Gers : 50 000 amateurs de fête et de musique réunis au festival de Bandas de Condom sous la protection des gendarmes

  • Par Hélène THIN
  • Publié le 26 mai 2026
© SIRPA-G / GND Romain CULPIN

La 53ᵉ édition du festival de Bandas s’est déroulée du 8 au 10 mai 2026 à Condom, dans le Gers (Occitanie). Séquence inaugurale de la saison des festivités dans le département, l’événement a mobilisé jusqu’à 70 gendarmes au plus fort du rassemblement, engagés aux côtés d’autres acteurs de la sécurité et de l’État. Immersion au cœur de ce dispositif exceptionnel.

Il est 18 h 30, ce vendredi 8 mai 2026, lorsque le maire de la commune de Condom, Jean-François Sabathier, procède à la remise des clés de la ville aux musiciens de la Band’à Part. Attendu par les festayres - terme gascon désignant les fêtards des ferias - présents en nombre devant la mairie, ce moment symbolique marque le coup d’envoi du festival de Bandas, événement incontournable du sud-ouest, ouvrant la saison des festivités dans le département du Gers (32). Premier rassemblement européen de cuivres et de percussions mettant en scène des musiciens amateurs, il est organisé chaque année au mois de mai par l’association Festival européen de Bandas y Peñas. Durant deux jours et demi, la paisible cité épiscopale vibre ainsi au rythme des nombreux concerts de rue, également autorisés durant une partie de la nuit. Luiza, les Fantaskes, Chef & The Gang (le groupe de Philippe Etchebest), Pistons, Laura Laffon, Gaitistaneko Orkestra… La programmation de cette 53e édition a attiré quelque 50 000 festivaliers venus de toute la France, revêtant pour l’occasion l’emblématique tenue rouge et blanche. La commune, qui compte à l’année 6 500 âmes, connaît alors une augmentation considérable de sa population, se transformant radicalement le temps du week-end. Tradition oblige, les bars de rue dressés ici et là contribuent également à réchauffer l’ambiance. Afin que la manifestation demeure festive, sans débordements ni troubles à l’ordre public, un important dispositif de sécurisation interservices a été déployé sous l’autorité de la sous-préfecture, auquel la gendarmerie nationale a pris part.

© SIRPA-G / GND Romain CULPIN

Un événement sous haute protection

À quelques heures de l’ouverture du festival, alors que résonne déjà le son de la fête dans les rues pavées de la cité gersoise, le dispositif de gendarmerie monte en puissance. Tandis que se fait entendre l’hélicoptère EC135 de la Section aérienne de gendarmerie (SAG) de Toulouse, survolant le site et ses environs, des centaines de véhicules affluent en direction des parkings. L’objectif de cette manœuvre consiste à renseigner quant à l’évolution et la viabilité des axes de circulation.

« Premier rendez-vous opérationnel majeur de l’année pour la gendarmerie du Gers, le festival de Bandas est un événement récurrent, qui connaît un succès grandissant, observe le chef d’escadron (CEN) Éloi Brot, commandant de la Compagnie de gendarmerie départementale (CGD) de Condom. Il nécessite un engagement très important de la gendarmerie, aussi bien en termes de planification que de raisonnement et de moyens. Il implique de ce fait une longue préparation, engagée plusieurs mois en amont, et un dialogue constant avec les différents services également mobilisés au profit de cet événement. » Objectif : identifier les enjeux ainsi que les risques les plus graves et les plus probables. « Le risque le plus probable est de deux ordres, poursuit le CEN Éloi Brot. Il concerne les rixes et les bagarres liées à l’alcoolisation forte des festivaliers, ainsi que les comportements routiers dangereux, en particulier les conduites sous l’empire de l’alcool ou de produits stupéfiants. »

À l’instar de tout rassemblement d’ampleur, le risque le plus important est celui de l’attaque terroriste. « Il n’est pas le plus probable, mais il est le plus critique. » C’est pourquoi d’importants efforts de sûreté sont déployés par l’organisateur de l’événement. Un périmètre de sécurité est dressé, dont les points d’entrée sont tenus par une société de sécurité privée. La zone a été passée au peigne fin par l’équipe EOR (Explosive ordnance reconnaissance) de la gendarmerie, avant que les premiers festivaliers ne prennent possession des lieux.

Toute personne pénétrant par la suite dans l’espace payant dédié au festival, situé dans le cœur historique de la ville, est soumise à une fouille approfondie. Les plots érigés aux abords du périmètre permettent quant à eux de lutter contre le risque d’attaque à la voiture-bélier.
Unique rivière navigable du Gers, la Baïse traverse la ville de Condom. Coulant à quelques encablures de l’épicentre de la fête, elle constitue un autre point majeur de vigilance, en raison du risque d’accident ou de noyade. Une partie de la ville Condom étant située en zone inondable, les conditions météorologiques font également l’objet d’une attention renforcée de la part des autorités et des organisateurs. Orage, grêle ou pluie massive peuvent en effet nécessiter l’évacuation du festival, comme ce fut le cas l’an passé.

« Au cours de ce week-end, nous mettons également l’accent sur la protection des femmes, cibles potentielles lors d’un rassemblement de ce type. La vague de piqûres sauvages observée dans le pays et en Occitanie au cours des dernières années, notamment à l’occasion du festival de Bandas, requiert la vigilance active de la gendarmerie, souligne le colonel Philippe de Laforcade, commandant du Groupement de gendarmerie départementale (GGD) du Gers. Face aux risques multiples et aux nombreuses infractions, principalement liés à la consommation d’alcool et de stupéfiants, la Gendarmerie nationale a déployé un solide dispositif de sécurisation, placé sous l’autorité du chef d’escadron Éloi Brot, en partenariat avec les autres acteurs de la sécurité et de l’État. »

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Un dispositif de sécurisation global et concentrique

Constitué de 45 gendarmes de la compagnie de Condom, appuyés par 21 réservistes, quatre militaires du Peloton de surveillance et d’intervention de la gendarmerie (PSIG) d’Auch, trois militaires de la Brigade de recherches départementale (BRD), deux équipes cynophiles spécialisées dans la recherche de stupéfiants, armes, munitions et billets de banque (SAMBI), ainsi que par l’Escadron départemental de contrôle des flux (EDCF) du Gers et la Section aérienne de gendarmerie (SAG) de Toulouse, le dispositif a comptabilisé près de 70 gendarmes au plus fort de l’événement (nuit du vendredi 8 au samedi 9 mai). « Fortement engagée comme chaque année lors du festival de Bandas, la gendarmerie du Gers fait face à l’adversité d’une foule massivement alcoolisée. Il existe une différence notable entre les comportements diurnes et nocturnes des festivaliers », indique le colonel Philippe de Laforcade. Le dispositif s’articule autour de quatre groupes de force, placés sous l’autorité du commandement opérationnel : surveillance générale, pool intervention, pool judiciaire et moyens spéciaux. L’emploi des forces et des moyens évolue tout au long du week-end, pour cibler précisément le besoin tout en préservant une capacité optimale de manœuvre. 

« Le périmètre sécurisé du festival est géré par la société une société de sécurité privée qui tient des points statiques à différents endroits névralgiques. Également présente à l’intérieur de cette zone, la gendarmerie effectue des patrouilles. Les militaires sont engagés sur certaines interventions à la demande de la société privée, explique le CEN Éloi Brot. Le PSIG de Condom constitue notre force de frappe. Il intervient sur les faits les plus sensibles (bagarres, vols aggravés…), que la société privée peine à juguler. L’emploi du PSIG est pensé pour s’intégrer en tous points du dispositif, et ainsi répondre aux besoins critiques de jour comme de nuit. Les militaires assurent une présence dissuasive, volontaire et très réactive. » Opérant en civil pour se fondre dans la foule, une équipe judiciaire est quant à elle chargée de déceler les comportements délictueux (consommation de produits stupéfiants, vols…), dresser des Procès verbaux électroniques (PVE) ou des Amendes forfaitaires délictuelles (AFD), et dans certains cas, initier des enquêtes judiciaires. 

« Lors de cet événement, à l’occasion duquel de nombreuses infractions sont commises, il est nécessaire de prévoir un traitement différencié entre les atteintes relativement faibles à l’ordre public, qui seront traitées sur un temps plus long, et les atteintes importantes à l’ordre public, qui appellent une réponse forte et rapide, précise Noémie Paysant, substitut placée auprès du procureur général de la Cour d’appel d’Agen, actuellement déléguée auprès de la procureure de la République du tribunal judiciaire d’Auch. Concernant les faits graves, nous avons pour objectif d’apporter une réponse rapide, efficace et dissuasive. En témoigne une affaire de vols en série de bijoux commis par un individu durant la première nuit du festival. Interpellé par les gendarmes, l’auteur des faits a été placé en garde à vue, avant d’être déféré au parquet. Il a été jugé dès le mardi suivant en comparution immédiate. » 

Si l’action et la présence visible des militaires est essentielle au sein du festival, elle l’est également dans les zones périphériques. « Nous concentrons aussi notre action à l’extérieur de la fête, où nous traquons les comportements addictifs et dangereux, ainsi que le transport de matières illicites, s’effectuant principalement par la route. Le dispositif de sécurisation mis en place par la gendarmerie répond à une logique à la fois globale et concentrique », rapporte le commandant du groupement de gendarmerie du Gers.

De très nombreux contrôles ont été menés sur les routes tout au long du week-end. Dimanche 10 mai, en milieu de matinée, une file ininterrompue de véhicules roulent au pas au départ de Condom, sur la route menant à Auch et à Toulouse. Six militaires des Brigades motorisées (B.Mo.) de l'Isle-Jourdain et d’Auch, appuyés par deux réservistes, contrôlent ainsi les conducteurs de tous les véhicules. « On fait souffler tout le monde, sans exception, confie le major Jérôme Casoni, commandant de la B.Mo. d’Auch, qui cordonne le dispositif. Cette route, par laquelle transite une grande majorité de festivaliers, est dangereuse et accidentogène. Nous ciblons principalement l’alcool, compte tenu de l’importance du flux. Les festivaliers sont assez sérieux et coopératifs, et les contrôles bien perçus. Notre présence sur les routes est essentielle. » Le major Jérôme Casoni indique avoir relevé depuis le début de la matinée quatre contrôles d’alcoolémie positifs. Au même moment, à l’autre bout de la commune, un autre point de contrôle similaire est tenu par la B.Mo. de Nogaro.

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L’intégration de moyens spéciaux pour lutter contre les nouvelles menaces

À l’épicentre de la ville se dresse la cathédrale Saint-Pierre de Condom. Erigé au XVIe siècle, ce monument de style gothique méridional est au cœur de la fête. Son toit incliné, offrant une vue plongeante sur la cité, est le théâtre d’une scène peu ordinaire, en cette soirée du vendredi 8 mai. Une équipe dédiée à la Lutte anti-drone (LAD), armée par deux gendarmes, assure la surveillance et la sécurisation du ciel. « Nous avons pour mission de détecter toute présence de drone dans la zone visée par l’interdiction de survol. Si un drone se présente dans le périmètre concerné, l’aéroscope dont nous sommes équipés émet un signal, nous indiquant l’emplacement exact de l’aéronef. Nous vérifions alors si nous sommes en présence d’un drone ami, identifié au préalable. Dans le cas contraire, nous neutralisons l’appareil à l’aide de notre fusil-brouilleur, explique l’adjudant-chef (ADC) Fabrice, de la Section opérationnelle de lutte contre les cybermenaces (SOLC) / Brigade départementale de renseignements et d’investigations judiciaires du GGD32. Nous intervenons en lien étroit avec nos collègues du poste de commandement. Ces derniers peuvent, si nécessaire, dépêcher une équipe d’intervention au sol, afin d’intercepter le télépilote. » 

En place depuis 20 heures, le dispositif sera levé en début de nuit. Face à la prolifération des drones dans le ciel français, et la menace que représentent ces engins rapides, mobiles et précis, des dispositifs de lutte anti-drone sont désormais intégrés aux manœuvres de sécurisation des grands événements.

Un drone de la gendarmerie complète également le dispositif. « Le drone offre une vue d’ensemble en temps réel, notamment des axes de circulation, des espaces de stationnement et des lieux d’hébergement. Il nous permet aussi d’identifier d’éventuels mouvements de foule, rapporte le capitaine (CNE) Pierre-Alain de Colonjon, commandant en second de la Compagnie de gendarmerie départementale de Condom. Utilisée en complément de l’hélicoptère, cette technologie nous permet d’appuyer et de réarticuler la manœuvre au sol, en renforçant le dispositif de sécurité là où s’exprime le besoin. Il permet également de lutter contre la menace terroriste. La dimension 3D est donc particulièrement intéressante lors d’un événement comme celui-ci. Ces moyens spéciaux, auxquels ne sont pas encore habitués les Gersois, sont de plus en plus utilisés par les forces de gendarmerie. »

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Une collaboration interservices exemplaire

Samedi 9 mai. La fête bat encore son plein, à 3 h 30 du matin, lorsque la sous-préfète de Condom, accompagnée du maire et d’un représentant de la gendarmerie, entament le tour des bars. La vente d’alcool n’est plus autorisée dans l’enceinte du festival à partir de cette heure-ci. Le site, quant à lui, fermera ses portes à 5 heures. Après avoir marqué l’arrêt dans chacun des bars et échangé avec les tenanciers des différents établissements, la délégation rejoint le Poste de commandement (P.C.), situé aux abords immédiats du périmètre sécurisé, dans les locaux de la police municipale. Dans ce lieu réunissant les principaux acteurs de la sécurité et de l’État, des écrans diffusent en continu des images de la ville où la fête touche bientôt à sa fin. 

À 4 h 30 débute le point de situation, en présence des différents services, sous l’autorité de la sous-préfète Nathalie Duclovel-Pame. Croix rouge, Gendarmerie nationale, police municipale, Service départemental d’incendie et de secours (SDIS)… Chacun, tour à tour, énonce le bilan de la soirée.72 personnes prises en charge par la Croix rouge depuis l’ouverture du festival, dont quatre ont été transférées à l’hôpital. Dix-huit interventions pour le SDIS, dont deux évacuations vers l’hôpital. 29 interventions ont été recensées par la gendarmerie, essentiellement pour des bagarres et des vols. Aucune difficulté majeure n’a été à déplorer au terme de cette première séquence. « Les équipes ont fait preuve d’une excellente réactivité tout au long de la soirée et de la nuit », souligne la sous-préfète.

Nouveauté cette année : deux opérateurs du Centre d’opérations et de renseignement de la gendarmerie (CORG) du GGD32 comptent parmi les effectifs du P.C. « Deux personnels ont été projetés in situ afin de prêter main forte aux équipes. Notre rôle consiste à comptabiliser les interventions, et saisir en temps réel les informations sur le logiciel de la Base de données de la sécurité publique (BDSP) », explique l’adjudant-chef (ADC) Olivier Barrier, commandant du CORG32.

Au terme de la 53e édition du festival de Bandas, le dispositif déployé par la gendarmerie a une nouvelle fois démontré sa pleine capacité à coordonner une manœuvre plurielle et évolutive, adaptée à la menace et aux besoins de la mission. 

La coopération optimale avec les autres acteurs a également joué un rôle de premier ordre. « Nous ne pouvons lutter véritablement et efficacement contre l’insécurité qu’à condition de travailler ensemble. Les gendarmes disposent d’une connaissance fine du territoire et de la délinquance locale. La justice, pour sa part, connaît les mécanismes procéduraux à mettre en œuvre afin de lutter au mieux contre la délinquance sous toutes ses formes. Ce partenariat entre nos deux Institutions est primordial. Grâce à cela, nous menons de belles opérations conjointes ! », estime la magistrate Noémie Paysant.

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Bilan de la gendarmerie : une délinquance maîtrisée

À l’issue du festival de Bandas de Condom, 59 interventions au total ont été recensées par la gendarmerie, essentiellement durant la nuit.
– 19 vols ont été enregistrés (téléphones portables, portefeuilles, bijoux…), qui ont donné lieu à trois mesures de garde à vue ;
– un individu interpellé par les gendarmes pour des vols en série de bijoux a fait l’objet d’une mesure de comparution immédiate ;
– 3 suspicions de piqûre - non avérées - ont été remontées ;
– les gendarmes ont dressé 6 Amendes forfaitaires délictuelles (AFD) ;
– lors des nombreux contrôles routiers, les gendarmes ont relevé 32 conduites sous l’empire d’un état alcoolique (dont 8 en taux délictuel), 8 conduites sans assurance, ainsi qu’un refus d’obtempérer ;
– aucune atteinte ou agression sexuelle n’est à déplorer, dix jours après la fin du festival.


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