LETHE, un outil cartographique pour recenser les épaves immergées

  • Par Antoine Faure
  • Publié le 20 février 2026
© GEND/SIRPA/BRC A. MARCE

Lancé il y a six mois, le projet LETHE (Localisation des épaves, traitement hydrographique et enquête) a pour ambition de cartographier toutes les épaves automobiles immergées dans les cours et plans d’eau de métropole, de sortir ainsi des victimes du fleuve de l’oubli, et peut-être de résoudre des affaires criminelles non élucidées. Présentation par celui qui en est à l’origine, l’adjudant-chef (ADC) Yohan, commandant de la Brigade fluviale de gendarmerie (BFG) de Conflans-Sainte-Honorine et Coordinateur des opérations de criminalistique (COCRIM) en milieu subaquatique.

Vendredi 6 février 2026, dans la matinée. Les deux plongeurs de la Brigade fluviale de gendarmerie (BFG) de Conflans-Sainte-Honorine (78) se jettent du pont de la vedette Vigilante dans le bras de la Seine, à hauteur de l’île d’Herblay, à la frontière entre les départements des Yvelines et du Val-d’Oise. L’eau dépasse à peine les 10°C, mais les hommes-grenouilles de la Gendarmerie nationale ont l’habitude de plonger dans ces conditions difficiles, avec une visibilité réduite, des courants forts… Sous la bouée, à un peu plus de quatre mètres de profondeur, se trouvent trois véhicules immergés, repérés quelques mois plus tôt par une prospection au sonar.

L’un des plongeurs tient le ROV (Remotely Operated underwater Vehicle), le drone sous-marin filaire de l’unité, dont les images sont projetées sur la rive, ce qui permet à l’adjudant-chef Yohan, commandant de la BFG, de suivre la progression des opérations. « Plusieurs milliers de véhicules se trouvent actuellement dans les cours et plans d’eau de métropole, explique-t-il. Il y a un intérêt majeur pour la gendarmerie à connaître l’emplacement de toutes ces épaves. »

Sortir les victimes de l’oubli

C’est le sens du projet LETHE (Localisation des épaves, traitement hydrographique et enquête) qui est piloté à Conflans-Sainte-Honorine par le détachement du Pôle national de gendarmerie nautique (PNGN) et par un Coordinateur des opérations de criminalistique (COCRIM) en milieu subaquatique, l’ADC Yohan. C’est lui qui en a eu l’idée, en octobre 2023. Il était alors affecté à la BFG de Saint-Jean-de-Losne, en Côte d’Or. « Nous avons découvert des ossements lors de la fouille d'une voiture immergée dans la Seille, une petite rivière, que nous avions repérée au sonar. C’étaient les restes du corps d’un homme disparu qui était sous l’eau depuis 40 ans ! Ça a été un déclic. Je me suis dit qu’il fallait coordonner les recherches au niveau national afin de récupérer toutes les informations possibles sur les véhicules immergés et les intégrer dans une cartographie évolutive. »

Lancé il y a six mois, le projet a été baptisé en référence à Léthé, l’un des cinq fleuves des Enfers, celui de l’oubli, dans la mythologie grecque. « Cet outil est une manière de lutter contre cet oubli, d’en faire sortir les victimes », ajoute l’ADC Yohan. Les informations sont remontées par toutes les unités nautiques et fluviales de la Gendarmerie nationale. Celles qui disposent de plongeurs comme celles qui n’en ont pas, mais peuvent faire la prospection Sonar et envoyer un ROV pour vérifier la marque ou le modèle, dans l’attente de l’intervention de plongeurs. D’autres informations sont remontées par des partenaires de la Gendarmerie nationale, comme Voies navigables de France (VNF) ou Électricité de France (EDF), mais aussi par des particuliers, des pêcheurs par exemple.

Sur la carte apparaissent une multitude de points de différentes couleurs, correspondant aux phases de prospection : les véhicules uniquement repérés par sonar ; ceux ayant fait l’objet d’une reconnaissance sous-marine afin de connaître les conditions d’accès (sur le toit ou les roues ? Coffre ouvert ou fermé ?, etc.) ; ceux ayant été désenvasés et fouillés ; et enfin ceux ayant été sortis de l’eau. Il est à noter que le relevage est optionnel, car très coûteux. Il est mis en œuvre dans deux cas de figure : soit sur décision de justice dans le cadre d’une affaire criminelle, soit dans le cas d’un véhicule déclaré volé, si l’assurance prend en charge le coût de l’opération. Dans la plupart des cas, la voiture reste sous l’eau.

  • © GEND/SIRPA/BRC A. MARCE
  • © GEND/SIRPA/BRC A. MARCE
  • © GEND/SIRPA/BRC A. MARCE
  • © GEND/SIRPA/BRC A. MARCE
  • © GEND/SIRPA/BRC A. MARCE
  • © GEND/SIRPA/BRC A. MARCE
  • © GEND/SIRPA/BRC A. MARCE
  • © GEND/SIRPA/BRC A. MARCE
  • © GEND/SIRPA/BRC A. MARCE
  • © GEND/SIRPA/BRC A. MARCE
  • © GEND/SIRPA/BRC A. MARCE
  • © GEND/SIRPA/BRC A. MARCE
  • © GEND/SIRPA/BRC A. MARCE
  • © GEND/SIRPA/BRC A. MARCE

Trois corps découverts depuis le lancement de LETHE

« Il s’agit d’un projet à long terme, sur plusieurs années, complète l’ADC Yohan. Grâce à LETHE, on pourra avoir une estimation nationale plus précise et peut-être résoudre certaines affaires. » Ce travail de cartographie intéresse d’ailleurs particulièrement le Pôle des crimes sériels ou non élucidés du tribunal judiciaire de Nanterre et la Division des affaires non élucidées (DIANE), intégrée à l’Unité nationale de police judiciaire (UNPJ) de la Gendarmerie nationale depuis le 1er septembre 2025.

Bien sûr, la découverte éventuelle d’un corps dans une voiture immergée ne signifie pas pour autant l’existence d’un acte criminel. Il peut s’agir d’un accident ou d’un suicide. Mais cela reste un moyen efficace de faire disparaître un cadavre, puisque celui-ci ne remonte pas en surface, bloqué par l’habitacle. Depuis le lancement du projet LETHE, trois corps ont déjà été découverts. Les enquêtes suivent leur cours.


Contacter la gendarmerie

Numéros d'urgence

  • Police - Gendarmerie : 17
  • Pompier : 18
  • Service d'Aide Médicale Urgente (SAMU) : 15
  • Urgence Europe : 112

Sécurité et écoute

  • Enfance en danger : 119
  • Violences conjugales : 39 19
  • Maltraitance personnes âgées ou en situation de handicap : 39 77

Ces contenus peuvent vous intéresser