La gendarmerie engagée dans la lutte contre les discriminations en interne

  • Par la capitaine Grondel Pénélope
  • Publié le 16 mai 2026
© D.R.

Dans le cadre de la journée internationale contre l’homophobie et la transphobie, le 17 mai, la gendarmerie rappelle son engagement de longue date dans la lutte contre les stéréotypes et toutes les formes de discrimination. Si cette lutte s’inscrit dans son devoir de protection de la population en général, la gendarmerie doit également éviter à ses militaires d’être exposés à toute forme de discrimination au sein de l’institution.

La Gendarmerie nationale est engagée dans une politique ambitieuse et structurée de lutte contre toutes les formes de discrimination en interne. Les actes et agissements de haine et de discrimination fondés sur l’identité de genre et l’orientation sexuelle constituent les LGBTphobies (envers les personnes lesbiennes, gays, bi et trans) qui ne sont pas tolérées au sein de l’institution.

La gendarmerie mise sur la prévention et l’accompagnement des personnels

La Gendarmerie a mis en place à compter de 2016 un réseau de Référents « égalité et diversité » (RED) de proximité. Tous volontaires, ces référents sont spécifiquement formés afin de conduire des actions de sensibilisation au profit des personnels civils et militaires en matière de lutte contre toutes les formes de discrimination.
 

Entretien avec la référente nationale égalité et diversité, la commandante Marie-Ange Detey

Le réseau RED, qu’est-ce que c’est ? 
Le réseau RED est composé de militaires volontaires qui s’engagent au quotidien pour faciliter le « mieux vivre ensemble ». Ils militent pour le bien-être au travail, et ne comptent pas leur temps. Ils sont souvent sollicités en dehors de leurs heures de travail. C’est un réel engagement.

 

Parlez-nous de l’évolution du réseau RED depuis sa création en 2016. 
En 2016, le réseau était composé de 100 référents (un par groupement) et d’un référent national. Initialement, ce dispositif ne devait pas s'inscrire dans la durée. Il accompagnait la déclinaison du premier plan d'action égalité professionnelle. En 2023, à la suite de la signature du plan d'action ministériel égalité professionnelle et diversité par le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin et la ministre déléguée à la Citoyenneté de l’époque Marlène Schiappa, le réseau va se redéfinir au plus près du terrain. Après la mise en place de deux référents par département, le réseau s'est étoffé avec l'ajout d’un référent par compagnie/escadron. Aujourd’hui, nous sommes environ 800 répartis sur le territoire métropolitain et en outre-mer. L’objectif est d’avoir un référent dans chaque unité de niveau intermédiaire, ce qui n’est pas toujours aisé avec le jeu des mutations régulières.

 

Quels sont les sujets les plus fréquents que vous avez à traiter en rapport avec la discrimination ? 
Le harcèlement moral et le harcèlement sexuel sont les sujets les plus fréquents. Dans un monde où l’individualisme est roi, on ne se parle plus et on ne voit plus les choses (signaux faibles). La distance sociale crée des problèmes d’incompréhension. Certains peuvent se sentir mis à l’écart tandis que d’autres ne perçoivent pas l’impact de leur comportement. Le tout accentué par les réseaux sociaux, où tout le monde dit ce qu’il pense, sans filtre, pouvant blesser des camarades. Autre point sur lequel j’insiste auprès des personnels : la rumeur tue. On ne se rend pas compte des conséquences des rumeurs lancées dans les unités, surtout chez les plus jeunes. Cela mène parfois à des drames.

 

Qu’est-ce que vous diriez à un gendarme qui hésite à s’engager dans le réseau RED ? 
Je lui dirais de venir voir ce qu’il s’y passe. Nos camarades ont peur d’entrer dans le réseau car ils ont des préjugés, des « a priori ». Souvent, ils ont peur de se voir coller l’étiquette de féministe ou LGBT. Il faut briser ces biais et venir nous rejoindre !

 

Vous quittez votre poste cet été. Quel est votre ressenti sur ces années passées en tant que référente nationale égalité et diversité ? 
Après cinq ans en tant que référente nationale, je pars avec le sentiment du devoir accompli. On m’a demandé de piloter et de faire grandir le dispositif, nous sommes passés de 300 à 800 en cinq ans. Je suis très fière de mon réseau et des militaires qui le composent. Ils sont curieux, plein de vie et très attachants. On a donné une autre vision du réseau, un réseau accessible. On a ouvert la parole et à tous les niveaux, et ça, c’est une victoire. On a mis notre pierre à l’édifice dans le « mieux vivre ensemble ». Au 1er juillet 2026, je quitterai ma fonction de référente nationale. Je souhaite à mon successeur de s’épanouir autant que ça a été le cas pour moi dans ce poste, et de continuer à faire évoluer et prospérer le réseau. 

Depuis mars 2014, une plate-forme de signalement et de traitement, appelée « StopDiscri », est également mise en place au sein de l’Inspection générale de la gendarmerie nationale (IGGN). Ce dispositif permet à tout personnel de la gendarmerie, civil ou militaire, s’estimant victime ou témoin de faits de harcèlement, de discrimination ou de violence, de les signaler directement à l’IGGN. Toutes les situations font l’objet d’une écoute et une réponse formelle est apportée. En 2024, 255 signalements et demandes de conseils ont été recensés sur la plateforme, soit une baisse de 14 % par rapport à 2023.

La gendarmerie multiplie par ailleurs les formations et les sensibilisations auprès des cadres et des gestionnaires des ressources humaines afin de renforcer la vigilance et la culture de l’égalité. L’Observatoire de la gendarmerie pour l’égalité et contre des discriminations (OGED), composante institutionnelle de lutte contre les discriminations, permet quant à lui un suivi statistique et la promotion de la diversité et de l’égalité professionnelle.


« Tolérance zéro » vis-à-vis des comportements discriminatoires

La prévention ne se suffit pas à elle-même. Pour lutter contre la réitération de comportements inappropriés, la gendarmerie se montre intraitable vis-à-vis des auteurs. Dès lors que des faits remontent à la hiérarchie, ils doivent être traités et sanctionnés systématiquement. Lorsque la gestion par voie hiérarchique est insuffisante, voire impossible au regard de la gravité ou de l’auteur des faits, l’enquête peut alors être confiée à l’IGGN ou même être transmise à la justice. Des condamnations fermes ainsi que des radiations ont déjà été prononcées par le passé pour des comportements relevant d’infractions fondées sur des discriminations.
Il existe 25 critères de discrimination énumérés à l’article L.225-1 du Code pénal, parmi lesquels, pour revenir à la thématique de la journée internationale du 17 mai, toute distinction opérée sur le fondement du sexe, de l’orientation sexuelle ou de l’identité de genre. Les gendarmes, comme tous  les citoyens, doivent respecter la loi en adoptant un comportement exemplaire exempt de toute discrimination. Ils bénéficient également du droit à un environnement de travail sain et à être protégés eux aussi face aux discriminations, et il appartient à la hiérarchie et aux organes de contrôle de s’en assurer.


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