La lieutenante-colonelle Clémentine Bord, nouvelle référente nationale pour mener la lutte contre les violences à l’égard des femmes

  • Par Antoine Faure
  • Publié le 25 novembre 2025
© SIRPA-G / BRI Gautier PIGOT

Depuis 1999, le 25 novembre a été choisi par l’Organisation des Nations unies pour être la Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes. Pour mener cette lutte plus efficacement, la gendarmerie a décidé de nommer, depuis 2021, une référente nationale VIF (Violences intrafamiliales). La lieutenante-colonelle Clémentine Bord est la troisième militaire à remplir ce rôle. Elle en présente les contours.

Entrée à l’Académie militaire de la gendarmerie nationale (AMGN) en 2010, après des études de droit, la lieutenante-colonelle Clémentine Bord a  pris le commandement de la Communauté de brigades (Cob) de Saint-Jean-d’Angély, en Charente-Maritime, puis celui de la 1re compagnie d’instruction de l’École de gendarmerie de Tulle, avant de rejoindre la Compagnie de gendarmerie départementale (CGD) de Redon, en Ille-et-Vilaine, comme commandante en second, puis commandante en titre. Après l’obtention du brevet de l’Enseignement supérieur du deuxième degré (ES2), elle suit sa scolarité à l’Institut national du service public (INSP), à Strasbourg. Elle est ensuite affectée pendant deux ans comme chargée de mission auprès du conseiller Gendarmerie nationale au sein du cabinet du ministre de l’Intérieur. Elle a alors notamment dans son portefeuille la problématique de la lutte contre les Violences intrafamiliales (VIF). « À l’issue de ces deux années, il m’a été proposé de devenir référente nationale VIF pour la gendarmerie. Cette opportunité était pour moi une forme de continuité. Déjà, à Saint-Jean-d’Angély, avec des acteurs institutionnels et associatifs locaux, nous avions monté des partenariats importants. Je travaille depuis longtemps sur cette problématique. »

Le 25 novembre, Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes
En 1999, en mémoire des sœurs Mirabal, engagées contre la dictature en République dominicaine, emprisonnées et torturées à la suite de leurs actes militants, la date du 25 novembre a été choisie par l’Organisation des Nations Unies (ONU) comme Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes, c’est-à-dire « tout acte de violence fondée sur le genre qui entraîne, ou est susceptible d’entraîner, un préjudice ou une souffrance physique, sexuelle ou psychologique pour les femmes, y compris la menace de tels actes, la contrainte ou la privation arbitraire de liberté, que ce soit dans la vie publique ou privée ».

En 2024, 39 % des gardes à vue concernaient des VIF

Depuis l’été 2025, la LCL Bord est affectée au pôle stratégie du cabinet du DGGN. Elle est la troisième référente nationale VIF de la Gendarmerie nationale, après la LCL Dorothée Cloître et la colonelle Claire Boucher. Elle n’a pas que les VIF dans son portefeuille, bien que ce sujet occupe une grande partie de son temps. Les Violences sexuelles et sexistes (VSS) entrent également dans son champ d’action. « Je pense que la gendarmerie occupe une place essentielle dans la lutte contre toutes les violences à l’égard des femmes, notamment par sa couverture du territoire national, et cela m’intéressait d’apporter ma contribution à ce poste de référente, de porter la voix de la gendarmerie et de mettre en avant l’action de ses personnels sur le terrain », relève-t-elle.

Les gendarmes traitent depuis longtemps ces atteintes aux personnes, et du mieux possible. Dans la continuité et la dynamique du Grenelle des violences conjugales, lancé le 3 septembre 2019 par le Gouvernement, la gendarmerie a revu son organisation et la formation de ses personnels. D’abord en s’appuyant sur son maillage territorial, en créant 100 Maisons de protection des familles (MPF) sur tout le territoire, en métropole comme en outre-mer, en nommant des référents VIF au sein de chaque brigade ainsi qu’une référente nationale, puis en étoffant son offre de formation initiale, continue et d’expertise. En actionnant ces leviers, la gendarmerie a fait le choix d’une professionnalisation accrue de ses militaires dans ce domaine. Une nécessité quand on sait qu’en 2024, 39 % des gardes à vue prises en gendarmerie concernaient des VIF.

« Nous arrivons à la cinquième année pour les premiers gendarmes formés, poursuit la LCL Bord. Le recyclage de ces militaires va permettre de mettre à jour leurs connaissances. En effet, parallèlement à tout ce que la gendarmerie a mis en place, la législation a évolué avec un certain nombre de textes qui sont venus augmenter et améliorer l’arsenal. Je pense notamment à la loi du 30 juillet 2020 visant à protéger les victimes de violences conjugales, qui crée notamment une circonstance aggravante au harcèlement moral dans le couple lorsque celui-ci a conduit la victime à se suicider ou à tenter de se suicider. Ou encore à la loi du 6 novembre 2025 qui intègre le non-consentement de la victime dans la définition du viol et des autres agressions sexuelles. Enfin, un texte est actuellement en préparation au parlement sur le contrôle coercitif (terme qui désigne un continuum de violences, d’exploitation, d'humiliation et de manipulation exercées de façon répétée par son auteur dans le but d'établir et de maintenir une domination sur sa victime et de la priver de façon continue de ses droits, NDLR). Les armes sont en train de changer et les gendarmes doivent donc se les approprier. »

Qu’entend-on par Violences intrafamiliales ?

Le terme de violences intrafamiliales englobe non seulement les violences conjugales, mais plus généralement toute forme de violences commises par une personne ayant un lien de famille au sens large avec la victime (conjoint, ex-conjoint, père, mère, fille, fils, oncle, tante, etc.), que cette personne réside ou non avec la victime. Elles peuvent prendre la forme de violences verbales, physiques, psychologiques, économiques ou sexuelles.

« Nous avons besoin de l’engagement de tous »

L’autre aspect essentiel de la prise en compte des victimes réside dans leur accompagnement au niveau médical, social et juridique. « La gendarmerie a un rôle important aussi pour orienter les victimes vers les bonnes structures, leur permettre de franchir le cap de la séparation, de s’engager dans une procédure judiciaire, et prendre en compte aussi les enfants qui ont le statut de co-victimes des violences, estime la lieutenante-colonelle. Elle s’appuie pour cela sur un réseau de 280 intervenants sociaux, dont 195 exclusivement gendarmerie et 85 mixtes police et gendarmerie. C’est aussi le rôle des référents au sein des brigades d’animer et d’enrichir ce réseau partenarial. Il y a également un travail interministériel très important à poursuivre, notamment avec la Mission interministérielle pour la protection des femmes contre les violences et la lutte contre la traite des êtres humains (MIPROF) et le ministère de la Justice. Ce sera aussi ma mission, en tant que référente nationale, de présenter et de défendre auprès des instances une position de la gendarmerie qui soit utile aux militaires des unités opérationnelles. »

Dans tous les territoires, en métropole comme en outre-mer, des gendarmes s’engagent résolument dans cette lutte contre les VIF et les VSS. « Ils font preuve de beaucoup d’imagination pour adapter les dispositifs aux besoins locaux. Mon rôle sera aussi de les mettre en avant, de les valoriser, afin que les bonnes pratiques se diffusent. Mais tout ne repose pas sur les forces de sécurité intérieure, conclut la LCL Bord. C’est bien la mobilisation de tous les acteurs étatiques, comme des collectivités locales et des partenaires associatifs qui permet d’appréhender plus efficacement l’ensemble des dimensions de chaque situation de violence intrafamiliale. »


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