Dans le quotidien du GOS de Lille – Épisode 1

  • Par le capitaine Tristan Maysounave
  • Publié le 02 juillet 2025
Matériel photo utilisé par le GOS
© GEND/ SIRPAG/ MDC LAPOINTE

Implantés dans toute la France, les Groupes d’observation et de surveillance (GOS) de la Gendarmerie nationale luttent contre la criminalité organisée en mettant en œuvre des compétences techniques et tactiques complexes. Immersion à Lille, dans l’une de ces unités de l’ombre.

Les anciens bassins miniers défilent sur la droite. Au volant d’un véhicule banalisé, Gur, écouteur vissé à l’oreille, a pris en filature la voiture blanche se trouvant à quelques centaines de mètres devant lui. Se concentrant pour ne pas la perdre de vue, il décrit à haute voix tous ses mouvements afin d’orienter ses camarades répartis dans les autres véhicules. Ils connaissent ainsi sa position en temps réel et sont en mesure de pouvoir le relayer afin d’éviter qu’il ne soit décelé. Cette mission, qui peut durer plusieurs heures en fonction du comportement du conducteur, constitue le quotidien des équipiers du Groupe d’observation et de surveillance (GOS) de Lille qui luttent contre la criminalité organisée. Avec ses 1 200 000 habitants, la métropole de Lille connaît une délinquance importante et constitue un point de passage obligé de nombreux trafics, notamment de stupéfiants, en raison de sa proximité avec la Belgique.

Des missions minutieusement préparées

Équipier du GOS rentrant dans les locaux.
© GEND/ SIRPAG/ MDC LAPOINTE

Lundi, 09h00. La capitaine Léa, commandant le GOS, a rendez-vous avec les enquêteurs de la Section de recherches (S.R.) de Lille. Objectifs : faire un point sur les affaires en cours et débuter des investigations dans un nouveau dossier.
« Le GOS travaille en moyenne sur six ou sept affaires en même temps, détaille l’officier. Des réunions sont fréquemment organisées avec les unités enquêtrices afin d’envisager l’engagement du GOS dans un nouveau dossier, de réadapter les dispositifs de surveillance et d’échanger sur les évolutions et les résultats dans le cadre des procédures en cours. Le but de ces réunions est également de nous permettre de traduire en termes missionnels ce que peuvent demander les enquêteurs. »

Déterminer le bon niveau de subsidiarité

Les GOS n’initient pas de dossiers en propre. Ils doivent être saisis par des unités de recherches (Brigade de recherches – B.R. ou S.R.). Le rôle du commandant du GOS est alors d’évaluer la demande afin de déterminer la plus-value que peut apporter son unité dans le dossier et d’établir le bon niveau de subsidiarité. En effet, trois types d’unité peuvent être engagés en fonction de la complexité de l’affaire et du niveau de dangerosité des criminels : 
   • Cellules départementales d'observation et de surveillance (CDOS) : ont vocation à réaliser des missions d'observation surveillance nécessitant la mise en œuvre de techniques simples face à la petite et moyenne délinquance, au profit des groupements de gendarmerie départementale. 
   • GOS : à compétence régionale, à l’exception du GOS de l’Office central de lutte contre la délinquance itinérante (OCLDI) et du GOS de la Gendarmerie des transports aériens (GTA) qui disposent d’une compétence nationale, les GOS ont vocation à réaliser des missions d’observation surveillance pour lutter contre la criminalité organisée.
   • Force observation recherche (FOR) du Groupe d’intervention de la gendarmerie nationale (GIGN) : mène des missions d’observation surveillance face à la grande délinquance organisée et le banditisme, ainsi que dans des dossiers présentant des complexités techniques, une sensibilité particulière et/ou une notion d’arme.

Équipier préparant son matériel.
© GEND/ SIRPAG/ MDC LAPOINTE

Dans le même temps, les équipiers, aussi appelés GOSmen, s’affairent à préparer leurs matériels à « l’usine » (terme utilisé pour désigner les locaux de l’unité). Ils embarquent chacun un appareil photo et un caméscope.

« La preuve irréfutable, c’est l’image »

Le GOS dispose de nombreux appareils photo, de matériels vidéo, mais également de drones ou encore d’endoscopes. L’essentiel des prises de vue se fait en mode dégradé. « Il y a beaucoup d’attente dans notre spécialité et, parfois, on a une fenêtre de quelques secondes seulement pour réaliser le cliché, explique Nala, équipière au sein du GOS. La preuve irréfutable, c’est l’image. La technique est également capable de nous rapporter des preuves dans des endroits où nous ne pourrions pas nous rendre physiquement. Par exemple, l’utilisation d’un téléobjectif nous permet de matérialiser des échanges dont on ne pourrait pas se rapprocher. Il est nécessaire d’avoir une appétence pour la photo pour faire ce métier. Nous nous familiarisons ensuite avec le matériel lors de la formation initiale puis en le manipulant quotidiennement lors de nos missions en unité. »

Matériel photo utilisé par le GOS
© GEND/ SIRPAG/ MDC LAPOINTE

À son retour de réunion, la capitaine Léa réunit les équipiers devant le tableau fixé à l’un des murs de l’open space afin de présenter la première mission du jour. « Chaque mission commence par un briefing et se termine par un débriefing, précise l’officier. Ce procédé nous permet de nous remémorer l’environnement du dossier. »

Briefing avant un début de mission.
© GEND/ SIRPAG/ MDC LAPOINTE

La journée va commencer par la « dépose » d’une balise (terme utilisé dans le jargon des GOS pour désigner l’action consistant à récupérer une balise fixée sur un véhicule). Celle-ci avait été posée par les équipiers du GOS sur le véhicule d’une target (terme signifiant cible en anglais et utilisé pour désigner le mis en cause suivi) suspectée d’homicide.

Le langage de l'équipier en GOS

Les équipiers en GOS utilisent un vocabulaire très fourni appris dès la formation initiale. Outre le fait qu’il devient plus difficile de saisir le sens des échanges dans le cas où une personne mal intentionnée les intercepterait, ce lexique participe surtout à fluidifier et à clarifier les communications et à garantir l’interopérabilité des équipiers et des unités dans la mesure où il est commun à l’ensemble des unités d’observation surveillance mais également aux unités recherches. Ce vocabulaire leur permet ainsi d’opérer ensemble lorsqu’elles travaillent sur un même dossier ou qu’elles se relaient (par exemple dans le cadre d’un go fast traversant le territoire métropolitain).

L’affaire étant clôturée, le matériel peut être récupéré. À l’aide d’une cartographie, Léa présente l’endroit où l’opération va se dérouler ainsi que les contraintes du terrain. Elle fixe les missions à ses équipiers et les répartit au sein des différentes voitures de l’unité. Les GOS ont besoin d’un parc important de véhicules afin d’éviter d’être décelés par les malfaiteurs lors de leurs filatures et de leurs surveillances. Lorsque les équipiers estiment qu’une de leurs voitures est « grillée » (c’est-à-dire potentiellement repérée par la ou les targets), ils décident de ne plus l’utiliser dans le cadre du dossier concerné.

En communication constante, les équipiers quittent « l’usine » et s’engagent dans la mission. (à suivre…).


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