Cérémonie de sortie de la promotion « Ceux de Stonne » et baptême de la 131e promotion de l’AMGN

  • Par le capitaine Tristan Maysounave
  • Publié le 28 juin 2025
Le ministre de l'Intérieur et les autorités militaires lors de la revue des troupes.
© GEND/ SIRPAG/ ADC.BOURDEAU

Le vendredi 27 juin 2025, une cérémonie s’est tenue à l’Académie militaire de la gendarmerie nationale (AMGN), située à Melun. Celle-ci a marqué la fin de scolarité de la promotion « Ceux de Stonne » et le baptême de la 131e promotion des officiers de la Gendarmerie nationale.

C’est un moment solennel pour tout officier qui s’est déroulé ce vendredi 27 juin 2025. La promotion « Ceux de Stonne » et la 131e promotion des officiers de la Gendarmerie nationale étaient réunies sur la place d’arme de l’Académie militaire de la gendarmerie nationale (AMGN), à l’occasion de la cérémonie de fin de scolarité de la première et de baptême de promotion de la seconde. Celle-ci était présidée par le ministre de l’Intérieur, Bruno Retailleau, en présence du général d’armée Hubert Bonneau, Directeur général de la gendarmerie nationale (DGGN), du général de corps d’armée Laurent Bitouzet, Commandant des écoles de la gendarmerie nationale (CEGN) et du général de division Frantz Tavart, commandant l’AMGN. 

Les autorités scandant la Marseillaise.
© GEND/ SIRPAG/ ADC.BOURDEAU

Sur les rangs étaient également présents la Musique de la gendarmerie mobile, un détachement du Groupement blindé de gendarmerie mobile (GBGM), les élèves-officiers du troisième groupement de l’AMGN et des délégations des Écoles d’officiers et leurs cadres de l’Espagne, de l’Italie ou encore du Sénégal.

Le ministre s'adressant aux promotions.
© GEND/ SIRPAG/ ADC.BOURDEAU

Après la traditionnelle revue des troupes, la cérémonie a été marquée par une remise de décorations. La 131e promotion a ensuite été baptisée du nom de « Capitaine Maurice Keller », avant de se voir remettre le drapeau de l’AMGN. S’en est suivie une allocution du ministre de l’Intérieur. La cérémonie s’est terminée par un carrousel des motocyclistes du Centre national de formation à la sécurité routière (CNFSR) et par le défilé de la promotion « Ceux de Stonne » ; leur départ de la place d’armes symbolisant ainsi officiellement la fin de leur scolarité.

Carrousel de motocyclistes
© GEND/ SIRPAG/ ADC.BOURDEAU

Les 212 officiers-élèves de la promotion « Ceux de Stonne » prendront dès cet été le commandement d'unités élémentaires de gendarmerie, selon la dominante qu'ils ont choisie (sécurité publique générale, maintien de l'ordre, police judiciaire et sécurité routière). Les officiers du corps technique et administratif quant à eux, prendront la tête de services de soutien au sein de différents état-majors.

Concernant les 172 élèves-officiers composant la promotion fraîchement baptisée, ils seront rejoints cet été par 20 lieutenants issus des autres grandes académies militaires, 10 capitaines des Armées, et 16 officiers étrangers.

Au sein de ces deux promotions, 45 élèves sont issus de 19 pays amis de la France, principalement d'Afrique et d'Europe, et suivent ici une formation s’étalant sur une ou deux années.

Les promotions rassemblées sur la place d'arme de l'AMGN.
© GEND/ SIRPAG/ ADC.BOURDEAU

Le capitaine Maurice Keller, résistant et source d’inspiration pour les nouvelles générations

Le capitaine Maurice Keller est né le 10 septembre 1905 à Epfig (Bas-Rhin). Il effectue son service militaire en 1934, au 25e Régiment de tirailleurs algérien, dont il sort avec le grade de lieutenant de réserve. Il intègre alors la gendarmerie en tant qu’officier de réserve.
En 1937, après avoir fait partie de la réserve de la gendarmerie, Maurice Keller s’engage en tant que militaire d’active, et obtient le grade de maréchal des logis chef. Par la suite, il devient officier après une année de formation à l’école d’application de Versailles, et est promu lieutenant en 1939. À l’issue de sa formation d’officier, il sert à Chartres en 1939, puis dans le Cher à Saint-Amand-Montrond en 1940. Il est muté en 1941 à Lapalisse dans l’Allier avant de rejoindre la section de recherche de Vichy. Il finira par rejoindre la Légion de gendarmerie de Gascogne, où il prendra la tête de la compagnie de gendarmerie de Saint-Girons en novembre 1942.
Rappelons qu’à cette époque la pression allemande est constante. Face à un pays divisé entre obéissance servile, attentisme et résistance patriotique, le capitaine Keller choisit son camp, celui de la Résistance. À peine arrivé dans le Couserans, il participe déjà aux projets d’évasion du Prince Louis Napoléon et de Roger de Saivre, ancien directeur adjoint du cabinet civil du Maréchal Pétain. L’échec de ces tentatives ne le démoralise en rien puisqu’il continuera de tenir tête aux Allemands. Chef courageux, il aura à cœur de défendre ses hommes mais également les chefs de la résistance locale, réussissant à faire libérer ceux tombés entre les mains des nazis. Prenant une part active aux réseaux d’évasion, il va permettre le passage de jeunes gens recherchés dans le cadre du STO (Service du travail obligatoire) en Espagne, allant même jusqu’à utiliser son propre véhicule. Dans les derniers mois de l’Occupation, alors que l’ennemi s’efforce de briser les réseaux de la Résistance, le lieutenant Maurice Keller est arrêté le 10 juin 1944. Tout d’abord, incarcéré à la prison Saint-Michel de Toulouse, il est ensuite déporté par les autorités allemandes au camp de concentration de Buchenwald. Là, sous le matricule n° 69 298, il est affecté au kommando de Langenstein, l’un des plus redoutés du système concentrationnaire nazi. Il y est contraint de participer à la construction d’une usine d’aviation souterraine, dans des conditions d’une extrême brutalité. L’espérance de vie n’y étant que de six semaines, les deux tiers des travailleurs de ce kommando ne reviendront pas. Éprouvé par le travail forcé, affaibli par les privations, Maurice Keller succombe de ces mauvais traitements le 28 janvier 1945, à l’âge de 39 ans. Ses cendres reposent aujourd’hui au cimetière de Quedlinburg, aux côtés de ses compagnons de captivité, témoins silencieux de son sacrifice.
Les vertus de courage et d’abnégation, ainsi que les actions héroïques du lieutenant Keller, lui vaudront une reconnaissance à titre posthume, notamment par sa nomination au grade de capitaine, mais également à travers plusieurs décorations et citations. Ainsi lui seront décernées la Légion d’honneur au grade de chevalier, la croix de guerre 1939-1945 avec étoile d’argent, la médaille de la Résistance française et de la médaille de la déportation et de l’internement pour faits de résistance. Son dévouement sera également honoré par une citation à l’ordre de la Division datée du 6 novembre 1945. Il y est ainsi décrit comme un « Officier de Gendarmerie animé du plus pur patriotisme ».
Le choix du capitaine Keller comme parrain de promotion est l’opportunité de rendre hommage à un officier dont le parcours incarne les valeurs fondatrices de la gendarmerie : courage, devoir et engagement. Par son sens du sacrifice, son esprit de résistance et son attachement indéfectible à la France, il offre à chaque futur gendarme, un exemple d’intégrité, de commandement et de fidélité à la mission. Son héritage, forgé dans l’action et l’honneur, demeure une source d’inspiration légitime pour une génération d’officiers appelée à servir avec la même droiture.

© D.R.


 

 


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