Fernand Farssac, Juste parmi les Nations

  • Par le brigadier-chef Cyprien Gandillon, Département de la valorisation, Service des archives et de la mémoire
  • Publié le 26 avril 2026
A gauche : Fernand Farssac, alors qu'il était prévôt à l'automne 1939. A droite : Fernand Farssac en 1943.
© Yad Vashem

Né dans le Tarn en 1902, Fernand Farssac devient gendarme en 1925. À l’été 1940, affecté à la brigade de Lautrec, il s’engage très tôt dans la Résistance. Au cours de l’année 1942, il prévient les membres des Éclaireurs israélites de France d’arrestations imminentes. Jouant un rôle important dans l’organisation de la résistance locale, il s’illustre pendant la Libération.

Fernand Farssac voit le jour le 19 avril 1902 à Garric, dans le Tarn. Son père Auguste Farssac est mineur à Blaye-les-Mines, qui fait partie du bassin minier de Carmaux. Alors qu’il est mobilisé en 1914 dans l’arme du génie, son fils Fernand devient apprenti mineur au puits de Sainte-Marie.

En 1922, Fernand effectue son service militaire successivement au 19e bataillon du génie – ce qui le conduit en Algérie –, au 32e bataillon du génie et au 2e régiment du génie. À l’issue, il reprend son travail à la mine.

L’entrée en gendarmerie

Il se marie le 21 janvier 1924 à Albi avec Ernestine Fournier, institutrice. Sur les conseils de son beau-père Louis Fournier, gendarme à la retraite, il décide de rejoindre la gendarmerie. Formé à l’école de Moulins, il devient gendarme en décembre 1925.

Initialement affecté à la 13e légion de gendarmerie, correspondant alors au Massif central, il rejoint en juin 1926 la 15e légion de gendarmerie, affecté à la brigade de la Grand-Combe (Var). 

En mai 1930, Fernand Farssac rejoint la brigade de Cuq-Toulza, dans le Tarn (16e Légion de gendarmerie). Le mois de décembre suivant, il est affecté à la tête de la brigade du Vintrou (Tarn). Il s’agit d’une brigade éphémère car constituée à l’occasion de la construction, débutée en 1931, du barrage des Saints-Peyres. Une fois les travaux terminés, la brigade du Vintrou est dissoute à l’été 1934, le barrage étant inauguré l’année suivante.

Nommé maréchal des logis-chef en mai 1934, il devient chef de la brigade de Lautrec (Tarn) en juillet 1934. Il y reste jusqu’en septembre 1939. 

La Seconde guerre mondiale et un engagement précoce dans la Résistance

Avec la déclaration de la Seconde guerre mondiale, Fernand Farssac rejoint la prévôté de la 66e Division d’infanterie, qui stationne dans les Alpes. Les gendarmes composant cette prévôté, commandée par le capitaine Dubarry, sont issus des effectifs de la 16e Légion de gendarmerie : ainsi, une dizaine d’entre eux vient de la section de Castres. Fernand Farssac y retrouve donc des camarades des brigades voisines. En décembre 1939, il reçoit la médaille militaire. 

En juillet 1940, Fernand Farssac retourne à la 16e Légion de gendarmerie départementale, à la brigade de Lautrec. C’est là qu’il prend connaissance de l’appel du 18 juin et pense à rejoindre la France libre. La situation familiale l’oblige cependant à rester en France, ce qui ne l’empêche pas de résister à l’occupant. Une de ses premières actions est la collecte d’armes et de munitions abandonnées suite à l’armistice au profit de la résistance locale qui se structure. 

En juillet 1941, il rejoint un groupe de résistants s’étant formée autour de la ville de Castres. Fin 1941 et début 1942, il quitte pour six mois la brigade de Lautrec pour devenir instructeur à l’école de gendarmerie de Pamiers. À son retour, il aide à camoufler de l’armement issu d’un régiment de Castres qui vient d’être dissous. En septembre de la même année, il est promu adjudant. 

Fernand Farssac et le Chantier rural des Éclaireurs israélites de France

À deux reprises, en août et décembre 1942, Fernand Farssac alerte le château des Ormes, à Lautrec, où a trouvé refuge le Chantier rural des Éclaireurs israélites de France qui compte plusieurs dizaines d’adolescents, d’arrestations imminentes. Son fils Gérard faisant passer le message. 

La situation des adolescents des Éclaireurs israélites de France devenant précaire au cours de l’année 1943, Fernand les aide à gagner le maquis. Ils forment alors l’escadron Levy du Corps franc de la Montagne noire, dont une partie de l’encadrement est composée de gendarmes. 

Fernand peut compter sur ses camarades et les brigades voisines, notamment celles de Lacaune, Réalmont, Roquecourbe, Labéssonié ou Vabre, la brigade d’Hubert Landes.

L’entrée dans la clandestinité

Diabétique, Fernand Farssac bénéficie d’un congé maladie lui permettant de s’engager pleinement dans la résistance. Jusqu’en octobre 1943, il est en position régulière, puis entre en clandestinité. Organisant les réseaux de résistance autour de lui, il forme en 1943 un groupe à Orban, puis en 1944, un groupe rassemblant une quarantaine d’hommes dans le secteur des villages St-Genest, Laboutarié et Lombers. 

Impliqué dans de nombreux parachutages d’armes et de munitions, les missions qu’il réalise ne sont pas sans risques : en février-mars 1944, il échappe indemne de trois échanges de tirs avec la milice et l’armée allemande. 

L’entrée en clandestinité de Fernand a des conséquences pour sa famille. Déclaré déserteur par le régime de Vichy, sa solde est suspendue à la fin du mois d’octobre 1943, tandis que sa famille doit quitter la caserne de Lautrec. Heureusement, Ernestine Farssac, enseignante au village voisin de Grayssac depuis la rentrée 1942, dispose d’un logement de fonction, évitant ainsi à la famille d’être à la rue. 

Lors du débarquement de Normandie, Fernand Farssac prend la tête d’un groupe de maquisards, rapidement connu comme « Toutyva », son pseudonyme. Au cours de l’été 1944, le groupe dynamite à plusieurs reprises des ponts de chemins de fer et participe à la libération d’Albi.

Le 23 août, Fernand Farssac laisse le commandement du groupe aux gendarmes Carrier et Boulinguer, issus de la brigade de Réalmont et lieutenant FFI, pour réintégrer la gendarmerie, à la compagnie d’Albi.  Dans les semaines qui suivent la Libération, il est responsable de la formation des éléments prévôtaux pour la région. Deux possibilités se présentent alors à lui : être lieutenant de gendarmerie, c’est-à-dire son grade dans les FFI, ou être adjudant-chef à la brigade de Graulhet, sa femme pouvant alors y exercer son métier. C’est la seconde possibilité qui l’emporte.

Fernand Farssac prend sa retraite en septembre 1946. Il décède le 23 février 1964 à Albi. 

Fait Juste parmi les Nations en 2003, il a récemment été honoré à deux reprises par la gendarmerie. Le 16 février 2023, la caserne de gendarmerie d’Albi est baptisée Lieutenant Fernand Farssac tandis que son nom a été donné comme nom de baptême à la 59e promotion de sous-officiers de l’école de gendarmerie de Tulle, sortie d’école à l’été 2024. 


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