais ont tous déjà vécu des situations délicates à gérer au plan psychologique. Ce dispositif se situe donc entre la prévention et la reconstruction. »

Auparavant affecté à l’Escadron de gendarmerie mobile (EGM) de Maisons-Alfort, le capitaine Pierre a pris ses fonctions de chargé de projet RBS le 1er août 2025. « Cela donne beaucoup de sens à mon engagement en gendarmerie. C’est un poste où on donne beaucoup pour les autres, pour qu’ils puissent se sentir mieux. C’est un beau dispositif à valoriser. »

Le mot du DRHGN

Mardi 18 novembre 2025, le général de corps d’armée Édouard Hubscher, Directeur des ressources humaines de la gendarmerie nationale (DRHGN), s’est rendu au CNSD afin d’échanger avec les participants et les encadrants. Il a souligné l’intérêt d’inscrire ces stages dans une logique de milieu, « très importante au sein des forces armées ». Il a également indiqué que « face à une violence endémique et permanente » sur le territoire national, il était essentiel d’accompagner les gendarmes blessés, soit physiquement, soit psychologiquement, « afin de préserver nos forces et permettre à nos militaires de reprendre le service lorsque c’est possible ».

Les sept gendarmes volontaires pour participer à ce stage ont suivi pendant une semaine un programme riche, alternant des séances de sport, des temps de parole collectifs, des ateliers d’ORFA (Optimisation des Ressources des Forces Armées), afin de leur permettre de s’exprimer sur leur métier, leurs difficultés. « Ce sont des militaires qui ont pour habitude de beaucoup garder les choses en eux, de continuer à remplir leurs missions coûte que coûte, même s’ils se sentent moins bien, poursuit le capitaine Pierre. Ils tirent sur un élastique et l’objectif de ce stage, c’est de les aider à intervenir avant que cet élastique ne lâche, en leur donnant des clés, des outils, qu’ils pourront utiliser en autonomie, avant une mission ou au retour d’un secours difficile. Cela peut être un travail sur la respiration, de la détente posturale, de la cohérence cardiaque… des choses faciles à mettre en place, même dans l’hélicoptère. Enfin, le dernier objectif sera de leur expliquer tout ce qui est proposé en termes d’accompagnement du personnel au sein de la Gendarmerie nationale, et de leur présenter le réseau de psychologues qui sont là pour eux, qu’ils peuvent aller voir en préventif, avant d’aller mal. »

  • © GEND/SIRPA/BRC A. MARCE
  • © GEND/SIRPA/BRC A. MARCE
  • © GEND/SIRPA/BRC A. MARCE
  • © GEND/SIRPA/BRC A. MARCE
  • © GEND/SIRPA/BRC A. MARCE
  • © GEND/SIRPA/BRC A. MARCE
  • © GEND/SIRPA/BRC A. MARCE
  • © GEND/SIRPA/BRC A. MARCE
  • © GEND/SIRPA/BRC A. MARCE
  • © GEND/SIRPA/BRC A. MARCE
  • © GEND/SIRPA/BRC A. MARCE
  • © GEND/SIRPA/BRC A. MARCE
  • © GEND/SIRPA/BRC A. MARCE
  • © GEND/SIRPA/BRC A. MARCE
  • © GEND/SIRPA/BRC A. MARCE
  • © GEND/SIRPA/BRC A. MARCE
  • © GEND/SIRPA/BRC A. MARCE
  • © GEND/SIRPA/BRC A. MARCE

Un encadrement bien dimensionné

Présente au sein de l’équipe d’encadrement du stage, Pauline est l’une des deux psychologues de la Section psychologie soutien intervention (SPSI) de la Direction générale de la gendarmerie nationale (DGGN). « Notre rôle est de cordonner un réseau de 64 psychologues cliniciens répartis sur tout le territoire et qui sont à la disposition des gendarmes et de leurs familles en consultation gratuite et anonyme. » Durant cette semaine, Pauline peut bien sûr intervenir au soutien d’un stagiaire qui aurait un « coup de moins bien », mais elle a surtout pour mission d’animer les groupes d’expression collective qui suivent les ateliers de boxe. « On a appelé cela la boxe-thérapie, explique le capitaine Pierre. C’est nouveau et c’est le fil rouge du stage, avec trois séances dédiées : la première sur l’acceptation du coup, le fait d’encaisser, de subir, de tomber et de se relever ; la deuxième sur la confiance en soi et dans l’autre ; la dernière sur la gestion des émotions. Elles sont suivies à chaque fois d’un temps de parole, puis d’une séance d’ORFA. » Pauline complète : « L’idée, c’est de faire un parallèle entre la boxe et leur activité professionnelle au quotidien. Les stagiaires peuvent exprimer librement leur ressenti, sans crainte d’être jugés. On termine par l’ORFA pour ne pas garder cette émotion trop vive. »

L’encadrement comprend également un coordinateur du Centre national d’instruction de ski et d’alpinisme de la gendarmerie (CNISAG), situé à Chamonix, et qui a monté le stage avec l’Unité de coordination technique montagne (UCTM), à l’initiative du projet, et la SDAP, ainsi que trois moniteurs de sport spécialisés ASB (Accompagnement Sportif des Blessés) : un spécialiste montagne et deux diplômés en sports de combat, dont l’un est également moniteur ORFA. Enfin, un médecin de l’antenne de Chamonix du Service de santé des armées (SSA), qui connaît donc bien le sujet et qui gère 300 dossiers de gendarmes et 150 dossiers de militaires de l’armée de Terre, a également été convié. « C’est un encadrement bien dimensionné, estime le capitaine Pierre. Nous sommes complémentaires et nous échangeons beaucoup entre nous. Nous bénéficions bien sûr des infrastructures sportives du CNSD – la piscine, le gymnase, le dojo, la salle de boxe –, ainsi que du village des blessés, que nous avons la chance d’avoir rien que pour nous cette semaine. Nous sommes dans notre bulle ! »

Comme l’a indiqué le colonel Gilles Isabelle, Sous-directeur adjoint de l’accompagnement du personnel, venu suivre le stage durant une journée, « la gendarmerie innove pour améliorer le dispositif de RBS afin de mieux répondre aux besoins du terrain ». D’autres stages sont d’ores et déjà prévus l’année prochaine en direction de gendarmes soumis également à des situations potentiellement traumatisantes : enquêteurs, NTECH, militaires en Maison de protection des familles (MPF) ou Techniciens en identification criminelle (TIC).

Major Florent, participant au stage

Fort d’une quinzaine d’années d’expérience au sein d’unités de secours en montagne et des groupes spéléo de Grenoble, en Isère, et Oloron-Sainte-Marie, dans les Pyrénées-Atlantiques, le major Florent a occupé les fonctions de référent national spéléologie pour la gendarmerie. Il est détaché depuis janvier 2022 au ministère des Sports, en qualité de Directeur technique national par intérim auprès de la Fédération française de spéléologie, et réintégrera les effectifs de la gendarmerie à l’été 2026. « J’accompagne la Fédération dans son développement, la sécurisation de l’activité, la prévention des risques et la pérennité d’accès aux sites de pratique », précise-t-il.

© GEND/SIRPA/BRC A. MARCE

Peu de temps avant ce détachement, il était intervenu sur un crash d’hélicoptère, le 12 septembre 2021 à Villard-de-Lans, dans le massif du Vercors. « J’ai traversé cet événement en étant détaché de mon unité, tout en restant très proche d’un camarade qui était avec moi ce jour-là, et avec qui je suis désormais soudé à vie par cette expérience. Quand on est confronté à une situation de mort imminente, il y a un avant et un après. On a coutume de dire que sa seconde vie commence quand on a pris conscience qu’on n’en avait qu’une... J’ai voulu participer à ce stage pour partager ma propre expérience et les petites choses que j’avais mises en place pour surmonter le traumatisme. C’était l’occasion parfaite pour vivre un moment avec des membres de la communauté des secouristes en montagne. On s’enrichit des expériences des uns et des autres, qui font écho à ce qu’on a vécu. Nous sommes tous un peu des blessés qui ne se voient pas. Ça va me permettre de mieux comprendre certaines choses, d’avancer sur mon chemin de vie et trouver du mieux-être. »

Adjudant Thomas, participant au stage

Benjamin des sept stagiaires, âgé de 31 ans, l’adjudant Thomas est affecté au Peloton de gendarmerie de haute montagne (PGHM) de Mont-Dore, dans le Puy-de-Dôme. 

MRC01209.jpg

« Je ressens beaucoup de bienveillance et de soutien de la part de l’équipe pédagogique lors de ce stage. C’est très appréciable et c’est ce que j’étais venu chercher, pour avoir la possibilité de m’exprimer librement sur les difficultés qu’on peut rencontrer au quotidien dans notre métier. On se connaît déjà pour la plupart, mais le fait de prendre part à des activités qu’on ne fait jamais, comme de la natation, de la boxe, de l’équitation adaptée, ça permet de se voir sous une autre facette. On se sent plus à l’aise et ça contribue à libérer la parole lors des séances de psychologie collectives. Je suis quelqu’un de très renfermé, j’ai du mal à parler de moi, mais là j’arrive à dire ce que j’ai sur le cœur. C’est la preuve que ça marche ! »


 


Contacter la gendarmerie

Numéros d'urgence

  • Police - Gendarmerie : 17
  • Pompier : 18
  • Service d'Aide Médicale Urgente (SAMU) : 15
  • Urgence Europe : 112

Sécurité et écoute

  • Enfance en danger : 119
  • Violences conjugales : 39 19
  • Maltraitance personnes âgées ou en situation de handicap : 39 77

Ces contenus peuvent vous intéresser