Entretien avec le chef d’escadron Sébastien Gaillard, affecté au Bureau de liaison France d’Europol
- Par le capitaine Tristan Maysounave
- Publié le 22 juillet 2025

Détaché par la gendarmerie, le chef d’escadron Sébastien Gaillard est affecté en tant qu’officier de liaison au Bureau France d’Europol et responsable du détachement gendarmerie depuis l’été 2023. Entretien.
Mon commandant, pouvez-vous retracer le parcours professionnel qui vous a conduit jusqu’à Europol aujourd’hui ?
Je suis entré en gendarmerie en tant que gendarme adjoint volontaire avant de devenir sous-officier en 2000. À l’issue de la scolarité, j’ai intégré la Garde républicaine. J’ai rapidement présenté les sélections afin de servir en Équipe légère d’intervention (ELI). J’ai alors effectué des missions de protection de personnalités, de sécurisation de procès, et j’ai participé à plusieurs dizaines d’interpellations domiciliaires par an, ce qui m’a donné le goût pour le domaine de la police judiciaire.
En 2005, j’ai rejoint la brigade de Noisy-le-Roi (Yvelines) après un changement de subdivision d’arme. J’ai alors successivement passé le diplôme d’Officier de police judiciaire (OPJ), le Monitorat d’intervention professionnelle (MIP) et en 2006, j’ai réussi les premières sélections nationales GOS (Groupes d’Observation et de Surveillance).
En 2007, fort de ces trois qualifications, j’ai rejoint l’Office central de lutte contre le travail illégal (OCLTI) au sein duquel je suis devenu chef du groupe d’assistance technique et conseiller tactique du chef de l’unité. Ce poste m’a donné l’opportunité de représenter l’office en tant qu’expert et de participer à des enquêtes complexes en lien avec le crime organisé, comme sur la Camorra, ce qui m’a offert une première ouverture sur l’international.
En 2010, j’ai réussi le concours d’officier de gendarmerie et à l’issue de la scolarité, j’ai pris le commandement du GOS d’Orléans. J’y suis resté jusqu’en 2016, date à laquelle j’ai rejoint la section « police judiciaire/maintien de l’ordre » du Centre de production multimédia de la gendarmerie nationale (CPMGN).
À l’issue, j’ai été affecté comme officier de renseignement criminel au sein de l’équipe anticorruption d’Interpol. J’ai alors travaillé sur les sujets de corruption et de dopage dans le sport. J’ai été amené à représenter Interpol dans de nombreux rendez-vous européens, ce qui m’a permis d’approfondir ma connaissance de la coopération internationale.
En 2021, j’ai rejoint l’Office central de lutte contre la délinquance itinérante (OCLDI) en tant que chef de la division en charge de la lutte contre la criminalité organisée. J’ai notamment coordonné une opération de démantèlement d’un réseau de « voleurs dans la loi », en lien avec trois pays et avec l’appui d’Europol. J’ai ensuite été promu chef de la division des opérations internationales.
Enfin, en 2023, j’ai été affecté en tant qu’adjoint gendarmerie au chef du Bureau de liaison (BDL) France d’Europol. Je suis également responsable du détachement gendarmerie au sein de cette agence.
Quelle est la composition du bureau de liaison France d’Europol ?
Le BDL dispose d’un effectif de quinze personnels. Il est commandé par un commissaire de police dont je suis l’adjoint gendarmerie. Le bureau comprend également sept policiers, quatre gendarmes, dont moi, deux personnels de la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) et un douanier. Le BDL est rattaché à la Direction nationale de la police judiciaire (DNPJ).
Quelles sont les missions du BDL ?
Le BDL assure deux missions majeures en représentant la France et en apportant son soutien aux unités nationales.
Europol est la seule agence de coopération qui dispose de 54 bureaux de liaison (300 agents environ) qui ne sont pas placés sous ses ordres mais qui relèvent de l’autorité des pays membres. Ainsi, par le biais du BDL, je suis chargé de porter la voix de la France, tant lorsque je m’adresse aux services d’Europol ou aux autres BDL, qu’auprès des autres institutions présentes à La Haye, notamment Eurojust. Je représente également la gendarmerie auprès de l’ambassade de France.
Nous apportons aussi notre aide aux unités nationales dans les domaines opérationnels, financiers et logistiques. Nous sommes destinataires des messages qu’elles adressent par le biais de Siena (messagerie sécurisée utilisée par les pays membres et partenaires afin de solliciter Europol, NDLR). Nous analysons les demandes et les orientons vers les services ou experts compétents de l’agence. Nous disposons en effet d’une parfaite maîtrise de son architecture et de son fonctionnement, ce qui constitue une aide précieuse pour les unités nationales. Nous apportons également un appui concret en organisant des opérations judiciaires coordonnées (Joint action day – JAD). Nous prenons en compte les dossiers, orientons les enquêteurs et les renforçons sur le terrain. Une permanence téléphonique est également assurée jour et nuit.
Concernant l’aspect financier, nous apportons notre maîtrise des fonds européens et notamment du programme EMPACT. Ce qu’il faut retenir, c’est qu’il n’y a pas d’enquête criminelle sans argent. En nous appuyant sur notre connaissance fine des montages financiers possibles, notre rôle est donc d’imaginer une stratégie financière européenne en parallèle de la stratégie d’enquête.
Enfin, nous assurons l’accueil des délégations. Notre rôle est de faciliter leur venue afin de leur permettre de s’approprier Europol, qui est la maison des enquêteurs européens.
Qu’est-ce qu’un bon officier de liaison selon vous ?
Quand j’ai été affecté à Interpol, mon chef allemand m’a expliqué qu’il y avait deux types d’officiers de liaison dans les agences de coopération. Il y a celui qui parle très bien anglais mais qui n’a pas fait beaucoup de terrain et l’officier de liaison plus opérationnel, qui a certes un niveau d’anglais moins élevé, mais qui maîtrise le jargon judiciaire. Il m’a dit que nous faisions partie de cette seconde catégorie et que dans le monde, ceux qui ont ce profil se reconnaissent. La confiance est plus simple à établir et il devient facile de travailler ensemble. Finalement, ce qui nous motive, c’est de faire vivre la coopération par des résultats opérationnels et concrets.
C’est ce type de profil qui m’intéresse quand je recrute un officier de liaison au BDL. Je m’assure que son niveau d’anglais soit correct et qu’il détienne un vocabulaire technique adapté.
Je recherche également deux qualités majeures : l’intérêt pour la police judiciaire, notamment pour la lutte contre la criminalité organisée, et l’intelligence situationnelle, qui permet de mettre autour d’une table des enquêteurs qui n’ont pas toujours la même vision, de les aider à travailler ensemble, à définir des objectifs, et d’aller au bout des investigations.
Comment les gendarmes sont-ils perçus au sein d’Europol ?
Les gendarmes français bénéficient d’une bonne réputation au sein de l’agence. Ils sont notamment appréciés en raison de leur statut militaire, de leur rigueur et de leur disponibilité, dans la mesure où Europol est une institution très hiérarchisée, ainsi que pour leur maîtrise du spectre infractionnel.
La gendarmerie a développé une expertise dans de nombreux domaines comparables à ceux traités par Europol. Par exemple en matière environnementale avec le Commandement pour l’environnement et la santé (CESAN) et l’Office central de lutte contre les atteintes à l'environnement et à la santé publique (OCLAESP), de fraudes et de traite des êtres humains avec l’Office central de lutte contre le travail illégal (OCLTI) ou encore d’atteintes aux biens avec l’Office central de lutte contre la délinquance itinérante (OCLDI). La gendarmerie est également particulièrement présente dans le domaine du cyber, avec des unités comme l’Unité nationale cyber (UNC) ou les Antennes du centre de lutte contre les criminalités numériques (C3N). Elle a été à l’origine de réussites majeures depuis l’affaire EncroChat, qui a été un dossier très important à Europol. Elle dispose aussi d’une véritable expertise en ce qui concerne le volet des enquêtes financières et économiques internationales, notamment en s’appuyant sur les divisions financières présentes au sein des Sections de recherches (S.R.).
La gendarmerie est également reconnue pour son esprit d’innovation. D’une part, l’agence dispose d’un laboratoire d’innovation au sein duquel est affecté un officier supérieur de gendarmerie, d’autre part, la gendarmerie a été récompensée par les Innovation Awards d’Europol au moins deux années de suite.
Enfin, je dirais que trois qualités sont communes aux gendarmes travaillant au sein d’Europol. Ils disposent d’une véritable expertise technique, ils se montrent déterminés et font preuve d’un véritable esprit de cohésion. Ils s’approprient Europol comme ils s’approprient la gendarmerie.
Comment est la vie aux Pays-Bas ?
Je suis arrivé aux Pays-Bas accompagné de ma femme et de mes deux enfants. Le cadre de vie est très agréable, notamment en raison de la proximité de la mer. Les Néerlandais sont très accueillants. Nos enfants peuvent suivre des parcours internationaux dans des universités de qualité. Cette affectation constitue une véritable opportunité à tous points de vue.
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