Sélections GOS : entretien avec le chef d’escadron Arnaud, responsable des exercices parisiens
- Par le capitaine Tristan Maysounave
- Publié le 14 avril 2025

Au début de l’année 2025, se sont déroulées les sélections permettant d’intégrer les Groupes d’observation surveillance (GOS). Le chef d’escadron Arnaud, commandant du GOS Île-de-France, était responsable des exercices organisés à Paris.
Le chef d’escadron Arnaud entame sa 31e année de service en Groupe d’observation surveillance (GOS). Il nous reçoit au sein des locaux de l’unité qu’il commande, alors que les candidats aux GOS sont éprouvés sur différents ateliers. Vouant une véritable passion à l’observation surveillance, il a largement participé à la professionnalisation de la filière ainsi qu’à la mise en place et au développement des sélections.
Mon commandant, pouvez-vous nous parler de la création des GOS ?
Les premiers GOS ont été créés en 1994. À l’époque, ils étaient au nombre de six, à l’effectif de cinq sous-officiers. Aujourd’hui, il existe vingt-et-un GOS métropolitains, dont deux GOS particuliers, au sein de l’Office central de lutte contre la délinquance itinérante (OCLDI) et de la Gendarmerie des transports aériens (GTA). Ils ont été créés en réponse à un durcissement des modes opératoires de l’adversaire, à des déplacements de population des zones police vers les zones gendarmerie, à une explosion des trafics de stupéfiants et des actions violentes, et à l’émergence de la contestation politico-religieuse. L’adversaire s’appuie sur des contre-mesures qu’il acquiert pour des sommes dérisoires et sur un changement sociétal qui favorise l’existence de zones non permissives, où les forces de l’ordre ont du mal à pénétrer sans être prises à défaut ou mises en difficulté. La situation se durcit, l'adversaire se radicalise dans son comportement et dans les moyens dont il dispose. Face à cela, la gendarmerie doit adapter sa réponse et positionner l’outil au bon niveau. L’existence des sélections et de formations spécifiques permet de répondre à ce besoin-là.
Comment les sélections ont-elles été mises en place ?
En 2007, nous sommes arrivés à un niveau de professionnalisation tel que nous avons réalisé que certains équipiers de GOS n’étaient pas adaptés au métier et qu’il était nécessaire de mettre en place des sélections afin de permettre aux GOS, qui sont des unités d’appui, d’évoluer conformément aux besoins des unités qui les sollicitent. Nous avons donc mis en place des tests de sélection qui n'ont cessé d'évoluer depuis. Nous avons cherché à affiner le processus de sélection en mettant en place des épreuves à la fois redondantes et différentes afin d’identifier les qualités que nous recherchons. Par exemple, les candidats sont confrontés à plusieurs épreuves d’engagement physique afin que leur aptitude ne dépende pas d'une seule épreuve. Les sélections se déroulent par ailleurs en deux lieux différents : la majorité d’entre elles ont lieu à Beynes et les « exercices cœur de métier en zone urbaine » ont lieu à Paris.
Nous affinons et modifions les sélections d’année en année. L’objectif est de garantir un processus équitable, d’une part en nous appuyant sur les retours d’expérience que nous faisons, d’autre part en évitant que les candidats aient connaissance des épreuves. Nous voulons garantir la spontanéité en évaluant les candidats sur des situations auxquelles ils ne s’attendent pas.
En quoi consistent les exercices parisiens ?
Pendant un peu moins de 24 heures, les candidats sont confrontés à un certain nombre d’ateliers d’observation surveillance à Paris, dans des conditions au plus proche de la réalité du terrain. Ils sont encadrés et évalués par les opérateurs du GOS d’Île-de-France. Ces épreuves se déroulent de jour comme de nuit. Les mises en situation ne nécessitent pas de connaissances préalables en observation surveillance. L'objectif est simplement de détecter les capacités à suivre les formations et les profils incompatibles avec notre métier. Nous cherchons donc plutôt un savoir-être qu’un savoir-faire. Par exemple, les candidats qui ne savent pas faire de la photo ont autant de chances d’être sélectionnés que ceux qui savent prendre des photos.
Notre métier nous conduit à évoluer fréquemment la nuit, c’est pourquoi une partie des exercices a lieu de nuit. Les mises en situation de nuit ne révèlent pas les mêmes qualités que celles de jour. Les candidats peuvent en effet être confrontés à la perte de repères et évoluer dans des environnements inconfortables. Nous croisons les épreuves de jour avec celles réalisées la nuit afin de déterminer si nous notons des différences notables chez les candidats.
Quelles sont les qualités recherchées chez un candidat ?
Les qualités que nous cherchions à détecter lors de la mise en place des sélections sont les mêmes aujourd’hui. La façon de faire le métier évolue, mais les qualités intrinsèques attendues restent les mêmes. Nous éprouvons les candidats avec des recettes anciennes qui ont fait leurs preuves. Ils sont fortement sollicités, ont peu, voire pas de phase de repos, et sont sortis de leur zone de confort à l'aide de différentes méthodes et modes opératoires. La semaine de sélection nous permet ainsi de détecter les profils compatibles avec notre métier et surtout d’identifier les candidats capables de capitaliser les dix semaines de formation que suivront ceux ayant réussi les tests, afin de devenir opérateur en unité.
Il faut des gens courageux, mais pas téméraires. Il faut des gens résilients et engagés, avec une bonne capacité de mémorisation et de gestion de l'information et des priorités. Nous testons leur mémoire, leur sens de l’orientation ainsi que leurs qualités d’observation et de compte rendu. Ils doivent être capables de faire face à des situations de stress et de travailler en autonomie, sans craindre en permanence ce qui se passe autour d’eux, car s’ils agissent seuls, ils s’insèrent en fait dans un dispositif plus global au sein duquel leurs camarades sont en mesure de les aider en cas de problème.
Quelles sont les qualités recherchées chez les officiers ?
Les GOS sont des unités de gendarmerie qui font un travail différent de celui d’une brigade ou d'un escadron. Pour ces unités, nous cherchons des chefs qui sont à la fois des chefs opérationnels et capables de gérer une unité sur les plans administratif, des ressources humaines et de la formation. Ils doivent être capables d’agir en toute autonomie. Les tests de sélection nous permettent de mettre les candidats officiers en situation en matière de commandement et de positionnement et d’éprouver leurs qualités de chef dans la réflexion et dans la conception de manœuvre, ainsi que dans leur capacité à effectuer des ordres en cours d’action. Là encore, il n’est pas nécessaire d’avoir des prérequis autres que d’être un officier de gendarmerie, quel que soit le recrutement.
Et après la phase de sélections ?
Les candidats sélectionnés suivront ensuite une formation de dix semaines, constituée de cours magistraux et de mises en situation. Celle-ci est dispensée en partenariat entre le Centre national de formation au renseignement et à l’investigation (CNFRI) et le Groupe d’intervention de la gendarmerie nationale (GIGN) qui apporte son expertise. Les sélections et la formation sont deux phases complètement différentes. Le but des sélections, comme le nom l'indique, est d’effectuer un filtre afin de sélectionner les meilleurs candidats. L’objectif d’une action de formation est d'emmener les gens vers la réussite, bien qu’il puisse y avoir des échecs au cours de celle-ci. La formation dure désormais dix semaines en raison des nombreuses thématiques abordées. Il y a également un volet technique permettant d’apprendre à maîtriser nos différents outils (matériels utilisés pour la captation d’images, réseaux, etc.). L’objectif est d’avoir des opérateurs qui soient beaucoup mieux armés, efficaces et confiants dans leurs capacités à atteindre les objectifs fixés.
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