La Force sécurité protection (FSP) du GIGN ouvre ses portes aux journalistes à l’occasion du 14 juillet
- Par la capitaine Grondel Pénélope
- Publié le 12 juillet 2026
À l’occasion des célébrations du 14 juillet 2026, la Gendarmerie nationale, et plus précisément le GIGN, a ouvert ses portes à différents médias nationaux pour promouvoir leur travail, et pourquoi pas, faire naître des vocations parmi les téléspectateurs. Ce 5 mai 2026, la Force sécurité protection (FSP), l’une des composantes du GIGN, a accueilli des équipes de tournage de BFM TV et de M6 lors d’un exercice d’évacuation de diplomate. L’occasion pour le grand public de découvrir cette spécialité encore méconnue.
Il est 8 heures lorsque les journalistes, les militaires de la Force sécurité protection (FSP) et ceux du Service d'information et de relations publiques des armées – Gendarmerie (SIRPA-G) se retrouvent sur le site d’une usine désaffectée située en bord de Seine, au Val d’Hazey, dans l’Eure (27). Pendant que les responsables de la séquence échangent avec les équipes sur leurs contraintes et ce qu’il est possible de montrer ou non, les gendarmes de la FSP enfilent leurs cagoules et se préparent pour l’exercice. Bien intégrés dans la manœuvre, les journalistes ne louperont pas une miette du scénario, du briefing initial à l’évacuation du diplomate, suivie de la neutralisation d’un drone en vol. Le grand public pourra voir les militaires de la FSP à l’œuvre à la télévision le 14 juillet. En attendant, la rédaction de Gendinfo vous propose de découvrir cette force à travers le regard de son chef, le lieutenant-colonel Laurent.
Mon colonel, pouvez-vous présenter votre force et ses missions ?
La FSP représente l’un des trois métiers du GIGN aux côtés de l’intervention (force intervention – F.I.) et de l’acquisition du renseignement (force observation recherche - FOR). Le missionnel de la force que je commande est la protection des intérêts français à l’étranger, de nos ambassadeurs, nos diplomates dans les pays en crise ou en guerre. Nous réalisons également des missions de protection sur le territoire national, au profit d’autorités politiques ou militaires ou de délégations lors de grands événements politiques ou sportifs. Officiellement créée en 2007, au moment de la restructuration du GIGN en « GIGN 2.0 », cette spécialité existait déjà puisqu’elle est l’héritière de l’Escadron parachutiste d’intervention de la Gendarmerie nationale (EPIGN) qui œuvrait déjà dans les années 80 sur des missions comparables.
Pouvez-vous dresser un état des lieux de l’évolution de l’engagement de la force depuis votre entrée à la FSP il y a maintenant neuf ans ?
La FSP intervient principalement sur des théâtres étrangers en crise ou en guerre. Depuis mon arrivée au sein de la force, les engagements sont permanents et variés, mais on note toutefois une accélération et une multiplication des conflits. Leur intensité a également augmenté ces dernières années, avec l’entrée en guerre d’acteurs majeurs tels que les États-Unis et la Russie. Les moyens déployés sont bien plus conséquents que sur les théâtres de conflits régionaux que nous connaissions jusqu’alors. Aujourd’hui, la FSP est devenue l’outil de projection du ministère de l’Europe et des affaires étrangères (MEAE) dans les zones les plus instables du globe. Cette dernière année, elle a été déployée dans une dizaine de pays - de Haïti à l’Ukraine, en passant par le Moyen-Orient, le Proche-Orient et l’Afrique - pour des missions de protection ou d’audit/expertise.
Comment la FSP s’est-elle adaptée à cette augmentation des conflits ?
En 2021, sous l’impulsion du général Ghislain Réty, qui commandait alors le GIGN, la réforme du « GIGN 3.0 » a fait augmenter, mécaniquement, les effectifs du GIGN, avec l’intégration des antennes. Cela a permis à la FSP de pouvoir compter, en plus de ses 50 militaires organiquement affectés « en central », sur un vivier de 120 militaires qualifiés en Protection des hautes personnalités (PHP) répartis dans les sept antennes GIGN métropolitaines. Au total, le GIGN dispose donc de 170 militaires pour réaliser les missions de protection de plus en plus nombreuses qui sont confiées à l’unité. Auparavant, les Techniciens en escorte d’autorité et sécurisation de sites (TEASS), ancêtres des PHP, étaient affectés dans les escadrons de gendarmerie mobile. Le rattachement aux antennes a permis un recrutement et une formation plus complète, et donc une professionnalisation de ce vivier. À l’occasion de cette réforme, mon prédécesseur a également développé une véritable doctrine de la protection en gendarmerie, calquée sur la doctrine qui existe en matière d’intervention professionnelle et spécialisée. Désormais, il existe trois niveaux de protection : protection élémentaire, intermédiaire et spécialisée. Tout gendarme est en mesure de faire de la protection élémentaire en se basant sur le bon sens et le bagage d’intervention profesionnelle. La protection intermédiaire est réservée aux militaires qualifiés Protection intermédiaire sur le territoire national (PITN) et affectés dans des groupes de protection sur le territoire national, et aux PHP sur les missions à l’étranger. Enfin, la protection spécialisée commence au niveau PHP mais reste prise en compte exclusivement par les militaires de la FSP pour les engagements les plus dangereux ou complexes. Cette restructuration a apporté une grande complémentarité et une souplesse permettant d’adapter en permanence la ressource déployée (en quantité et en qualité) selon l’évolution de la menace sur les différents théâtres.
Cette augmentation des effectifs a également permis d’assumer plus de missions. Quand je suis arrivé à la FSP, nous étions environ 30 militaires. Depuis ces restructurations nous avons été jusqu’à 55 militaires au sein de la force, auxquels s’ajoute le vivier PHP. Cela a permis de limiter le sur-emploi que l’unité a pu connaître il y a quelques années, de se déployer sur davantage de théâtres opérationnels et, surtout, et c’est fondamental, de préserver du temps pour l’entraînement, la formation et le maintien à niveau des militaires sur leurs différentes qualifications (parachutisme, secourisme, NEDEX, nautisme, tir longue distance...). On est donc sur une force densifiée, disponible et très performante.
Les menaces rencontrées sur les théâtres de conflits ont-elles évolué ?
Déployés dans une dizaine de pays, nous faisons face à des menaces très différentes, qui vont des gangs en Haïti, avec des embuscades et des risques de prises à partie et d’enlèvement, au terrorisme au Sahel ou encore aux foules instrumentalisées par des pays étrangers, comme on a pu le voir au Burkina Faso ou encore au Niger il n’y a pas si longtemps, avec des attaques sur nos convois ou nos emprises.
Il y a toutefois une menace que l’on prend de plus en plus en compte ces dernières années, liée au conflit ukrainien et qui se développe aussi à travers le monde, c’est la menace 3D : la menace drone principalement. Il est important pour nous de connaître ce mode d’action et de s’entraîner à y faire face. On déploie également des contre-mesures au profit du MEAE pour protéger nos emprises et nos autorités face à cette menace. Nous n’avons pas tous les moyens pour lutter contre des drones de type Shahed ou des missiles balistiques, mais dans ce cadre-là il s’agit surtout d’effectuer un travail d’anticipation. Il est important d’être connectés à tous les services de renseignements et aux différents acteurs pour connaître presque en temps réel les risques et menaces encourus en vue de réaliser des mesures de mise en protection.
Pour des menaces de drones First person view (FPV) ou de type commercial, on travaille sur des contre-mesures en termes de détection, de brouillage et, in fine, de destruction par des moyens cinétiques allant jusqu’à des tirs par arme à feu avec des munitions développées spécifiquement pour ça. L’enjeu est également de protéger les autorités et les intérêts français face aux menaces informationnelles en développant des capacités de contre-filature et de dépoussiérage. S’il est essentiel de ne pas louper le train des nouvelles technologies pour faire face aux nouvelles menaces, il convient tout de même de continuer à être vigilants sur les menaces plus classiques, car à ce stade elles demeurent toujours prééminentes sur les théâtres où l’on s’engage.
Que retenez-vous de ces neuf années, dont trois à la tête de la FSP ?
Deux choses m’auront particulièrement marqué durant ces neuf ans. Tout d’abord le nombre et la diversité des missions. J’ai été engagé dans de nombreux de pays, du Vénézuela à l’Ukraine en passant par l’Afrique et le Moyen-Orient. J’ai eu la chance de coordonner des dispositifs de protection sur des événements tels que la coupe du Monde de rugby en 2023 et les Jeux olympiques
en 2024. J’ai vécu des missions très engagées, très exigeantes. C’est extraordinaire d’être confronté à des situations de crise où on voit vraiment que tout ce que l’on acquiert lors de la formation initiale cumulé avec l’expérience crée une véritable expertise que l’on met au profit des autorités qui nous emploient. J’ai particulièrement apprécié de travailler en permanence en interministériel, que ce soit sur le territoire national ou à l’étranger. C’est une véritable spécificité de la FSP, une vraie richesse.
La seconde chose que je retiendrai, c’est le côté humain. Le sentiment de travailler avec les meilleurs. Du fait du processus de sélection et de formation, on travaille avec des militaires extraordinaires et passionnés, c’est très enrichissant. On sort grandit des compétences de chacun.
J’ai vécu neuf années très intenses au sein de la FSP, j’y ai grandi et m’y suis épanoui professionnellement. C’est avec déjà beaucoup de nostalgie que je m’apprête à quitter la force cet été pour intégrer l’École de guerre et par la suite commander une compagnie de gendarmerie départementale. C’est aussi ça la force des parcours officiers en gendarmerie : vivre l’extraordinaire dans une unité d’élite, puis revenir à un poste plus « ordinaire » ancré sur le territoire national.
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