Le major Olivier Joly raconte son métier de chancelier de la gendarmerie

  • Par Antoine Faure
  • Publié le 07 janvier 2025
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Après 27 années en gendarmerie, le major Olivier Joly a quitté en 2024 le service actif. Responsable de la section chancellerie de la Région de gendarmerie Auvergne-Rhône-Alpes pendant près de six ans, il évoque cette fonction particulière et importante, qui lui a procuré une grande satisfaction professionnelle et personnelle.

On reconnaît un passionné au plaisir évident qu’il prend à parler de son métier, à convoquer ses souvenirs, raconter des anecdotes. Le major Olivier est un passionné. Sa mémoire fourmille d’histoires, de rencontres. À l’heure de quitter le service actif, après 27 années en gendarmerie, et d’incorporer la réserve opérationnelle, il revient sur ce parcours, et particulièrement sur une fonction qu’il a tant aimée, celle de chancelier.

Olivier est tombé dans la marmite militaire étant petit. Dans la Somme, son grand-père, ancien résistant, l’emmenait en promenade sur les terrains de ses faits d’armes, autour des voies de chemin de fer sur lesquelles il plaçait jadis des explosifs. Et à la maison, il n’était pas rare qu’ils paradent ensemble sur des airs de musique militaire. À l’âge de 17 ans, il s’engage dans la Marine nationale, affecté à Brest, à la gestion des personnels officiers embarqués à bord des sous-marins. « J’avais déjà à traiter des questions de discipline, note-t-il. C’était une première approche du métier de chancelier, en quelque sorte. »

« Ce qui me plaît ? Raconter une histoire »

Après douze ans dans la Marine, il entre en gendarmerie en 1997, au moment de la création des Emplois administratifs et de soutien de la gendarmerie (EASG, aujourd’hui CSTAGN : Corps de Soutien Technique et Administratif de la Gendarmerie Nationale, NDLR). Il est affecté à l’École des officiers de la gendarmerie nationale (EOGN, désormais Académie militaire de la gendarmerie nationale / AMGN, NDLR), puis à l’école de gendarmerie de Rochefort, lors de sa création, en 1999, où il s’occupe essentiellement de logistique.

En 2010, Olivier est muté en Polynésie française, où il devient chef de la section gestion du personnel, « qui comprenait, entre autres, la chancellerie », précise-t-il. Après cinq années en outre-mer, il est affecté pendant trois ans à la section formation de la région de gendarmerie Auvergne-Rhône-Alpes (RGARA). Le général (2S) François Gaultier, alors chef des Ressources humaines (R.H.) de la région, après avoir notamment occupé les fonctions de chef du bureau de la chancellerie à la Direction générale de la Gendarmerie nationale, propose à Olivier de prendre la tête de la section chancellerie de la RGARA, le 1er septembre 2018.

« Ce qui me plaît particulièrement dans le métier de chancelier, décrit-il, c’est de raconter une histoire. Je suis un littéraire, j’aime écrire. Rédiger un mémoire pour une décoration, c’est raconter, à partir d’éléments recueillis, l’histoire de quelqu’un qu’on ne connaît pas. On découvre ainsi des parcours, des profils passionnants. J’ai le souvenir d’un major, patron de la Brigade de recherches (B.R.) de Papeete, retenu pour l’ordre national du Mérite. J’ai découvert, en échangeant avec lui, qu’il avait été enquêteur sur la fusillade de Pellouailles-les-Vignes, près d’Angers, au cours de laquelle quatre gendarmes avaient été blessés (le 6 mars 1997, à la suite d’un braquage à main armée, NDLR). J’ai aussi en mémoire un commandant de compagnie qui était doctorant en biochimie moléculaire ! »

Olivier a toujours pris son rôle très à cœur, n’hésitant pas à inciter les commandants de compagnie ou de groupement de gendarmerie départementale à formuler une demande de récompense. Pour un militaire, mais aussi pour un chien, comme celui d’un Peloton de surveillance et d’intervention de gendarmerie (PSIG) de l’Isère, abattu par un forcené en Savoie. « Son sacrifice avait permis aux militaires de l’antenne GIGN d’Orange de mener à bien la mission, et avait peut-être permis de sauver des vies. En liaison avec l’administration centrale, j’ai sollicité le ministère des Armées pour qu’Ice Tea 2 (nom du chien, NDLR) soit cité à l’ordre de la gendarmerie à titre posthume. À ce jour, c’est le seul animal militaire à détenir cette distinction. »

« Éviter les injustices »

Dans le domaine de la chancellerie, il y a les récompenses, les décorations, mais aussi les sanctions. Là aussi, Olivier considère que le chancelier a un rôle très important à jouer. « Nous sommes présents aux côtés du gendarme passible d’une sanction. Nous présentons les faits, à charge, mais également à décharge. Il m’est arrivé, dans certains cas, de demander un sursis, en exposant des arguments concrets en ce sens, ou de plaider la clémence, voire l’innocence. C’est ce qui me plaît dans cette fonction, ce rôle d’enquêteur administratif qui cherche la vérité, tente de comprendre dans quelles conditions et pour quelles raisons un militaire a pu sortir du cadre, afin d’arriver à une sanction qui soit la plus juste et la plus raisonnée possible. C’est aussi cela notre mission : éviter les injustices. Tous les dossiers sont étudiés collectivement au sein la section chancellerie de la Région de gendarmerie Auvergne-Rhône-Alpes avec toujours la recherche d'un consensus sur le quantum de peine. Cela suppose beaucoup d’échanges, de débats, parfois animés, mais on y arrive ! »

Après un parcours riche de 27 années en gendarmerie, Olivier a quitté en 2024 le service actif et pour incorporer la réserve opérationnelle. « Ce métier de chancelier va me manquer, je le sais. Il y a une vraie adrénaline et aucune routine. On ne sait jamais, en arrivant le matin, à quoi va ressembler la journée. Mais la section est entre de bonnes mains puisque celle qui était jusque-là mon adjointe, et qui a repris les rênes, était greffière à la cour d’appel de Lyon et apportait un éclairage juridique d’une grande précision. Ce qui va me manquer, c’est aussi le sentiment de satisfaction personnelle en voyant dans les rangs, lors des cérémonies officielles, des gendarmes récompensés parce qu’ils ont mis leur intégrité physique, voire leur vie, en danger. Lors de la dernière cérémonie du 16 février 2024 (au cours de laquelle la gendarmerie rend hommage aux gendarmes décédés et blessés en service, ainsi qu’à ceux ayant accompli un acte héroïque, NDLR), a ainsi été honorée la brigadière-cheffe de réserve Maryline, qui avait sauvé deux nourrissons en pratiquant les gestes de premier secours, lors de l’attaque au couteau d’Annecy, le 8  juin 2023. Quand vous contribuez à mettre en lumière, devant les autorités de la gendarmerie et la préfète de région, quelqu’un qui a agi de la sorte, c’est très gratifiant. »


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