Prévenir le syndrome post-traumatique, un enjeu primordial pour la gendarmerie
- Par Antoine Faure
- Publié le 22 décembre 2025
Sous-directeur de l’accompagnement du personnel (SDAP) à la Direction générale de la gendarmerie nationale (DGGN), le colonel Nicolas Philippotin a dans ses missions la structuration de l’approche en amont de la gendarmerie destinée à prévenir le Syndrome post-traumatique (SPT) et à en limiter les dégâts. Explications.
Mon colonel, sait-on ce qui déclenche un Syndrome post-traumatique (SPT) ?
Colonel Nicolas Philippotin : C’est assez difficile à dire parce que c’est très personnel. Le caractère traumatisant d’un événement dépend de votre vécu, de l’environnement dans lequel vous avez grandi. Tout le monde n’est pas au même niveau. Des gens peuvent être protégés parce qu’ils ont connu au cours de leur vie des épreuves extrêmement fortes qui les ont endurcis. D’autres, au contraire, peuvent être très exposés, parce qu’ils n’ont jamais été soumis à de telles épreuves, ou parce qu’ils sont très vulnérables à ce moment-là de leur vie, qu’ils n’ont plus les appuis familiaux, que leurs remparts se sont effondrés. La rencontre avec le traumatisme est donc impossible à prévoir. D’autant que, parfois, il n’y a pas d’événement majeur, juste une accumulation de traumatismes qui conduit au déclenchement du SPT. Nous sommes comme un récipient qui se remplit d’eau. Certains ont une très grande contenance, d’autres moins. Et quand ça déborde, les troubles surviennent.
Il faut bien comprendre que le traumatisme n’est pas forcément lié à une situation violente vécue sur le terrain. On peut être au téléphone avec quelqu’un menacé de mort, par exemple. En cas d’échec, cette confrontation indirecte à la mort peut parfaitement déclencher un SPT.
Comment la Gendarmerie nationale, et notamment la Sous-direction de l’accompagnement du personnel (SDAP), prend-elle en charge les gendarmes qui développent un SPT ?
Colonel Nicolas Philippotin : La SDAP se situe en amont, en prévention, le Service de santé des armées s’occupant du curatif. Et le réseau des psychologues en gendarmerie fait office d’intermédiaire. Ce sont eux, dans le cadre de leur accompagnement des militaires, qui détectent le plus souvent les situations de souffrance, en lien avec le commandement de proximité.
Le travail de la SDAP va être de proposer des outils pour que les militaires se chargent le moins possible, que le récipient ne déborde pas. On peut essayer de moins les exposer. Ce n’est pas évident parce que nous faisons un métier où nous sommes confrontés régulièrement à la mort. Mais, par exemple, pour l’annonce à la famille de la victime, plutôt que de confier cette mission à celui qui a constaté l’accident mortel, on peut séparer les deux actes et demander à un autre gendarme de s’en charger. Cela peut paraître contre-intuitif, mais cela peut permettre de préserver le militaire. Ce sont des solutions simples à mettre en place sur lesquelles nous travaillons.
L’enjeu de cette prévention est important pour la gendarmerie : récupérer ses blessés pour pouvoir remplir ses nombreuses missions de protection de la population sur tout le territoire...
Colonel Nicolas Philippotin : On ne laisse pas nos blessés derrière nous. Nous les gardons avec nous, qu’ils soient atteints physiquement ou psychologiquement. Certains ont besoin de changer d’environnement, parce qu’ils ne peuvent pas ou n’ont pas envie d’être les mêmes qu’avant. Nous les accompagnons tout au long du processus, du stade de la blessure jusqu’à la reprise du service, ou la réforme pour ceux qui en ressentent le besoin.
Les gendarmes sont-ils sensibilisés au SPT au cours de leur formation initiale ?
Colonel Nicolas Philippotin : Le programme du Commandement des écoles de la gendarmerie nationale (CEGN) comprend une formation aux premiers secours psychologiques en opération qui expliquent les bons réflexes pour prendre en compte des gens en souffrance psychologique. Nous avons également une brique dans les stages de commandement pour permettre de comprendre parfaitement cette notion de SPT. Les chefs ont un rôle de capteurs très important à jouer. Si un militaire fait la démarche d’aller voir son chef pour lui faire part d’une difficulté, ce n’est pas anodin.
C’est essentiel d’avoir des chefs qui sont à l’écoute, qui prêtent attention à leurs militaires et à leurs éventuelles souffrances, qui sentent s’il y a besoin d’orienter un gendarme vers un psychologue, ou simplement de le décharger pendant un temps. Tout dépend des cas. Certains gendarmes pourront avancer sans difficulté après un événement potentiellement traumatisant, d’autres, au contraire, auront besoin de plus de temps. Mais les chefs doivent prendre en compte le SPT comme paramètre dans la gestion du service.
Au sein de la SDAP, le sens de notre action et de notre travail, c’est de structurer une approche en amont pour limiter les dégâts du SPT, et ce qui cause le plus de dégâts, c’est l’absence de prise en charge. Pour protéger nos militaires, il faut que tous soient conscients de ce dont on parle, afin que tous s’en protègent et protègent leurs camarades. Il faut également une chaîne de soutien psychologique solide, qui s’appuie sur le réseau des psychologues. Ils sont 66 aujourd’hui en gendarmerie et seront 85 en 2027. Enfin, il faut une bonne connexion avec le Service de santé des armées qui a un rôle important pour la reconnaissance du SPT, afin de garantir les droits de nos militaires.
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