Violences intra-familiales : la gendarmerie forme ses réseaux
- Par Antoine Faure
- Publié le 26 novembre 2024
Pour développer et renforcer ses réseaux permettant de gagner en efficacité dans la lutte contre les Violences intra-familiales (VIF) et les Violences sexistes et sexuelles (VSS), les Maisons de protection des familles, en lien avec des associations spécialisées, mènent de nombreuses actions de formation, partout sur le territoire, au profit des gendarmes, mais aussi des élus.
La lutte contre les Violences intra-familiales (VIF) et les Violences sexistes et sexuelles (VSS) repose sur deux piliers essentiels et complémentaires : la formation et le réseau. C’est la formation qui permet de constituer un réseau efficace, à même de prendre en compte les victimes, de les accueillir et de les écouter avec l’empathie nécessaire, mais aussi de faire remonter ces fameux signaux faibles indispensables pour tenter de prévenir les violences, voire d’éviter des féminicides.
La Gendarmerie nationale, qui a placé la lutte contre les VIF et les VSS au cœur de ses priorités, s’appuie sur les 101 Maisons de protection des familles (MPF), au sein de chaque Groupement de gendarmerie départementale (GGD), en métropole, et Commandement de la gendarmerie (COMGEND), en outre-mer, et sur un réseau de référents à chaque échelon, pour être au plus près des victimes : région de gendarmerie, groupement et compagnie de gendarmerie départementale, brigade territoriale. C’est ce qu’on appelle la chaîne VIF.
Mais comme le rappelle la colonelle Claire Boucher, nouvelle référente nationale VIF de la gendarmerie, « cette lutte concerne tous les gendarmes, et chacun en est conscient ». Tous les Gendarmes adjoints volontaires (GAV), sous-officiers et officiers, reçoivent donc une formation sur cette problématique en école. Cette instruction initiale est complétée par des heures de formation continue pour tous les gendarmes en contact avec du public, et par une formation « expert », sur la base du volontariat, pour ceux qui voudraient se spécialiser dans ce domaine.
Des formations pour sensibiliser tous les gendarmes en unité
Ce mardi 12 novembre 2024, une quinzaine de gendarmes du GGD des Yvelines ont pris place dans la salle d’instruction de l’Escadron de gendarmerie mobile (EGM) 16/1 de Satory. L’objectif de cette demi-journée est de sensibiliser les gendarmes en unité, sortis d’école ou ayant changé de subdivision d’arme, ainsi que les personnels de Pelotons de surveillance et d’intervention de la gendarmerie (PSIG), souvent confrontés à des cas de VIF, à la thématique des violences sur mineurs et celle de l’impact des VIF sur les mineurs. En 2022, douze enfants ont été victimes d’infanticide dans un cadre conjugal et vingt-deux enfants ont été témoins d’un féminicide. Tout enfant témoin est désormais considéré comme co-victime.
Ces trois sessions d’une demi-journée étaient organisées par le Centre d'information sur les droits des femmes et des familles (CIDFF) des Yvelines, acteur associatif majeur dans le département. « Le CIDFF a répondu à un appel du Centre francilien Hubertine Auclert pour l’égalité hommes/femmes, qui contribue à la lutte contre les inégalités et les discriminations fondées sur le sexe et le genre, précise Stéphanie Prat, juriste au CIDFF, venue présenter cette information aux gendarmes, avec Sally Daho, psychologue clinicienne du Centre. C’est important que les personnes qui sont sur le terrain et qui recueillent la parole des victimes en premier, qu’il s’agisse des gendarmes, des policiers ou des policiers municipaux, connaissent les mécanismes de ces violences particulières, qu’elles soient physiques, psychologiques ou sexuelles, commises par une personne de confiance, en l’occurrence un des deux parents, ainsi que les phénomènes d’emprise. Ce sont des spécificités à prendre en compte au moment de la prise de plainte. »
Des formations pour sensibiliser les élus
Le réseau constitué par les gendarmes, sur le principe du maillage territorial, est donc essentiel, mais il n’est pas suffisant. Pour pouvoir traiter efficacement la question des VIF, les forces de l’ordre ont besoin de capter les signaux faibles, et pour cela de s’appuyer sur d’autres réseaux, comme les personnels de l’Éducation nationale, mais aussi les élus et les services municipaux. C’était l’objet de la conférence proposée par la gendarmerie, la police et l’Union nationale des familles de féminicides, en présence de la colonelle Claire Boucher, jeudi 21 novembre 2024, au Parc des expositions de la Porte de Versailles, à Paris, lors au Congrès des maires et des présidents d’intercommunalité. « C’est important pour la gendarmerie nationale de sensibiliser les élus, et à travers eux les agents des services municipaux, parce que tout le monde est concerné », estime la majore Jessica Dubois, du Bureau de la prévention et des partenariats de sécurité (BPPS), à la Sous-direction de l’emploi des forces (SDEF), qui commandait la MPF des Yvelines jusqu’à l’été 2024, et qui animait cette rencontre avec les maires.
Les élus, surtout dans les communes rurales, ont un rôle qui va en effet bien au-delà de leur fonction. Ils connaissent tous les administrés, jouent parfois les confidents. D’où l’intérêt pour la gendarmerie de s’appuyer sur ce réseau, qui peut contribuer à libérer la parole. Les élus doivent savoir écouter, faire preuve d’empathie. Par ailleurs, les agents des services municipaux peuvent aussi constater une autre forme de violence, qui cache souvent des violences physiques ou psychologiques : les violences administratives. Quand une femme n’a pas accès à des papiers importants ou à ses moyens de paiement, c’est un exemple de ces signaux faibles qui doivent alerter les personnels et être remontés aux forces de l’ordre.
Car si policiers et gendarmes ont pour rôle de prendre les plaintes et de s’occuper de la procédure, ils peuvent avoir besoin des mairies pour mettre à l’abri une victime, éventuellement l’héberger dans un logement d’urgence, ou les aider à mettre en sécurité des documents, en utilisant par exemple la plateforme Mémo de Vie (lire encadré), si la victime décide de quitter le domicile conjugal. Car, bien souvent, les féminicides ont lieu lorsque la victime prend cette décision. C’est un départ qui doit se préparer.
C’est là que les référents VIF jouent également un rôle clé pour interagir avec les élus. Car de la même manière que la gendarmerie accompagne les élus sur les questions de risques cyber, de gestion des incivilités, de sécurisation de leurs locaux et de leur domicile, elle peut les appuyer dans le domaine des VIF. Ils peuvent solliciter les référents pour organiser, dans leurs locaux, des sessions de formation et de sensibilisation à l’accueil des victimes.
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