Adjudant-chef Yohan, la passion de l’enquête subaquatique et de l’innovation

  • Par Antoine Faure
  • Publié le 20 février 2026
© GEND/SIRPA/BRC A. MARCE

L’adjudant-chef Yohan commande la Brigade fluviale de gendarmerie (BFG) de Conflans-Sainte-Honorine, dans les Yvelines. Ce Technicien en investigation subaquatique (TIS) s’efforce aussi, depuis des années, d’améliorer les techniques d’enquête et de contribuer à l’objectivation scientifique de ce qui se passe sous la surface de nos cours d’eau. Portrait d’un plongeur à tête chercheuse.

Yohan avait 11 ans lorsqu’il a réalisé sa première plongée sous-marine. Un baptême avec son père, lui-même plongeur chez les sapeurs-pompiers en Ardèche. Bien des années plus tard, devenu sous-officier de gendarmerie, c’est lui qui accompagnera son papa lors de son ultime plongée professionnelle, à l’École d’application de sécurité civile (ECASC), qui forme à l'ensemble des spécialités de Sécurité civile à Marseille. « Il était là pour ma première, j’étais là pour sa dernière, la boucle était bouclée », sourit l’adjudant-chef Yohan, qui commande la Brigade fluviale de gendarmerie (BFG) de Conflans-Sainte-Honorine, dans les Yvelines, depuis l’été 2025.

Si le virus subaquatique lui a donc été transmis par voie héréditaire, Yohan a eu très jeune la volonté d’y associer un autre milieu, celui de la police judiciaire. « C’est pour cela que j’ai choisi la gendarmerie plutôt que les sapeurs-pompiers. » Il entre à l’École de gendarmerie de Montluçon en 2008 et, après une première affectation à Écully, en banlieue de Lyon, passe les tests plongeur de la Région de gendarmerie Auvergne-Rhône-Alpes (RGARA) à Aix-les-Bains. « Nous avons dû réaliser 1 000 mètres avec palmes, masque et tuba, puis 200 mètres avec sauvetage d’un mannequin immergé, et enfin deux apnées successives de 15 mètres. » Il suit ensuite la formation Enquêteur subaquatique au Centre national d’instruction nautique de la gendarmerie (CNING), à Antibes. « Cinq semaines et sept kilos en moins ! », résume-t-il.

De Valence à Antibes

Pour son premier poste en unité fluviale, il est affecté à la BFG de Valence, dans la Drôme. Il a moins de deux ans d’ancienneté lorsqu’il découvre un cadavre dans un cours d’eau, presque par hasard. « Je n’arrivais pas à accéder à l’habitacle d’un véhicule immergé. J’ai cassé une vitre et mis la main dans la vase… Et je me suis rendu compte que je n’étais pas tout seul. »

Au cours de ces quatre années, il se retrouve souvent engagé sur les mêmes affaires que son père. « J’arrivais quand lui sortait de l’eau, quand le judiciaire prenait le relais du secours. C’était souvent lui qui m’alertait par téléphone, avant même les services d’enquête. Une nuit, ils avaient plongé et découvert un corps sous le pont d’Arc, à l’entrée des gorges de l’Ardèche. Il m’a appelé pour me dire qu’il m’avait fait une petite surprise. Quand nous sommes arrivés, les pompiers avaient laissé l’éclairage sur le pont. C’était spectaculaire. »

Au-delà de l’anecdote, Yohan a vite compris l’importance des liens à entretenir avec les sapeurs-pompiers. « Ils sont 2 500 plongeurs, plus 4 000 sauveteurs en surface, et ce sont le plus souvent eux les primo-intervenants sur les scènes de crime. Il est essentiel de les sensibiliser à la préservation des traces et indices. Sans les former, parce que ce n’est pas leur travail, mais afin qu’ils se désengagent dès que ce n’est plus du secours, en accompagnant le corps jusqu’à l’arrivée des gendarmes. Pour cela, il faut bien se connaître, communiquer, s’entraîner ensemble. »

Après la BFG de Valence, Yohan répond à un appel à volontaires pour devenir instructeur au CNING. Il restera pendant six ans à Antibes. Parallèlement, il se spécialise en criminalistique en suivant le stage TIC (Technicien en Identification Criminelle), qui se déroule en partie à l’Institut de recherche criminelle de la Gendarmerie nationale (IRCGN), et passe également le diplôme universitaire de Coordinateur des opérations de criminalistique (COCRIM). Il rédige un mémoire sur la sécurisation des eaux intérieures, « avec une cartographie évolutive des ouvrages, c’est-à-dire les barrages, les écluses, en y intégrant les structures qui n’apparaissent pas sur les plans et constituent des dangers sous l’eau », détaille-t-il. Cet outil est toujours utilisé aujourd’hui.

© GEND/SIRPA/BRC A. MARCE

Dyane et Léthé

De retour sur le terrain, à la BFG de Jean-de-Losne, en Côte d’Or, il a souvent l’occasion de constater la pertinence du lien entre son travail de recherche et la dimension opérationnelle. En octobre 2023, un lundi matin, un camarade lui indique qu’ils partent plonger sur plusieurs véhicules repérés la veille lors d’une prospection au sonar. « On se répartit les épaves, et là, je découvre un bassin, une hanche, un crâne… Je vois sur le pare-brise la vignette indiquant l’année 84. » Un corps immergé depuis près de 40 ans, à quelques encablures de son domicile. Pour l’anecdote, il s’agissait d’une Citroën 2 CV, modèle Dyane. Le même nom, à une lettre près, que la Division des affaires non élucidées (DIANE), qui dépend désormais de l’Unité nationale de police judiciaire (UNPJ) de la Gendarmerie nationale.

« Ce jour-là, je me suis dit qu’on devrait avoir une meilleure connaissance des véhicules immergés dans nos cours d’eau. J’ai donc lancé l’idée d’une cartographie, d’abord en Bourgogne-Franche-Comté, puis progressivement, avec l’aide des autres unités nautiques et fluviales, mais aussi de partenaires, le projet est devenu national. » Il est baptisé LETHE (Localisation des épaves, traitement hydrographique et enquête), en référence à Léthé, l’un des cinq fleuves des Enfers, celui de l’oubli, dans la mythologie grecque.

Afin de passer un master en médecine légale et criminalité, Yohan émet alors le souhait de se rapprocher de Paris. L’opportunité se présente à l’été 2025, quand il prend le commandement de la BFG de Conflans-Sainte-Honorine. Il vient de valider son premier semestre et doit désormais rédiger un mémoire. « J’ai choisi pour sujet la détection optique subaquatique, c’est-à-dire la capacité à repérer des traces papillaires sous l’eau, et ainsi pouvoir les photographier ou au moins les préserver, explique-t-il. Il faut bien comprendre que, quand on sort un véhicule de l’eau, on prend le risque de perdre ces traces. Si elles ont survécu à l’immersion, rien ne garantit qu’elles survivront à l’émersion. Tout ce qui peut être fait sous l’eau doit donc être fait sous l’eau. Qu’il s’agisse des prélèvements ADN, des recherches de fibres… »

Ce mémoire pourrait faire l’objet d’une publication dans une revue scientifique, comme ce fut déjà le cas pour Yohan à deux reprises : dans le Canadian forensic science journal, au sujet des techniques de rinçage des objets pour éviter de perdre des contrastes et donc des traces ; et dans la revue suisse Criminologie, forensique et sécurité, sur la modélisation 3D subaquatique en basse visibilité. C’est ainsi que l’ADC Yohan trace sa route, en mêlant ses deux passions : l’investigation subaquatique d’un côté, la recherche et l’innovation au service des enquêteurs de l’autre.


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