Sommet international de la Francophonie : entretien avec le général de corps d’armée François Agostini, commandant de la région de gendarmerie Hauts-de-France
- Par Hélène THIN
- Publié le 03 octobre 2024

Tandis que la France s’apprête à accueillir sur son sol la 19e édition du Sommet international de la Francophonie (SIF), les 4 et 5 octobre 2024, le général de corps d’armée François Agostini évoque le rôle de la région de gendarmerie Hauts-de-France dans la conception du dispositif de sécurité de la séquence inaugurale. Celle-ci aura lieu le 4 octobre, à la Cité internationale de la langue française (CILF), à Villers-Cotterêts (Aisne), en présence du président de la République, Emmanuel Macron. Un événement majeur, auquel sont attendus une cinquantaine de chefs d’État et de gouvernement membres de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), ainsi que 120 délégations étrangères.
Quel a été le rôle de la Région de gendarmerie Hauts-de-France (RGHF) dans la conception et la mise en œuvre du dispositif de sécurisation du 19e du Sommet international de la Francophonie ?
Général de corps d’armée François Agostini : dans le cadre du 19e Sommet international de la Francophonie, dont la séquence inaugurale se déroulera le 4 octobre à Villers-Cotterêts, commune située en zone de compétence gendarmerie, la Région de gendarmerie Hauts-de-France (RGHF) a eu pour mission d’élaborer le dispositif global de sécurisation de cette journée.
S’il est avant tout ancré sur un territoire sous la responsabilité du préfet de l’Aisne et du commandant du Groupement de gendarmerie départementale (GGD) 02, suivant leur domaine de compétence respectif, cet événement s’intègre dans une manœuvre bien plus large.
Le transport d’une cinquantaine de chefs d’État et de gouvernement et de 120 délégations étrangères, entre Paris et Villers-Cotterêts, implique en effet le concours de la région Île-de-France et de la Préfecture de police (P.P.) de Paris. Dans ce contexte inédit, la RGHF, appuyée par les Centres zonaux des opérations (CZO) des régions concernées, a coordonné l’ensemble des moyens déployés dans le cadre de cette manœuvre.
Au total, pour la sécurisation de la journée du 4 octobre, près de 1 300 gendarmes, d’active et de réserve, renforcés par cinq Compagnies républicaines de sécurité (CRS), sont mobilisés.
280 militaires du Groupement de gendarmerie départementale de l’Aisne, six Escadrons de gendarmerie mobile, 180 motocyclistes provenant des régions de gendarmerie des Hauts-de-France, d’Île-de-France et du Grand Est, ou encore 72 cavaliers de la Garde républicaine, complétés par des moyens spécialisés et d’appui (renseignement, lutte anti-drone, police judiciaire, antenne GIGN, NRBC, forces aériennes…) composent ce dispositif exceptionnel.
Face aux menaces inhérentes à tout événement international majeur, nous avons d’abord mené un important travail de renseignement afin de détecter l’ensemble des risques pesant sur la manifestation. Nous avons ensuite procédé à la sanctuarisation du château de Villers-Cotterêts, qui abrite la Cité internationale de la langue française, et de ses environs immédiats. À la fois central et sensible, le troisième volet de notre action porte sur l’organisation du transport des personnalités par voie routière entre Paris et Villers-Cotterêts. L’objectif est de garantir la fluidité et la sécurité des déplacements, grâce au dispositif d’escorte, mais aussi par la mise en œuvre de déviations, ou la sanctuarisation des derniers kilomètres du parcours.
En quoi cette manœuvre est-elle singulière, et quels sont les principaux facteurs garants de sa réussite ?
GCA F. Agostini : cette manœuvre est une première pour la Région de gendarmerie Hauts-de-France, de par son envergure et sa complexité. Initié plusieurs semaines en amont, alors même que se déroulaient les Jeux Olympiques et Paralympiques de Paris, le travail préparatoire a été mené en concertation avec l’ensemble des parties prenantes, notamment la région Île-de-France et la Préfecture de police de Paris. La coordination des ressources et des moyens, à la fois nombreux et extrêmement diversifiés, a représenté pour la RGHF un enjeu de premier ordre. La communication tient une place essentielle dans la réussite d’une telle mission. Chaque acteur doit, en outre, détenir un même niveau d’information et de compréhension quant au déroulement de la manœuvre.
Entièrement tournés vers un même objectif, région et département sont parvenus à concilier leurs approches, à comprendre et apprécier le rôle de chacun, et tirer profit de leur complémentarité. Leur action conjointe et coordonnée, guidée par la seule réussite opérationnelle, est déterminante.
À l’image d’un grand orchestre, chaque acteur concourant à la sécurisation du Sommet se doit de jouer harmonieusement sa partition, au service de la mission.
Parmi les intervenants, certains œuvrent dans l’ombre. Leur rôle, pour autant, est essentiel. Le soutien logistique, organisant notamment l’hébergement ou la restauration à l’appui des forces engagées sur le terrain, est un maillon clé de la chaîne, participant également à la réussite opérationnelle.
Autre point capital, la gestion de la population de Villers-Cotterêts, fortement impactée par le Sommet. Face aux enjeux de circulation et de stationnement, les militaires du groupement de gendarmerie départementale de l’Aisne ont réalisé un important travail de terrain, intégrant les besoins des habitants amenés à se déplacer.
Que représente un tel événement pour la région Hauts-de-France, ainsi que pour la gendarmerie nationale ?
GCA F. Agostini : l’accueil d’un événement de cette ampleur revêt un caractère historique pour la région Hauts-de-France. Le choix emblématique du lieu, au sein de la Cité internationale de la langue française, permet en outre de valoriser le patrimoine du territoire, en particulier le château de Villers-Cotterêts, construit au XVIe siècle par François 1er .
Pour la Région de gendarmerie Hauts-de-France, l’organisation du Sommet international de la Francophonie constitue un événement d’une ampleur inédite. Je dirais, à ce titre, qu’il s’agit d’un « baptême du feu » pour les militaires de la RGHF, notamment ceux du Centre zonal des opérations (CZO). De plus, la planification d’une manœuvre de sécurisation de cette envergure illustre parfaitement l’ingénierie des compétences de la gendarmerie nationale. Cette expertise, associée à l’engagement des forces, est aujourd’hui déterminante pour la réussite de cette mission majeure.
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