Chrystel Floriot, peintre de la gendarmerie aux multiples facettes

  • Par Antoine Faure
  • Publié le 11 février 2026
© GEND/SIRPA/BRI G. PIGOT

Peintre, sculptrice, graffeuse, juriste, professeure de danse… Chrystel Floriot aime brouiller les pistes et changer de direction. Rencontre avec une artiste protéiforme, qui a reçu en août 2025 l’agrément de Peintre des Armées - Gendarmerie, et exposera certaines de ses œuvres au Grand palais, du 13 au 15 février 2026, lors du salon Art Capital.

La grande maison moderne située sur l’Île Saint-Germain, à Issy-les-Moulineaux, a des allures de musée. Dans chaque pièce, on peut découvrir des œuvres qui témoignent de l’évolution de l’artiste qui habite les lieux, des différentes directions qu’elle a prises tout au long d’un parcours de vie qui l’a emmenée dans des contrées lointaines, de la Malaisie à l’Indonésie, pour finalement revenir vivre près de la ville de Meudon, où elle a grandi. Chrystel Floriot avoue pourtant ne pas raffoler être enfermée dans les musées, probablement parce qu’elle en a trop visité lorsqu’elle était étudiante en histoire de l’art. « Ce n’est pas là que j’y trouve mon inspiration, mais plus dans la vie de tous les jours, dans la rue, sur les murs... Assez vite, j’ai envie d’en sortir pour me recentrer sur mes idées, afin de créer un style innovant qui ne soit pas encore dans les musées ! »

Juriste dans le cadre, artiste hors cadre

Adolescente, elle passe beaucoup de temps avec son grand-père dans les salles de ventes aux enchères et se passionne pour les objets anciens. Elle envisage alors devenir commissaire-priseur et entame un double cursus en droit et histoire de l’art à l’École du Louvre. Le droit prendra finalement le dessus puisqu’après un DESS, elle devient juriste d’entreprise au sein d’Axa, sans jamais cesser de peindre, de sculpter. « De par mon parcours, j’ai la chance de pouvoir osciller entre deux univers, celui de juriste qui doit respecter un cadre, celui d’artiste qui a le loisir d’en sortir », décrit-elle. Cette sortie de cadre se constate tant dans ses œuvres, qui débordent souvent sur les côtés, que par les techniques et matériaux peu académiques qu'elle utilise.

Elle donne sa démission à la fin de l’année 2004 pour suivre son mari expatrié à Kuala-Lumpur, en Malaisie. « C’est là que j’inverse mon emploi du temps : artiste la semaine, juriste le week-end. » Appareil photo en main, elle part explorer ce nouveau pays à la recherche d’inspiration, collectant sur son chemin divers objets caractéristiques. « Une fois prête, je me suis lancée sur des grandes toiles aux châssis épais en les texturant puis en combinant mes diverses techniques et couches : collages, peintures, encres, graffiti, sérigraphie… » Elle peint toujours accompagnée d’un fond musical avec un calepin à portée de main, sur lequel elle écrit le poème que cela lui inspire, qui prendra place dans l’œuvre, tel un message codé. « J’aime l’idée qu’il y ait beaucoup d’éléments sur la toile pour en faire des BOAT (pour BOîte À Trésor, titre de l’ouvrage qu’elle réalise et publie en Indonésie, NDLR), et ainsi offrir plusieurs lectures à mon travail afin que chacun, quels que soient son âge et sa culture, y voit et ressente des choses différentes. »

© GEND/SIRPA/BRI G. PIGOT

En Malaisie, elle commence à se faire connaître, à gagner des prix, à exposer dans des galeries, mais la famille s’envole pour Djakarta, capitale de l’Indonésie. Nouvelle vie, nouvelles inspirations. Elle s’intéresse à l’art urbain et rejoint des groupes de graffeurs indonésiens avec qui elle graffe dans les rues, la nuit. Passionnée de danse, elle enseigne aussi le tango argentin et prolonge cette passion dans une série d’œuvres représentant des couples de tangueros vus du dessus. Toujours à la recherche de nouveaux horizons artistiques, elle s’intéresse alors à la superposition de trame métallique en récupérant les rebuts de grillage ayant servi à la construction de son poulailler. « Ma principale motivation, c’est d’abord de me surprendre, puis de partager mes découvertes pour susciter cette même surprise », résume-t-elle.

À son retour en France, en 2020, elle se spécialise dans cette technique novatrice. Elle fréquente alors davantage les magasins de bricolage que les enseignes de loisirs créatifs. « Partir de rouleaux de grillage comme unique matériau, ça semble plus simple ! Cependant, tout reste à faire ensuite. C’est le début d’un long process ingrat physiquement et moralement : dérouler, découper, superposer une douzaine de couches, souder, vérifier sans cesse le résultat en se plaçant en hauteur... » Chrystel porte sur ses bras les blessures de son art. Alors qu’elle cherche une trame plus agréable à travailler, elle tombe sur des lots de dentelle ayant appartenu à sa grand-mère couturière. Elle commence à utiliser ce nouveau matériau, liquide les derniers stocks des merceries parisiennes et du marché Saint-Pierre à Paris. « Inutile d’en chercher, il n’y en a plus, j’ai tout raflé ! », sourit-elle.

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Au nom du grand-père

C’est alors que la gendarmerie va faire son apparition dans sa vie. En 2025, elle expose pour la première fois au salon Art Capital au Grand Palais. Sur le petit stand qu’elle partage avec un ami artiste, le commandant Jean-François Nativité, chef du département de la valorisation du Service des archives et de la mémoire (SAME) de la Gendarmerie nationale, découvre son travail et lui parle du concours des Peintes des Armées - Gendarmerie, organisé quelques mois plus tard. « J’étais intriguée parce que mes œuvres étaient alors très éloignées du monde militaire, mais il se trouve que j’ai toujours rêvé d’être peintre des Armées ! Mon grand-père paternel était colonel dans l’armée de l’Air et aurait aimé que ses petit-enfants deviennent militaires. »

Elle décide de relever le challenge et cherche à comprendre les attentes de l’institution. Elle se rend plusieurs fois au Musée de la gendarmerie nationale, à Melun, suit des conférences sur différents thèmes, notamment une consacrée à la place des femmes en gendarmerie. « Mon univers et mon utilisation de la dentelle ayant une connotation très féminine, je suis partie dans cette direction, pour que cela ait du sens. »

Le 18 juin 2025, la Gendarmerie nationale organisait le deuxième concours des peintres des Armées de son histoire. Au terme d’une sélection exigeante, trois nouveaux artistes ont été retenus et sept ont vu leur agrément renouvelé. Ils sont peintres, plasticiens, sculpteurs, photographes ou encore artistes numériques. Chrystel fait partie des trois nouveaux venus, aux côtés de Redpaln Astolfi et de Sébastien Lefebvre, dit « Slaad ».

Le général de division Christophe Dubuis avec Chrystel Floriot.

© GEND/SIRPA/BRI G. PIGOT

« C’est un grand honneur pour moi, insiste-t-elle. Je suis profondément reconnaissante vis-à-vis des personnes qui ont cru en moi, m’ont permis de concourir et ont adhéré à mon style, apprécié mon art pourtant audacieux. Mon travail est le fruit d’une collaboration de la juriste et de l’artiste qui s’engagent à fournir des œuvres esthétiques et innovantes, dans le respect de ce nouveau cadre que je découvre ! Et, de là où il est, mon grand-père doit être fier de voir sa petite-fille peintre de la gendarmerie. »

Pour aller plus loin

Chrystel Floriot fera partie des 3 000 artistes qui exposeront leurs œuvres au Grand Palais, du 13 au 15 février 2026, lors du salon Art Capital.
Découvrez ses œuvres en visitant sa galerie. Insta : chrystel_floriot


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