La gendarmerie de l’Aisne inaugure deux équipements pour monter en puissance dans la lutte contre les violences intrafamiliales

  • Par Antoine Faure
  • Publié le 10 mars 2025
Audition fictive d'un mineur dans la salle Mélanie (avec la plaque de l'inauguration à droite de l'image).
© GEND/SIRPA/BRC A. MARCÉ

Jeudi 6 mars 2025, le Groupement de gendarmerie départementale (GGD) de l’Aisne a inauguré une salle d’audition Mélanie, dédiée aux auditions de mineurs victimes, au sein de la compagnie de gendarmerie départementale de Château-Thierry-Nogentel, puis une Zone de rencontre neutre (ZRN) devant le GGD, à Laon. Deux exemples concrets de la montée en puissance de la gendarmerie pour lutter contre les violences intrafamiliales, dans un département où cette problématique est particulièrement forte.

La montée en puissance de la Gendarmerie nationale dans la prise en compte des faits de Violences intrafamiliales (VIF), mise en œuvre depuis plusieurs années, s’appuie sur des personnels formés ou sensibilisés à ces questions, parfois au sein de structures dédiées, et sur des outils facilitant leur travail. Ce jeudi 6 mars 2025, ce sont précisément deux de ces outils qui ont été inaugurés dans le département de l’Aisne : une salle d’audition Mélanie, dédiée aux auditions de mineurs victimes, au sein de la Compagnie de gendarmerie départementale (CGD) de Château-Thierry-Nogentel ; et une Zone de rencontre neutre (ZRN) devant le Groupement de gendarmerie départementale (GGD) de l’Aisne, à Laon.

« Lorsque je suis arrivé à la tête du groupement, le 1er août 2023, j’ai constaté que la problématique VIF constituait un vrai enjeu sur ce territoire, explique le colonel Stéphane Aurousseau, commandant du GGD de l’Aisne. Nous avons d’ailleurs connu une augmentation de 15 % du nombre de victimes prises en charge entre 2023 et 2024, soit plus de 1 700 personnes. Les VIF représentent une intervention toutes les 4 h 30 environ, et ont concerné près d’une garde à vue sur trois en 2024. J’estimais qu’il y avait besoin de mieux structurer la chaîne de traitement de ces violences, avec davantage de moyens mis à disposition des enquêteurs. Concernant les structures, nous avons développé, depuis janvier 2025, le dispositif des Cellules de lutte contre les atteintes aux personnes (CLAP), éprouvé depuis janvier 2018 dans la Somme. Elles sont armées par des enquêteurs volontaires issus des unités de la compagnie, et ont pour mission de traiter l’ensemble des agressions sexuelles, ainsi qu’une partie des VIF. Deux CLAP ont ainsi été créées, à Vervins et à Laon. L’objectif, à terme, est d’en avoir une dans chaque compagnie du GGD, qui en compte cinq. »

Le colonel Aurousseau a également souhaité une montée en puissance de la Maison de la prévention et de la protection des familles (MPPF) du département, afin qu’elle soit en capacité de remplir des missions d’appui judiciaire aux unités territoriales et aux CLAP, en assurant des auditions de mineurs victimes.

« Un recueil de la parole qui soit immédiat pour pouvoir lancer des investigations »

Des structures renforcées donc, mais aussi des outils nouveaux mis à disposition des enquêteurs. Ainsi, jeudi 6 mars 2025, a été inaugurée par Fanny Anor, préfète de l’Aisne, une salle d’audition Mélanie dédiée aux auditions de mineurs victimes, au sein de la CGD de Château-Thierry-Nogentel, en présence notamment du colonel Aurousseau, de la colonelle Claire Boucher, référente nationale VIF de la gendarmerie, et de deux représentantes de l’association Soroptimist, ONG accréditée à l’ONU qui a financé l’acquisition du mobilier nécessaire à un accueil chaleureux des victimes.

Echanges dans la salle Mélanie entre, de gauche à droite : le sous-préfet de Château-Thierry, Stéphane Paccard, la colonelle Claire Boucher, référente nationale VIF de la gendarmerie, la préfète de l’Aisne, Fanny Anor, le colonel Stéphane Aurousseau, commandant du GGD de l'Aisne, les représentantes de l’association Soroptimist et le lieutenant-colonel Sébastien Letellier, officier adjoint commandement et prévention du GGD de l'Aisne.

De gauche à droite : le sous-préfet de Château-Thierry, Stéphane Paccard, la colonelle Claire Boucher, référente nationale VIF de la gendarmerie, la préfète de l’Aisne, Fanny Anor, le colonel Stéphane Aurousseau, commandant du GGD de l'Aisne, les représentantes de l’association Soroptimist, et le lieutenant-colonel Sébastien Letellier, officier adjoint commandement et prévention du GGD de l'Aisne.

© GEND/SIRPA/BRC A. MARCÉ

« Cela va nous permettre de disposer d’un lieu de recueil de la parole des mineurs qui se situe au plus proche de nos enquêteurs », estime le chef d’escadron (CEN) Karl Hamelet, qui commande la compagnie. Jusqu’ici, les auditions se déroulaient dans des salles AMIV (audition mineur victime) des centres hospitaliers de Soissons et de Reims. « Mais la plus proche se trouve à 50 minutes de route, ce qui imposait des allers-retours, poursuit le commandant de compagnie. Et cela nous obligeait aussi à une prise de rendez-vous, en présence d’un médecin, d’un psychologue, d’un gynécologue. Des professionnels qui sont rarement disponibles au même moment. Or, il faut que le recueil de la parole soit immédiat pour pouvoir lancer des investigations tout de suite. C’est le point de départ de l’enquête, et il n’est pas forcément nécessaire de procéder à un examen médical à ce stade, car on est rarement dans le temps de la flagrance dans ces affaires. »

 

Au sein de la compagnie de Château-Thierry-Nogentel, deux enquêteurs ont suivi une formation spécifique « Auditions Mélanie », au Centre national de formation à la police judiciaire (CNFPJ) de Rosny-sous-Bois, et cinq autres ont été sensibilisés, qui peuvent donc aussi procéder à des auditions sur autorisation du procureur de la République. Les mineurs seront donc désormais reçus dans cette salle plus propice, moins impressionnante, tandis que simultanément, dans une pièce attenante, un autre enquêteur suivra sur écran l’enregistrement vidéo, ce qui permet d’analyser la gestuelle de la victime et d’interagir avec le gendarme en salle, pour éventuellement rebondir sur telle ou telle réponse, toujours dans l’optique de libérer la parole.

« C’est un moyen de proximité qui va offrir davantage de souplesse aux enquêteurs, considère le colonel Aurousseau. Nous allons prochainement en créer deux autres, une à Vervins et une à Laon, dans les locaux de la MPPF, afin de bien couvrir le territoire. »

Gendarme de dos visionnant une audition dans la salle Mélanie
© GEND/SIRPA/BRC A. MARCÉ

« Un écosystème qui repose sur un continuum d’actions »

Autre inauguration ce jeudi 6 mars : une Zone de rencontre neutre (ZRN) située à Laon, devant le GGD de l’Aisne. Il s’agit de la seconde dans le département, après celle inaugurée à Vervins en novembre 2024. D’autres suivront au cours des prochains mois. Le principe de ces ZRN est d’offrir un espace sécurisé pour les couples séparés ou divorcés, notamment au moment du « passage de bras » des enfants en garde alternée, avec la présence dissuasive d’une caméra de vidéoprotection et d’un bouton d’alerte.

 

Cette inauguration s’est déroulée en présence notamment du maire de Laon, Éric Delhaye - la municipalité ayant pris en charge le marquage au sol et la fabrication du panneau -, du secrétaire général de la préfecture de l’Aisne, sous-préfet de Laon, Alain Ngouoto, du colonel Aurousseau, de la colonelle Claire Boucher, et du procureur de la République de Laon, Guillaume Donnadieu. « Je suis le témoin quotidien des initiatives pertinentes prises par la Gendarmerie nationale, a indiqué ce dernier. Au-delà de la répression, se pose la question de la prévention. Au sein de l’autorité judiciaire, nous essayons d’objectiver les situations les plus dangereuses, qui contribuent à engendrer des violences au sein du couple. Le moment de la rupture en est un, bien sûr, mais le « passage de bras » des enfants également, puisqu’un certain nombre de féminicides, et cela est parfaitement documenté et objectivé, ont lieu à cette occasion. »

Avec ces équipements et ces structures renforcées au sein de la gendarmerie, c’est donc, comme le résume le commandant du GGD, « tout un écosystème qui est développé et qui repose sur un continuum d’actions allant de la prévention primaire à la prévention de la récidive, en passant par l’accompagnement des victimes et la répression ».

Inauguration de la Zone de rencontre neutre devant le GGD de l'Aisne.

Inauguration de la Zone de rencontre neutre (ZRN) devant le GGD de l'Aisne par le colonel Stéphane Aurousseau, commandant du GGD, le maire de Laon, Éric Delhaye, le secrétaire général de la préfecture de l’Aisne, sous-préfet de Laon, Alain Ngouoto, et le procureur de la République de Laon, Guillaume Donnadieu.

© GEND/SIRPA/BRC A. MARCÉ

À noter

L’écosystème développé dans l’Aisne s’appuie sur celui conceptualisé en 2021 en Charente-Maritime par le lieutenant-colonel Sébastien Letellier, alors officier adjoint prévention du GGD de Charente-Maritime et aujourd’hui officier adjoint commandement et prévention du GGD de l’Aisne.


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