Ski alpinisme : le PGHM de Savoie au cœur de la sécurisation de la Pierra Menta depuis 40 ans

  • Par le commandant Céline Morin
  • Publié le 16 mars 2026
© GEND/SIRPA/MAJOR F. BOURDEAU

Tandis que la saison des sports d’hiver se poursuit, drainant de nombreux touristes sur les massifs, notamment alpins, la Savoie a accueilli la même semaine, et sur plusieurs jours, trois événements sportifs d’ampleur internationale : la Coupe du monde de ski alpin, à Courchevel, le Freeride World Qualifier, à la Rosière, et la Pierra Menta, mythique course de ski alpinisme qui se court autour d’Arêches-Beaufort. Trois compétitions dont la sécurisation a mobilisé le Peloton de gendarmerie de haute montagne (PGHM) de Savoie. Immersion dans les coulisses de la 40e édition de la « Pierra ».

12 mars 2026 - Arêches-Beaufort (Savoie). Tandis que les premières lueurs du jour sont encore loin, l’agitation règne déjà au cœur de cette petite station du Beaufortain. Aux côtés des nombreux bénévoles de la 40e édition de la Pierra Menta, compétition de ski alpinisme de renommée mondiale, huit gendarmes du Peloton de gendarmerie de haute montagne (PGHM) de Savoie se préparent à assurer la sécurisation de l’étape du jour.

Il est à peine 5 h 30 quand cinq d’entre eux commencent leur ascension à la frontale pour rejoindre leurs postes sur les hauteurs de la Pierra Menta ; le sixième, positionné un peu plus près, partira deux heures plus tard. Ils devront être en position avant le passage des premiers concurrents de cette deuxième étape, dont le départ est prévu vers 8 heures. Et vu le niveau des compétiteurs, mieux vaut ne pas traîner ! Une vingtaine de centimètres de neige fraîche est tombée dans la nuit et le plafond nuageux est encore bas.

Installé dans le poste de sécurité aménagé dans une ancienne cabine de remontée mécanique à proximité de la ligne d’arrivée et du village des exposants, l’adjudant Antoine, secouriste du PGHM et régulateur du dispositif de secours, surveille régulièrement par radio la progression des équipes, les conditions du terrain et l’évolution des conditions météo.

Les cinq premiers gendarmes à quitter le « camp de base » effectuent une partie de l’ascension en quad à chenilles afin de les rapprocher tout en facilitant l’acheminement du matériel. Tous termineront néanmoins leur progression à ski de randonnée, chargés de l’équipement de secours, pour rejoindre leurs points hauts. Ils ne progressent pas seuls, ils avancent dans le sillage des traceurs, qui ont reconnu l’itinéraire la veille et recommencent le matin de l’étape, permettant d’adapter le tracé aux évolutions météorologiques ou nivologiques. Suivent les baliseurs. Les équipes médicales et d’autres bénévoles, participant notamment au ravitaillement, font également partie de ces caravanes.

« Six personnels sont positionnés sur les points hauts, en binôme ou avec un personnel de l’équipe médicale, afin d’intervenir sur des malaises ou des accidents et faire un premier bilan. Aujourd’hui, la course se déroule pour partie en zone montagne et pour partie sur le domaine skiable, par conséquent avec le renfort des pisteurs, nous pouvons tenir quatre points hauts, alors que pour la première étape, entièrement en zone montagne, qui est notre zone de compétence, nous tenions trois points hauts. En tant que régulateur, je reste au PC, aux côtés du responsable de la course, pour réguler les secours, tandis qu’un autre secouriste est missionné pour faire le lien avec l’hélicoptère affrété par la course pour le transport des personnels et du matériel », détaille l’adjudant.

  • © GEND/SIRPA/MAJOR F. BOURDEAU
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Un partenariat historique entre la Pierra Menta et le PGHM de Savoie

Créée en 1986, la Pierra Menta s’est depuis imposée comme l’une des épreuves les plus exigeantes du circuit international de ski alpinisme. Pendant quatre jours consécutifs, plusieurs centaines de compétiteurs venus du monde entier enchaînent ascensions et descentes engagées. Au programme de chaque édition : quinze sommets et a minima 10 000 mètres de dénivelé positif cumulés.

Cette année, l’épreuve, organisée du 11 au 14 mars, est par ailleurs support du Championnat du monde par équipes longue distance (WCH LDT). Le 11 mars, ce sont ainsi 231 équipes, soit 462 athlètes, qui ont pris le départ, rejoints par 80 équipes jeunes lors des deux dernières journées. Tous évoluent sous les encouragements d’un public fidèle, à grand renfort de sonnailles.

Le PGHM est un acteur essentiel de la sécurisation de l’épreuve depuis sa création. Un engagement qui repose autant sur l’expertise opérationnelle de l’unité en matière de secours en montagne que sur une mémoire collective forte.

« Nous sommes engagés dans le cadre d’une convention avec l’association qui organise la Pierra Menta. C’est un partenariat en place depuis le début, il y a 40 ans, explique l’adjudant Antoine. Mais notre présence a aussi une valeur hautement sentimentale. Deux gendarmes, ainsi qu’un bénévole, sont décédés en 1989, emportés par une avalanche, alors qu’ils sécurisaient la course. C’est aussi en leur mémoire qu’on tient à être présent chaque année. » Et ce, alors même que les conventions liant la gendarmerie à certaines compétitions sportives se sont progressivement réduites au fil des années.

Un dispositif de sécurisation évolutif

Chaque journée d’épreuve fait l’objet d’une préparation minutieuse. La veille, en fin de journée, une réunion rassemble les organisateurs et les secours afin d’adapter le dispositif en fonction du tracé retenu, des conditions météorologiques, du risque d’avalanche… « Le positionnement des équipes de secours, qui associent généralement des gendarmes secouristes avec un médecin ou une infirmière, voire un pisteur, se fait en coordination avec le médecin de course, souligne le régulateur, avant de préciser : Comme partout ailleurs, dès qu’on est en dehors du domaine skiable, l’intervention est de notre responsabilité. Sur le domaine, on travaille au profit des pisteurs. C’est une vraie synergie. Tout le monde travaille dans le même état d’esprit. »

Chaque matin, les gendarmes partent en général vers 5 h 30 avec les bénévoles, les traceurs et les baliseurs. Sur le terrain, ils assurent avant tout une mission de premiers secours. « En cas d’accident, on envoie un camarade pour faire un premier bilan. Ensuite, en fonction de la gravité, soit on gère, soit, s’il s’agit de traumatismes lourds, on sollicite le secours montagne, qui est assuré cette semaine par la CRS montagne, pour une évacuation héliportée, car l’appareil privé ne permet pas de faire de treuillage. Le médecin de course reste ici, au point d’arrivée, mais il peut être projeté sur place. »

La plupart des interventions concernent toutefois des blessures sans gravité. « On a surtout des traumatismes légers ou quelques malaises. Les compétiteurs sont très bien préparés physiquement. »

La coordination radio constitue un élément clé du dispositif ; des relais spécifiques ont d’ailleurs été installés à demeure. L’adjudant Antoine jongle avec trois radios : « On a un réseau dédié à l’organisation, un deuxième pour les secours et un troisième pour garder un contact permanent avec l’hélicoptère. »

Les gendarmes restent mobilisés sur le terrain jusqu’à la fin complète de l’épreuve et le passage du dernier bénévole. Ils font pour ainsi dire fonction de serre-file avant de regagner à leur tour la station à ski. En ce deuxième jour d’épreuve, si les premiers concurrents ont franchi la ligne d’arrivée après un peu plus de trois heures d’efforts… Les derniers (non éliminés pour être hors délai) ont mis près du double.

Des gendarmes en renfort pour la dernière journée

La dernière journée du samedi est traditionnellement la plus festive et la plus fréquentée. Le dispositif est donc renforcé par quatre gendarmes supplémentaires issus des Groupes montagne de la gendarmerie départementale chargés de canaliser les spectateurs dans les passages étroits et de sécuriser les flux, tandis que le PGHM reste concentré sur sa mission première : le secours.
Quarante ans après la première édition, la présence du PGHM reste indissociable de l’organisation de la Pierra Menta.

1989 : la course et la gendarmerie endeuillées

Alors gendarme secouriste au sein du PGHM de Savoie, dont il prendra le commandement bien des années plus tard, Jean-Pierre Mirabail, chef d’escadron aujourd’hui à la retraite, se souvient de l’avalanche survenue lors de la Pierra Menta de 1989.

« Nous assurions la même mission qu’aujourd’hui. J’étais moi-même positionné sur un autre secteur quand avec mon camarade nous avons appris la nouvelle par radio. L’hélicoptère est tout de suite venu nous récupérer. Quand on a vu l’ampleur de l’avalanche, on a appelé des moyens en renfort. La coulée faisait près de 800 mètres de long et a emporté deux gendarmes, un secouriste du PGHM, Jacky Daolio, et un gendarme mobile de l'escadron de Grenoble en renfort, Vincent Graciano, ainsi que deux bénévoles, dont l’un a survécu au drame. On a retrouvé nos deux camarades et l’autre bénévole décédés, malgré leurs détecteurs de victimes d’avalanche, dont c’était d’ailleurs le début. L’organisation des secours, tout comme la sécurisation de la course, n’étaient pas les mêmes qu’aujourd’hui. Depuis, la sécurisation s’est considérablement professionnalisée, avec un centre de régulation, des équipes médicales et des moyens héliportés. Maintenant, c’est structuré. À l’époque, c’était beaucoup plus artisanal. »

Un drame qui, pour le gendarme retraité, aujourd’hui élu local et bénévole de la Pierra Menta, explique pour beaucoup l’attachement de la gendarmerie à cette course. « La Pierra Menta fait partie des rares courses où la gendarmerie est présente depuis 40 ans. C’est aussi en hommage à nos camarades. »

Des gendarmes dans la course

La Pierra Menta est également un rendez-vous sportif pour les gendarmes passionnés de montagne. En 2026, six militaires d’active, issus notamment des PGHM de Savoie (Bourg-Saint-Maurice et Modane), de Chamonix (Haute-Savoie) et d’Osséja (Pyrénées-Orientales) ont ainsi participé à cette épreuve exigeante, tant sur le plan physique que mental, aux côtés de camarades retraités, tandis que de nombreux autres étaient engagés comme bénévoles, notamment en tant que traceurs ou baliseurs.

Les six militaires ont tous bouclé cette 40e Pierra Menta. L’adjudant Bastien, de Chamonix, habitué de l’épreuve, termine à la très belle 19e place sur 208 équipes classées. L’équipe de l’adjudant Lionel, d’Osséja, se classe 104e. Le binôme savoyard formé par l’adjudant Tony, de Bourg-Saint-Maurice, et le gendarme François, de Modane, termine quant à lui à la 136e place. En compétition avec son épouse, le maréchal des logis-chef Ambroise, de Bourg-Saint-Maurice, se classe à la 184e place. Enfin, l’adjudant-chef Floran, de Bourg-Saint-Maurice, finit 193e.

Une présence à triple titre qui illustre l’ancrage de la gendarmerie dans son territoire, dans le monde du sport, ainsi que dans celui plus spécifiquement de la montagne, à la fois sur le plan de la sécurisation et sur celui de l’engagement sportif et associatif de ses militaires.


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