Dans les profondeurs de l’enquête : quand la gendarmerie plonge pour chercher la vérité
- Par le GND (R) Léopold Dubois
- Publié le 17 février 2026
Les plongeurs de la Gendarmerie nationale sont un maillon essentiel de la chaîne criminalistique. Leur technicité permet de faciliter l’élucidation de nombreuses enquêtes. Prenez une grande inspiration et immergez-vous au cœur de cette spécialité.
En 2001, le Centre national d’instruction nautique de la gendarmerie (CNING) et l’Institut de recherche criminelle de la gendarmerie nationale (IRCGN) ont collaboré pour donner naissance au premier stage dévolu à la formation des Techniciens en investigation subaquatique (TIS). Au cours du stage, en constante évolution, les plongeurs apprennent les protocoles propres au milieu, les techniques de prise de vue ainsi que le prélèvement et le conditionnement des indices. La plongée est donc un moyen qui sert à la manifestation des faits et de la vérité. « Il faut objectiver ce qui se passe sous l’eau. Il y a beaucoup de croyances populaires sur le comportement des traces, des indices ou des corps », explique l’adjudant-chef (ADC) Yohan, TIS et commandant de la Brigade fluviale de gendarmerie (BFG) de Conflans-Sainte-Honorine depuis l’été 2025.
Les TIS travaillent de façon étroite avec l’IRCGN, qui les appuie dans l’exploitation des traces et indices prélevés. Il en est de même avec les enquêteurs des Sections de recherches (S.R.), qui ont régulièrement besoin de l’expertise de ces plongeurs quand les criminels tentent de faire disparaître des éléments dans les étangs ou les cours d’eau. « La scène de crime subaquatique est généralement secondaire, voire tertiaire quand le corps, une fois déposé, est emporté par le courant, indique l’adjudant-chef. Le travail reste le même. Il faut faire les constatations judiciaires quel que soit l’endroit. » Le relevé des indices doit se faire au maximum sous la surface, car la remontée d’objets ou de corps peut les abîmer et altérer ou détériorer les traces qu’ils contiennent. Cette technicité, particulièrement sollicitée, demande beaucoup de rigueur et de précision. Elle permet d’éclairer et d’orienter les décisions opérationnelles. « Par exemple, un corps peut mettre plusieurs jours, voire quelques semaines, pour remonter à la surface, expose-t-il. Après les recherches initiales, il est intéressant de relancer les recherches dans ces délais pour retrouver le corps. »
Un milieu d’intervention difficile
Les conditions de travail sont parfois complexes. Les difficultés commencent dès les berges, parfois recouvertes de végétation et de broussailles. Les militaires doivent alors se frayer un chemin pour atteindre l’eau. Une fois immergés, ce sont le froid et le manque de visibilité qui ralentissent les plongeurs. En entraînement ou en intervention, la minutie est donc de rigueur pour les TIS, qui évoluent dans un environnement offrant une visibilité le plus souvent très réduite. Cela est notamment dû au masque de plongée qui limite la vue, mais aussi au manque de lumière et à la forte turbidité de certaines rivières. Même là où la lumière disparaît, l’enquête doit continuer. C’est pourquoi les plongeurs ont développé des techniques pour s’adapter, notamment grâce à un langage de signes codifié entre eux.
Les plongeurs de la gendarmerie interviennent en tout temps et en tout lieu. « L’hiver dernier, en raison des températures négatives, il a fallu que nous brisions une fine couche de glace à la surface pour pouvoir plonger », se souvient l’adjudant-chef Yohan. Ils doivent aussi procéder à des levées de doute près d’ouvrages, comme des barrages. « Nous prenons des précautions et nous disposons d’une cartographie des ouvrages mentionnant les risques propres à chacun pour ne pas nous mettre en danger. Ce type d’intervention a déjà coûté la vie à des plongeurs de la gendarmerie. » Mais l’un des exercices les plus complexes qu’ils ont à réaliser reste la descente au fond de puits. En effet, les espaces sont confinés et la liberté de mouvement est fortement limitée entre les parois étroites. L’action relève presque de la prouesse quand on sait que les plongeurs transportent près de 30 kg de matériel.
De nouvelles techniques au service de la criminalistique subaquatique
Pour faciliter leur travail, les enquêteurs subaquatiques peuvent compter sur des innovations comme la photogrammétrie. Cette technique permet de reconstituer la scène de crime en trois dimensions, grâce à la prise de centaines d’images se recoupant. Grâce à l’emploi d’autres logiciels, la scène est « augmentée » par l’ajout de documents ou encore de photographies qui sont insérés pour illustrer certains éléments. La visualisation 3D de la scène de crime permet aux enquêteurs de l’analyser sans devoir plonger à nouveau, mais également de rendre compte de la scène aux différents experts et magistrats.
L’unité dispose d’un robot filaire appelé ROV, qui permet de filmer sous l’eau, mais aussi d’un aspirateur subaquatique hydraulique, qui sert à vider une voiture de la boue qu’elle contient pour pouvoir l’inspecter et trouver de potentiels indices cachés par la vase ou les sédiments. Un type de matériel qu’utilisent également les plongeurs archéologiques. L’adjudant-chef Yohan constate d’ailleurs une réelle proximité entre la criminalistique subaquatique et l’archéologie, notamment en matière de conservation des traces. Plus récente que la discipline archéologique, la criminalistique subaquatique se développe rapidement. D’ailleurs, les portes de la BFG de Conflans-Sainte-Honorine ont été récemment ouvertes à des étudiants de master, afin qu’ils puissent faire avancer la recherche dans la discipline. Un partenariat gagnant-gagnant.
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