Léopold Gaillard, Juste parmi les Nations
- Par le brigadier Cyprien Gandillon, Département de la valorisation, Service des archives et de la mémoire
- Publié le 02 novembre 2025
Originaire des Deux-Sèvres, Léopold Gaillard devient gendarme en 1931. Affecté en Seine-et-Marne, il prend le commandement de la brigade de Rebais en 1941, en territoire occupé. Sur sa circonscription habitent les familles Narwa et Dajez, dont la maison devient un refuge accueillant une vingtaine de personnes. Ils échapperont aux rafles grâce à un réseau d’aide dont fait partie Léopold Gaillard, engagé dans la Résistance.
Léopold Gaillard naît le 21 novembre 1904 à Mougon, dans les Deux-Sèvres. Après son service militaire en 1924, il regagne son département natal.
Le 7 février 1929, il épouse Marie-Thérèse Migault, à Mougon. Le couple aura quatre enfants, les deux premiers naissant en 1929 et 1930.
Admis en gendarmerie le 5 mai 1931, Léopold Gaillard devient gendarme en décembre suivant. Affecté en Seine-et-Marne, sa brigade est très probablement celle de La Ferté-sous-Jouarre, puisque c’est là que naît son fils Jean, en septembre 1932.
Léopold Gaillard effectue l’ensemble de sa carrière en Seine-et-Marne, département qui, à l’issue de l’armistice de juin 1940, se trouve en zone occupée. Le 10 mars 1941, il passe maréchal des logis-chef et commande la brigade territoriale de Rebais, où il restera jusqu’en 1945.
Les Pleux, un lieu de refuge sous l’occupation
À Saint-Denis les Rebais, au hameau des Pleux, habite une famille de confession juive. Vers 1937-1938, Ignace et Brucha Narwa achètent avec leur fille Marguerite et leur beau-fils Pierre Dajez une ferme dans laquelle ils séjournent lors des week-ends et des vacances. En novembre 1939, le couple Dajez a une fille, Monique.
Avec les persécutions antisémites, la ferme des Narwa/Dajez devient un lieu de refuge, comme s’en souvient Marguerite Narwa : « Au cours de l’occupation, après qu’eurent lieu les différentes rafles, sont venues se réfugier chez nous jusqu’à 14 personnes (famille, amis ou étrangers), ce qui portait à dix-neuf, dont sept enfants, le nombre qu’abritait en permanence cette maison. » (Témoignage de Marguerite Narwa en faveur de Léopold Gaillard, dossier Yad Vashem de Léopold Gaillard, NDLR)
Cette situation n’est probablement pas passée inaperçue auprès des gendarmes de Rebais. Alors que les rafles se multiplient au cours de l’année 1942, le maréchal des logis-chef Léopold Gaillard reçoit l’ordre de recenser la population juive résidant sur sa circonscription. Accompagné d’un collègue, il se rend aux Pleux. L’arrivée des gendarmes provoque une panique certaine dans les familles Narwa et Dajez. Dans son rapport, Léopold Gaillard ne les mentionne pas comme juifs, malgré les hésitations de son binôme et les risques encourus en cas d’un nouveau contrôle.
Les personnes réfugiées aux Pleux bénéficient de l’attitude bienveillante de la population locale, plus particulièrement du pasteur Mousseau et du maire de Rebais, M. Geneve, tandis que Léopold Gaillard leur fournit cartes d’identité et cartes d’alimentation. Deux enfants sont inscrits à l’école sous un faux nom. Grâce à ce réseau, les familles échappent à la déportation.
Membre actif du Front national de Libération
Jean Gaillard se souvient à propos de son père qu’à « la nuit tombée, il prenait son vélo et sans lumière aucune partait vers des destinations dont je n’ai su que plus tard ce qu’elles signifiaient […]. Mon père faisait régulièrement son manège nocturne et dangereux. » (Lettre de Jean Gaillard à Marguerite Narwa du 16 juin 1998, dossier Yad Vashem de Léopold Gaillard, NDLR)
Cette évocation des déplacements nocturnes fait écho aux autres activités de résistance de Léopold Gaillard, membre du Front national de Libération. Servant sous les ordres de Paul Cheutin, commandant FFI du secteur, il effectue des missions de liaison, de renseignement et participe aux parachutages d’armes.
Le 10 février 1945, promu adjudant, il prend le commandement de la brigade territoriale de Coulommiers (compagnie de Seine-et-Marne). Il obtient la médaille militaire le 27 janvier 1948.
Peu d’informations sont disponibles sur la suite de sa carrière en gendarmerie, de la fin de la guerre à sa retraite, qui intervient en mai 1959.
Léopold Gaillard décède le 28 août 1962 à Pommeuse, en Seine-et-Marne. En 2001, à la suite des démarches entreprises par Marguerite Narwa, il est reconnu Juste parmi les Nations à titre posthume.
La mémoire de Léopold Gaillard a été honorée par la 11e compagnie de l’École de gendarmerie de Montluçon, la 444e promotion d’élèves gendarmes sortie au printemps 2025 l’ayant choisi comme parrain de promotion.
Cérémonie d’hommage à Léopold Gaillard, parrain de la 11e compagnie - 444e promotion de l’École de gendarmerie de Montluçon
Ce vendredi 28 mars, dans la cour d’honneur de l’Hôtel de Beauvau, à Paris, s’est déroulée la cérémonie d’hommage au parrain de la 11e...
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Biographie réalisée à partir du dossier constitué par l’Institut Yad Vashem.
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