Lutte contre les violences à l’égard des femmes : un colloque s’est tenu à l’hôtel de Beauvau
- Par Antoine Faure
- Publié le 27 novembre 2025
Mardi 25 novembre 2025, lors d’un colloque au ministère de l’Intérieur, la lieutenante-colonelle Clémentine Bord, référente nationale VIF (Violences intrafamiliales) et VSS (Violences sexuelles et sexistes), et le colonel Étienne Peltier, commandant en second de l’Office central de lutte contre les crimes contre l’humanité et les crimes de haine (OCLCH), ont évoqué la réponse opérationnelle de la gendarmerie pour lutter contre les violences à l’égard des femmes, qu’elles soient physiques, sexuelles, ou qu’elles prennent la forme de harcèlement en ligne, au sein notamment de la sphère masculiniste.
En 1999, en mémoire des sœurs Mirabal, engagées contre la dictature en République dominicaine, emprisonnées et torturées à la suite de leurs actes militants, la date du 25 novembre a été choisie par l’Organisation des Nations Unies (ONU) comme Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes, c’est-à-dire « tout acte de violence fondée sur le genre qui entraîne, ou est susceptible d’entraîner, un préjudice ou une souffrance physique, sexuelle ou psychologique pour les femmes, y compris la menace de tels actes, la contrainte ou la privation arbitraire de liberté, que ce soit dans la vie publique ou privée ».
Mardi 25 novembre 2025, dans la salle des fêtes de l’hôtel de Beauvau, se déroulait un colloque intitulé « Violences sexuelles et masculinismes : les nouveaux défis pour l’égalité et la sécurité publique », en présence notamment du Major général de la gendarmerie nationale (MGGN), le général de corps d’armée André Petillot, et du Directeur adjoint des ressources humaines de la gendarmerie nationale, le général de division Christophe Dubuis. Pour la ministre déléguée auprès du ministre de l’Intérieur, Marie-Pierre Vedrenne, qui a ouvert les débats, cette journée du 25 novembre est « un rappel, un signal, une alerte ».
« Les chiffres ne nous laissent aucun répit, a-t-elle indiqué. Ils disent l’inacceptable, malgré les moyens mis en œuvre. » La ministre déléguée a rappelé que les Forces de sécurité intérieure (FSI) étaient en première ligne et avaient une responsabilité immense. « Beaucoup de choses ont été mises en place depuis 2019, et nous protégeons mieux qu’il y a cinq ans », a-t-elle déclaré, avant de conclure : « Être une femme ne devrait jamais être un risque. »
Trois référents nationaux au sein des FSI
La première table ronde était destinée à présenter l’engagement du ministère de l’Intérieur, le bilan depuis le Grenelle des violences conjugales de 2019 et les pistes pour davantage d’efficacité. Les trois référents nationaux des FSI pour les Violences intrafamiliales (VIF) et les Violences sexuelles et sexistes (VSS) ont présenté les grandes lignes de l’action ministérielle : la commissaire Adeline Poletto pour la Préfecture de police de Paris, le commissaire Olivier Blondel pour la Police nationale, et la lieutenante-colonelle Clémentine Bord pour la Gendarmerie nationale. Ce rôle de référent est important, selon eux, pour avoir un suivi stratégique au-delà de l’activité opérationnelle, notamment de l’application des plans nationaux et internationaux.
La lieutenante-colonelle Clémentine Bord, nouvelle référente nationale pour mener la lutte contre les violences à l’égard des femmes
Depuis 1999, le 25 novembre a été choisi par l’Organisation des Nations unies pour être la Journée internationale pour l’élimination de la violence à...
Article
Le nombre de victimes prises en compte en 2024 par la police et la gendarmerie - 272 000 pour les violences conjugales et 122 000 pour les violences sexuelles - dessine un phénomène d’ampleur. Une étude nationale réalisée par la délégation aux victimes de la Direction nationale de la police judiciaire (DNPJ) a recensé 138 morts violentes au sein du couple en 2024, contre 119 en 2023. Cela correspond à un décès tous les trois jours environ. En ce qui concerne les violences sexuelles, le Service statistique ministériel de la sécurité intérieure (SSMSI) note une augmentation de 7 % en 2024 par rapport à 2023.
Pour faire face à ce défi, la lieutenante-colonelle Clémentine Bord a rappelé que les FSI avaient densifié la formation initiale de leurs personnels, avec des contenus qui englobent un certain nombre de thématiques, dont une dédiée à l’accueil, physique, par téléphone ou sur les plateformes numériques, avec également un focus sur l’écoute active, « afin d’encourager la libération de la parole sans interrompre la victime ». Elle a précisé que « la formation initiale ne suffisait pas » et que les gendarmes devaient « se former tout au long de leur carrière afin d’actualiser leurs connaissances sur une thématique en constante évolution ». Elle a également indiqué que tous les militaires en contact avec le public avaient reçu des formations et des sensibilisations afin de se maintenir à niveau sur les nouvelles formes de violences émergentes, « comme les violences économiques et financières ou le contrôle coercitif », de comprendre les mécanismes de psycho-traumas, « afin de ne pas être démuni face à une victime qui serait dans le déni », et de mettre à jour leurs connaissances en matière d’accompagnement. « La problématique des violences intrafamiliales n’est pas que judiciaire, a-t-elle souligné. Elle nécessite une approche globale avec un accompagnement social, médical, psychologique. L’enjeu pour les gendarmes et les policiers est aussi de pouvoir orienter les victimes vers les partenaires adaptés. » Dernier étage de ce dispositif de formation : la professionnalisation et la spécialisation avec des formations d’expertise, plus longues, qui permettent d’avoir des gendarmes qui soient « des relais en mesure de diffuser les bonnes pratiques, et d’apporter des solutions et des éclairages à leurs camarades ».
Concernant les pistes d’amélioration, la LCL Bord considère qu’il faut mettre l’accent sur « l’éducation des plus jeunes sur la manière de communiquer », sans tomber dans la violence verbale ou physique, mais aussi sur « la prise en charge des auteurs », pour leur faire prendre conscience de certaines réalités, comme le fait d’exercer sur sa conjointe un contrôle coercitif.
L’OCLCH face aux mouvements masculinistes
La seconde table ronde de cette journée était consacrée au phénomène émergent du masculinisme et son lien avec les violences à l’égard des femmes. Le général Jérôme Pichard, commandant de l’Office central de lutte contre les crimes contre l’humanité et les crimes de haine (OCLCH), a demandé à Alizéa-Maïwenn Ciftcisoy, cheffe analyste-documentaire au sein de cet office, de procéder à l’analyse de cette menace pour en décliner des options opérationnelles. Elle a donc étudié ces mouvements hostiles aux femmes, qui promeuvent des formes traditionnelles de pouvoir masculin en réponse aux revendications d’égalité et au féminisme, et qui connaissent une expansion rapide sur les réseaux sociaux. Sous couvert d’un discours traditionaliste, prônant le retour de la femme au foyer, ces contenus constituent un terreau fertile où la violence, banalisée, voire justifiée, prend racine.
Pour l’OCLCH, la répression contre le harcèlement inspiré par les thèses masculinistes est « un axe de travail majeur », comme l’a indiqué le colonel Étienne Peltier, commandant en second de l’office. « La première saisine de l’OCLCH sur le sujet du masculinisme date de 2022, a-t-il précisé. Ce type de dossier nécessite une analyse profonde et la connaissance par les enquêteurs d’un certain nombre de modes opératoires. Au sein de l’office, c’est la division de lutte contre les crimes de haine qui s’attache à identifier les idéologues de la sphère masculiniste. Huit enquêteurs travaillent d’initiative sur ces dossiers afin de pouvoir déterminer qui sont les individus qui sont les plus prolixes, capables de fédérer et d’être des doctrinaires, en se retranchant souvent derrière des notions de coaching ou de développement personnel. La méthodologie consiste donc à identifier cette population cible, à travailler sur le volet renseignement, en recourant à des sources humaines mais aussi en sources ouvertes, et de mettre en place des moyens d’investigation techniques, principalement par le biais d’enquêtes sous pseudonyme, pour s’approcher au plus près de ces individus. C’est une stratégie sur le long terme, sur des cibles à haute valeur ajoutée, à l’image de ce que fait la gendarmerie dans d’autres secteurs de la criminalité organisée. »
Ainsi, dans le monde physique comme virtuel, dans l’urgence comme sur le temps long, les gendarmes des brigades au contact de la population et les enquêteurs les plus aguerris luttent au quotidien contre toutes les violences à l’égard des femmes.
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