Le CESAN et la MILDECA organisent le premier colloque international consacré à l’impact des drogues sur l’environnement
- Par Hélène THIN
- Publié le 17 décembre 2024

Un colloque international dédié à l’impact des drogues sur l’environnement s’est déroulé ce mardi 3 décembre 2024, à Paris. Organisé par le Commandement pour l’environnement et la santé (CESAN) de la Gendarmerie nationale et la Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives (MILDECA), cet événement a rassemblé de nombreux représentants d’institutions nationales et internationales, autour d’une thématique nouvelle, à l’heure où les préoccupations environnementales et climatiques se font de plus en plus pressantes.
« 84 millions de tonnes de dioxyde de carbone (CO2) sont émises chaque année par l’industrie du tabac à l’échelle mondiale, soit autant que 520 000 vols aller-retour Paris / New York. La fabrication d’un kilogramme d’amphétamine produit 20 à 30 kilogrammes de déchets toxiques. La production d’héroïne et de cocaïne nécessite quant à elle l’utilisation de substances chimiques, telles que l’acide sulfurique ou le kérosène, rejetées ensuite sans précaution dans les écosystèmes. »
Ces quelques données, communiquées par Valentine Fournier, déléguée de la Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives (MILDECA), lors de son discours introductif, illustrent à elles seules les conséquences multiples et dévastatrices des drogues sur l’environnement.
De la production à la consommation, en passant par la fabrication, la transformation et le transport, l’ensemble du cycle de vie des drogues génère un impact sous-évalué sur la planète.
S’il est établi que l’activité économique entraîne l’épuisement des ressources naturelles, notamment depuis la publication du « rapport Meadows » par le Club de Rome, en 1972, on omet souvent la part liée aux activités criminelles.
« La criminalité environnementale, qui englobe des activités très diverses, à l’instar du trafic de déchets, du trafic de bois, du trafic d’espèces protégées, de l’exploitation minière illégale, ou encore de la pêche illégale, est considérée comme la quatrième source de revenus criminels dans le monde », a ainsi souligné le général de corps d’armée Tony Mouchet, Directeur des opérations et de l’emploi (DOE) au sein de la Direction générale de la Gendarmerie nationale (DGGN), dans ses propos d’ouverture.
Quant à l’Europe, loin d’être épargnée, « elle est le premier producteur mondial de drogues de synthèse », a également indiqué le général de corps d’armée (2S) Jean-Philippe Lecouffe, directeur exécutif des opérations d’Europol.
De plus, « pendant longtemps, le trafic de produits stupéfiants n’a été abordé que par les prismes sécuritaire, social et sanitaire. C’est à partir du début des années 2000 qu’une réflexion s’est engagée sur les préjudices environnementaux, dans les pays les plus concernés », a rappelé le général de division Sylvain Noyau, commandant du CESAN (Commandement pour l’environnement et la santé).
Question à la fois complexe et majeure, recouvrant de forts enjeux géopolitiques, la prise en compte des atteintes environnementales liées aux drogues nécessite une approche interdisciplinaire et transnationale. C’est dans ce contexte que le 3 décembre 2024, à Paris, quelque 150 participants - experts, représentants d’institutions nationales et internationales (Commission européenne, Europol, Office national des Nations Unies contre la drogue et le crime, etc.), diplomates français et étrangers étaient réunis pour partager leurs expériences et définir ensemble les principaux axes d’action autour d’un sujet largement méconnu du grand public.
Une approche interdisciplinaire et internationale
« Ce colloque est une bonne occasion de faire se rencontrer, et travailler ensemble, sur une même thématique, des mondes que certains auraient tendance à opposer », a déclaré Claire Landais, secrétaire générale du Gouvernement, lors de cet événement ayant concrétisé l’ambition de mettre en présence de nombreux acteurs, issus d’horizons divers, afin d’échanger sur les expériences de chacun, tant à l’échelle nationale qu’internationale, mais aussi d’évoquer l’avancée de la recherche, ou encore de lancer une réflexion sur la prise en compte judiciaire des atteintes à l’environnement induites par les trafics de drogue.
Organisé autour de quatre tables rondes, ce colloque a ainsi permis aux différents intervenants (chercheurs, experts en sécurité publique et lutte contre la criminalité, professionnels du droit, spécialistes de la communication…) d’apporter un éclairage sur les grandes thématiques de cette journée : « Impact du cannabis et des drogues de synthèse sur l’environnement », « Données et expériences européennes et internationales en matière d’impacts environnementaux liés aux drogues », « Infractions environnementales dans les trafics et prise en compte des dommages causés », « Prévention et communication, des leviers favorisant les changements de comportement ».
Ces interventions ont permis de dresser un état des lieux précis et documenté de la situation en France et dans le monde. Les experts ont également mis en exergue, au travers de leurs interventions, les enjeux et impacts multiples liés au trafic de drogue.
Les résultats d’une recherche exploratoire sur l’impact environnemental du cannabis et des drogues de synthèse en France, commissionnée par la MILDECA et le CESAN, et réalisée par deux chercheurs français, ont également été présentés, en avant-première, aux 150 participants.
Autre point fondamental, celui de l’information et de la sensibilisation du grand public, notamment des consommateurs de drogue, aux fins d’impulser des changements de comportement. Aujourd’hui encore, les campagnes de sensibilisation sont essentiellement centrées sur les aspects sanitaires, sociaux et sécuritaires des drogues. « La production et l’utilisation des produits stupéfiants nécessitent d’importantes quantités de précurseurs chimiques, de produits phytosanitaires, d’énergie [...]. Les résidus de drogues sont présents dans les eaux usées [...]. Le consommateur doit savoir, doit comprendre, qu’il a sur ses mains un peu de sang des règlements de compte, mais aussi une responsabilité dans l’altération de notre planète », a ainsi estimé le général de corps d’armée Tony Mouchet.
Première victime de la drogue, la jeunesse doit aussi être l’objet d’actions de prévention ciblées.
L’engagement de la France et de la gendarmerie nationale
Fortement mobilisée depuis quelques années sur la thématique de l’impact des drogues sur l’environnement, la France œuvre afin que cette question soit dûment reconnue et prise en compte au sein des instances internationales. Inscrit dans la stratégie interministérielle de mobilisation contre les conduites addictives 2023-2027, ce thème a également donné lieu, depuis 2022, à des publications dédiées dans le Rapport mondial sur les drogues de l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (ONUDC), grâce à l’impulsion et au soutien de la MILDECA.
Tel que souligné par le général de division Sylvain Noyau, « si l’on parvient à traiter simultanément les trafics de stupéfiants avec les atteintes à l’environnement, on donnera aux juges la possibilité d’inclure dans les sanctions qui sont prononcées un volet réparation du préjudice environnemental. »
Le contrôleur général Christian de Rocquigny, chef adjoint de l’Office anti-stupéfiants (OFAST), a quant à lui précisé que le travail d’enquête environnementale représente un levier innovant au service du démantèlement des trafics de stupéfiants.
La gendarmerie nationale, pour sa part, est depuis très longtemps impliquée dans la sécurité environnementale et sanitaire. La formation des premiers enquêteurs spécialisés remonte ainsi à 1993. En 2004, l’Office central de lutte contre les atteintes à l’environnement et à la santé publique (OCLAESP) a vu le jour. Placée sous l’autorité du Directeur général de la gendarmerie nationale, cette unité interministérielle de police judiciaire lutte contre la criminalité organisée en matière d’’environnement et de santé publique. Entre 2020 et 2022, pas moins de dix détachements de l’OCLAESP ont été créés en métropole et en outre-mer, multipliant ainsi par deux les effectifs de cette unité.
En 2023, enfin, le Commandement pour l’environnement et la santé (CESAN) a été créé, avec pour mission d’animer, piloter et coordonner l’action de la gendarmerie nationale dans ses fonctions de sécurité environnementale et sanitaire. Le CESAN exerce ses responsabilités en coordination étroite avec les autres acteurs concernés, notamment certains ministères. Il possède une autorité fonctionnelle sur l’OCLAESP.
Prévention, développement de partenariats, accompagnement des élus, formation, innovation, renseignement, contrôle, police judiciaire, répression, mais aussi présence sur la scène internationale : le champ des missions et des compétences de la gendarmerie n’a cessé de s’étoffer au cours des dernières décennies, face au défi majeur que représente la criminalité environnementale.
« C’est ainsi que nous trouverons les voies et les moyens pour mieux se connecter, mieux traiter, mieux comprendre les flux et mieux appréhender les trafiquants qui vivent du narcobanditisme, et portent atteinte à l’environnement.[…] C’est collectivement que nous serons meilleurs », a déclaré le général de corps d’armée Tony Mouchet.
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