OGED : trois ans d’engagement au service de l’égalité en gendarmerie
- Par le commandant Céline Morin
- Publié le 08 mars 2026
À l’occasion du 8 mars 2026, retour sur trois années d’action de l’Observatoire de la gendarmerie pour l’égalité et contre les discriminations (OGED). De la structuration interne à l’ouverture interministérielle avec le réseau Uniformixité, l’égalité s’affirme comme un levier stratégique de cohésion et d’efficacité opérationnelle.
À l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, ce dimanche 8 mars 2026, la Gendarmerie nationale met en lumière l’action de l’Observatoire de la gendarmerie pour l’égalité et contre les discriminations (OGED). Créé en 2023, cet outil d’analyse et de réflexion stratégique en matière d’égalité, de diversité et de lutte contre les discriminations s’est progressivement inscrit dans le paysage institutionnel comme un acteur au service de la cohésion interne, de l’attractivité de l’Arme et de l’amélioration des conditions d’exercice du métier de gendarme.
Cinq grands domaines d’action
L’idée d’un observatoire prend forme en 2021, à l’initiative du major général de la gendarmerie nationale de l’époque, le général de corps d’armée Bruno Jokers, dans le prolongement notamment des démarches de labellisation obtenues auprès de l’AFNOR. Après quasiment deux années de travail de préfiguration conduit au sein de l’Inspection générale de la gendarmerie nationale (IGGN), à laquelle l’OGED est rattaché pour en garantir l’indépendance, l’observatoire est officiellement créé le 1er février 2023.
Cette création s’inscrit ainsi dans une dynamique engagée depuis plusieurs années par la Gendarmerie nationale pour structurer et renforcer les actions visant à promouvoir l’égalité professionnelle, prévenir les discriminations et améliorer les conditions de travail. « La gendarmerie avait déjà mis en place de nombreuses actions en faveur de l’égalité et de la diversité. Mais il manquait un outil permettant de prendre du recul et d’évaluer les effets des politiques conduites dans ces domaines », explique le lieutenant-colonel Frédéric Bonte, secrétaire général de l’OGED. La mission confiée à l’Observatoire sera donc de dresser des états des lieux, d’en analyser les causes et, le cas échéant, de formuler des recommandations ou des pistes d’amélioration.
Un travail mené dans cinq domaines essentiels : l’égalité professionnelle, la lutte contre les discriminations et les violences, l’accompagnement social, la qualité de vie et les conditions de travail, ainsi que la mobilité sociale. L’OGED officie ainsi dans un périmètre bien plus large que la seule question de l’égalité entre les femmes et les hommes. « L’égalité est entendue au sens large : elle concerne l’ensemble des personnels et toutes les dimensions de la vie professionnelle », souligne le lieutenant-colonel Bonte.
Dans un contexte marqué par l’évolution du rapport au travail, les attentes croissantes des personnels et les enjeux d’attractivité et de fidélisation, cette démarche participe pleinement à la transformation de l’Institution. L’égalité apparaît ainsi comme un facteur de cohésion et de confiance internes, de performance collective et d’attractivité.
Des outils et des réseaux pour une approche plus analytique et globale
L’OGED repose sur une organisation resserrée qui s’articule autour d’un secrétariat général permanent, chargé d’animer les travaux de l’observatoire et de coordonner les contributions des différents services de la gendarmerie. « Le rôle du secrétariat général consiste à centraliser les données disponibles, à mettre en relation les différents acteurs concernés et à analyser les impacts des politiques mises en œuvre », précise le lieutenant-colonel Bonte.
L’observatoire est placé sous la présidence d’une personnalité extérieure à la gendarmerie, afin de garantir un regard indépendant. Cette fonction est aujourd’hui assurée par le haut fonctionnaire Richard Senghor1, nommé une première fois en mars 2023 puis renouvelé dans ses fonctions en 2025 par le Directeur général de la Gendarmerie nationale.
Deux autres instances participent également à son fonctionnement. Un comité exécutif, coprésidé par le major général et le président de l’Observatoire, réunit régulièrement les principales autorités de l’institution afin de piloter les travaux et d’en définir les priorités. Enfin, un comité technique rassemble les services contributeurs, notamment au sein de la direction des ressources humaines, chargés de fournir les données nécessaires aux analyses.
L’OGED travaille par ailleurs en complémentarité étroite avec les dispositifs déjà existants, comme le réseau égalité-diversité de la gendarmerie – qui fête cette année ses dix ans – ou encore la chaîne de concertation et les référents déontologues. « Ces réseaux constituent de véritables capteurs du terrain. Le rôle de l’OGED est complémentaire, il offre une approche plus analytique et globale », souligne le secrétaire général.
Des outils pour suivre les effets des politiques d’égalité
Durant ses deux premières années d’existence, l’OGED s’est attaché à structurer les outils nécessaires à l’analyse des politiques d’égalité. Un travail important a notamment été conduit sur la construction d’indicateurs et de tableaux de bord, en lien avec les services compétents de la direction des ressources humaines. Ces travaux ont notamment permis la mise en place d’un tableau de bord de la féminisation, qui constitue aujourd’hui une base de référence.
L’observatoire a également développé un baromètre de l’égalité en gendarmerie, accessible en ligne. Celui-ci rassemble différents indicateurs relatifs à l’égalité professionnelle, à la lutte contre les discriminations et les violences, à la qualité de vie et aux conditions de travail ou encore à la mobilité sociale. « Ce baromètre permet de rendre ces données accessibles, non seulement à l’institution, mais aussi au grand public. Cette transparence contribue à la diffusion d’une véritable culture de l’égalité », explique le lieutenant-colonel Bonte.
L’OGED a par ailleurs conduit plusieurs travaux d’analyse, parmi lesquels une première réflexion consacrée aux nouvelles générations en gendarmerie, réalisée dans le cadre du plan d’action 2021-2023. Un séminaire et un webinaire organisés entre 2024 et 2025 ont également permis de nourrir la réflexion collective sur ces enjeux, notamment autour des thèmes : « L’égalité professionnelle, levier de performance pour la gendarmerie ? » ou encore : « La gestion de la diversité générationnelle : la gendarmerie au défi des nouvelles générations ».
Uniformixité : un réseau entre corps en uniforme
Au-delà de son rôle d’observateur interne, l’OGED s’inscrit également dans une démarche d’ouverture vers d’autres administrations confrontées à des problématiques similaires. C’est dans cet esprit qu’a été créé, en avril 2025, à l’initiative de l’OGED, le réseau interministériel Uniformixité, qui rassemble les référents nationaux égalité diversité des principaux corps en uniforme de la fonction publique d’État : Gendarmerie nationale, Police nationale, Armées, Douanes, Sécurité civile et Administration pénitentiaire. « L’idée était de partager nos expériences et d’identifier des problématiques communes liées notamment à la féminisation de nos métiers, mais aussi à l’attractivité ou encore l’organisation du travail », explique le lieutenant-colonel Bonte. Au fil des échanges, plusieurs thématiques structurantes ont ainsi émergé : les violences sexistes et sexuelles, l’équilibre des temps de vie, les horaires atypiques, l’accès aux responsabilités pour les femmes, les enjeux de recrutement ou encore l’adaptation des équipements.
L’objectif est simple : partager les bonnes pratiques et s’inspirer des solutions mises en œuvre par les différentes institutions. Ainsi, sur la question des horaires atypiques, les Douanes ont pu s’appuyer sur des dispositifs existants au sein d’autres administrations pour adapter leurs propres pratiques.
L’adaptation des équipements : un enjeu concret pour les personnels
Parmi les axes de travail identifiés dans le cadre du réseau Uniformixité, la question de l’adaptation des équipements à la morphologie des personnels – et notamment des femmes – s’est rapidement imposée comme une priorité commune. Cette thématique revêt en effet une dimension à la fois opérationnelle et sécuritaire, tout en envoyant un signal fort de reconnaissance.
Pendant longtemps, certains équipements ont été conçus selon des standards essentiellement masculins. « Dans le passé, les femmes ont parfois porté les mêmes équipements que les hommes, ce qui pouvait poser des difficultés en termes de confort ou de sécurité », rappelle le lieutenant-colonel Bonte. Des progrès importants ont été réalisés ces dernières années, notamment avec la mise à disposition de gilets pare-balles adaptés à la morphologie féminine. Néanmoins, des marges d’amélioration subsistent. Les travaux menés actuellement visent ainsi à identifier plus précisément les besoins et à proposer des pistes d’évolution. Cette réflexion dépasse d’ailleurs la seule question de la féminisation : « L’objectif est d’adapter les équipements à la diversité des morphologies des personnels », précise l’officier. Dans ce cadre, l’OGED prépare des recommandations qui pourraient, à terme, se traduire par des évolutions concrètes pour les personnels.
L’OGED, « un investissement de long terme »
Trois ans après sa création, et une longue phase consacrée à sa structuration, l’Observatoire de la gendarmerie pour l’égalité et contre les discriminations entre désormais pleinement dans son cœur de mission, avec plusieurs études thématiques en cours, notamment sur la féminisation des postes à haute responsabilité ou encore sur la place des femmes dans la concertation. « L’observatoire est un investissement de long terme, rappelle le lieutenant-colonel Bonte. Il ne s’agit pas de transformer en quelques années des questions aussi profondes que celles de l’égalité, mais de construire progressivement des analyses solides pour accompagner l’évolution de l’institution. »
1Richard Senghor est, depuis 2025 et parallèlement, président du collège de déontologie du ministère de l’Intérieur.
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