Sommet du G7 : la Gendarmerie nationale en ordre de bataille

  • Par Antoine Faure
  • Publié le 09 juin 2026
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Commandant la Région de gendarmerie Auvergne-Rhône-Alpes et la gendarmerie pour la zone de défense et de sécurité Sud-Est depuis 2025, le général de corps d’armée (GCA) Frédéric Boudier sera le Commandant des forces de gendarmerie (COMFORGEND) pour la manœuvre de sécurisation du sommet du G7, du 15 au 17 juin 2026 à Évian. Il en présente les enjeux et les contours.

Le général de corps d’armée (GCA) Frédéric Boudier a commencé son parcours opérationnel en gendarmerie en 1995, comme commandant de peloton à l’Escadron de gendarmerie mobile (EGM) 21/7 de Strasbourg, avant de commander l’EGM 12/2 de Bouliac. Au cours d’une carrière riche, alternant les postes en unité territoriale et en administration centrale, il a notamment commandé successivement les Groupements de gendarmerie départementale (GGD) de la Loire-Atlantique et des Bouches-du-Rhône, ainsi que le COMGEND de Polynésie française.

Nommé en 2020 chef de la mission des hauts potentiels à la Direction des personnels militaires de la gendarmerie nationale, il rejoint ensuite le cabinet du Directeur général de la Gendarmerie nationale, puis est nommé, en 2024, Général adjoint au major général de la Gendarmerie nationale, avant de prendre l’année suivante le commandement de la Région de gendarmerie Auvergne-Rhône-Alpes et de la gendarmerie pour la zone de défense et de sécurité Sud-Est.

Mon général, quels sont les grands enjeux de la manœuvre de sécurisation déployée à l’occasion de la tenue du sommet du G7 ? Et quelles sont les adversités principales ?

L’enjeu pour la Gendarmerie nationale est avant tout, bien sûr, de remplir la mission qui nous a été confiée, c’est-à-dire contribuer au bon déroulement de cet événement dans ses différentes dimensions. Dès lors, il s’agit pour la gendarmerie d’apporter son expertise, telle qu’elle l’a déjà fait par le passé au cours d’autres grands événements, qu’ils soient politiques, comme les précédents G7 ou l’UNOC (Conférence des Nations Unies sur l’Océan qui s’est déroulée en juin 2025 à Nice, NDLR), mémoriels, comme les importantes commémorations du 80e anniversaire du Débarquement en 2024, ou encore sportifs, avec les Jeux Olympiques et Paralympiques (JOP) de Paris la même année. Dans le même temps, un autre objectif important sera pour nous de continuer à offrir le même niveau de sécurité aux habitants de la région, de manière à ce que cet événement soit le moins pénalisant pour eux dans leur quotidien.

Pour cet événement d’ampleur internationale, certains des aspects majeurs sont la prévention de la menace terroriste, la maîtrise des éventuelles manifestations violentes et la sécurisation des flux de tous types qui traversent la région, particulièrement exposée en raison de son rôle de carrefour de circulation nationale et européenne. Nous devons également lutter contre la délinquance opportuniste ou itinérante, les atteintes aux biens et aux personnes, ainsi que les risques cyber et technologiques, dans un contexte international très polarisé où nos compétiteurs sont nombreux.

Les complexités principales tiennent aux oppositions qui se manifestent traditionnellement à l’occasion des G7, au contexte de menace élevée et au caractère transfrontalier de la zone avec la Suisse, qui impose une coordination internationale. À cela s’ajoute la nécessité de préserver en parallèle au maximum la liberté de circulation des habitants, la continuité des activités économiques et la gestion d’un nombre important de travailleurs frontaliers, qui génèrent des flux quotidiens déjà très soutenus en temps normal.

Comment la gendarmerie s’inscrit-elle dans le dispositif global ? Quels seront ses effectifs, ses missions ?

La gendarmerie s’inscrit dans un dispositif global en coordination avec la police nationale, les armées et les services de secours, chacun intervenant sur un périmètre de responsabilité clairement défini. Renforcés par des moyens nationaux, en premier lieu par la gendarmerie mobile, nous engageons au niveau régional une part significative de nos 12 000 militaires d’active et 5 000 réservistes, issus des douze départements de la région, en adaptant en permanence le volume et la nature des effectifs aux temps forts de l’événement.

Nos missions comportent notamment le contrôle de zone et la gestion des flux dans la profondeur, la coordination 3D, la sécurisation du Lac Léman, l’intervention en cas de troubles à l’ordre public ou d’acte terroriste mais aussi, bien entendu, l’enquête judiciaire et le renseignement.

Comment ont été générées les forces ? Quels seront les principales unités engagées et les moyens spéciaux mis en œuvre, et pourquoi s'être appuyé sur des Compagnies de marche (CdM) ?

Les forces sont générées selon une planification nationale et régionale qui s’appuie sur les retours d’expérience des grands événements récents, en particulier les Jeux olympiques et paralympiques de Paris 2024, qui ont déjà mobilisé des dispositifs exceptionnels de gendarmerie sur plusieurs semaines. Nous veillons à ce que cet engagement soit dimensionné au juste besoin et reste compatible avec la mission première de protection des populations au quotidien, en préservant les capacités des unités régionales grâce à des renforts extérieurs planifiés de longue date.

Les unités engagées comprendront donc 20 Compagnies de marche (CdM), avec l’appui notable pour la génération d’une partie de leurs effectifs du Commandement des écoles de la gendarmerie nationale (CEGN). Le recours à ces compagnies permet de constituer des unités agiles à partir d’un socle de personnels volontaires et sélectionnés issus de différentes unités de la région, comme cela avait été le cas lors des JOP de 2024. Cette organisation nous offre de la souplesse, garantit la cohésion de la chaîne de commandement sur le terrain et limite l’impact sur la capacité opérationnelle des unités territoriales, qui continuent à remplir leurs missions courantes.

Outre ces CdM, et sans être exhaustif, nous nous appuierons sur 35 Escadrons de gendarmerie mobile (EGM), ainsi que sur des militaires des Escadrons départementaux de contrôle des flux (EDCF), ainsi que sur des moyens blindés, judiciaires et cynophiles. Des moyens particuliers, comme des capacités d’escorte de hautes autorités, ou des moyens NRBC et de police technique et scientifique, seront également prépositionnés en renfort pour répondre à l’évolution de la menace et des besoins opérationnels. Le cas échéant, nous pourrons aussi engager des spécialistes montagne en fonction des risques identifiés. De nombreux moyens nationaux viennent en outre compléter ce dispositif, notamment le GIGN dans le domaine de l’intervention spécialisée.

Nous compterons par ailleurs 200 motocyclistes, dont certains de la Garde républicaine qui engagera également des cavaliers, ainsi que des vecteurs nautiques, qui nous permettront de mener notre mission sur le lac Léman, et aériens, à savoir six hélicoptères et des drones, avec les dispositifs de lutte anti-drone qui sont associés.

Nous disposons aussi de moyens de commandement et logistiques très importants, avec un appui là aussi du niveau national, de manière à pouvoir assurer la conduite des opérations et constituer une Base logistique avancée (BLA) qui va permettre la vie et le fonctionnement de l’ensemble des unités qui sont engagées sur le dispositif.

Au global, c’est un concentré des compétences qui font la force et le savoir-faire de la Gendarmerie nationale qui est engagé pour cet événement au travers des différents groupes de forces constitués.

Un tel déploiement suppose une forte anticipation, un travail de préparation et des forts enjeux en termes de soutien logistique. Pouvez-vous nous dire comment la Région a mené ce travail ?

Un tel déploiement suppose en effet plusieurs mois de préparation, avec une phase d’anticipation conduite en étroite liaison avec la DGGN, les préfectures de département, le préfet de zone de défense, les collectivités et les organisateurs de l’événement, dans la continuité de la méthode retenue pour les grands rendez-vous récents. Nous travaillons sur des scenarii, des exercices et des simulations, afin de tester nos chaînes de commandement, nos capacités de coordination inter-services et notre aptitude à faire face à des situations de crise de haute intensité.

Sur le plan logistique, la région de gendarmerie s’est mise en ordre de bataille pour anticiper les besoins en hébergement, transport, alimentation, soutien sanitaire et maintien en condition opérationnelle des matériels, avec des dispositifs de soutien dédiés aux militaires projetés, qu’ils soient issus de la région ou renforts d’autres territoires. Cette préparation est menée en cohérence avec les partenaires institutionnels afin de mutualiser les moyens et de garantir la résilience du dispositif dans la durée.

Les directions de la DGGN se sont également engagées de manière constante à nos côtés durant toute la phase de planification, pour nous épauler et nous fournir les moyens qui relèvent du niveau national.

La proximité de la frontière suisse nécessite une coopération internationale. Pouvez-vous nous en préciser les contours ?

La proximité de la frontière suisse implique une coopération étroite avec les autorités helvétiques, fondée sur les accords bilatéraux de 1998 et 2007 qui encadrent la coopération transfrontalière en matière policière, judiciaire et douanière entre la France et la Suisse. Concrètement, cette coopération se traduit, notamment au travers de l’appui du Centre de coopération policière et douanière (CCPD) de Genève, par l’échange d’informations en temps réel et par la possibilité de conduire des opérations coordonnées dans l’espace frontalier.

Cette coordination est en particulier nécessaire dans la gestion des flux pendulaires des dizaines de milliers de travailleurs frontaliers, comme cela se pratique déjà en temps normal dans le secteur du pays genevois entre gendarmes français et police cantonale de Genève. Dans le cadre de ce G7, la coordination se voudra renforcée pour encore mieux prévenir la délinquance transfrontalière, sécuriser les transports publics et garantir une réponse coordonnée en cas d’incident impactant simultanément les deux pays. 

Au-delà de l’interaction avec la Suisse, l’Unité opérationnelle franco-allemande (UOFA) sera déployée, à l’instar de la toute récente Unité opérationnelle franco-italienne (UOFI) dont ce sera le premier engagement opérationnel.


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