Coupe du monde de ski à Courchevel : le PGHM au cœur du dispositif de secours aux côtés des pisteurs
- Par le commandant Céline Morin
- Publié le 24 mars 2026
Du 11 au 15 mars 2026, la station de Courchevel accueillait des épreuves de Coupe du monde de ski alpin, dont la descente masculine disputée le 13 mars sur la piste de l’Éclipse. Aux côtés des pisteurs secouristes, les gendarmes du Peloton de gendarmerie de haute montagne (PGHM) de Savoie ont participé au dispositif mis en place par la station pour assurer la sécurité des compétiteurs. Une coopération désormais bien rodée, appelée à monter en puissance dans la perspective des Jeux olympiques d’hiver 2030.
Vendredi 13 mars 2026 – 9 heures. Hauteurs de Courchevel. Alors que les remontées mécaniques ouvrent au public, un rassemblement inhabituel s’organise à une centaine de mètres en aval de l’arrivée de la télécabine du Chenu, à proximité de la zone de départ de l’épreuve de la descente hommes. À une heure trente du départ de la course, pisteurs, gendarmes et médecins tiennent leur dernier briefing, avec la revue des grands points du protocole de secours et les derniers conseils concernant l’abord de la piste et le contrôle du matériel avant d’aller prendre position. Les équipes techniques font de même.
L’effervescence générale est palpable. Chacun connaît sa mission. La piste, préparée depuis plusieurs jours comme une véritable patinoire, doit être irréprochable. Sur ce tracé où les descendeurs peuvent atteindre 130 à 135 km/h, rien n’est laissé au hasard. « Sur la piste il ne doit y avoir aucun trait de ski. Les lisseurs, principalement des moniteurs ou des stagiaires de l’École nationale de ski et d’alpinisme, passent entre chaque concurrent pour garantir l’équité », explique le major Laurent, secouriste au PGHM de Savoie.
Le ciel, limpide dès le matin, annonce une journée idéale pour cette compétition internationale très attendue ; elle a d’ailleurs été avancée d’une journée afin d’en garantir la tenue au regard des mauvaises prévisions météorologiques du week-end (les deux super-géants programmés les 14 et 15 mars ont finalement été annulés, NDLR). « Il y a forcément un peu de pression. Il y a la télé, les médias internationaux. Mais c’est notre métier. Il faut simplement faire son travail comme sur n’importe quel secours », rappelle le directeur adjoint de la sécurité des pistes lors du briefing d’avant course.
Un dispositif de secours millimétré le long du parcours
Pour la course, comme pour les entraînements des jours précédents, le dispositif repose sur une organisation précise. Cinq postes de secours sont répartis le long de cette piste longue de près de trois kilomètres : deux au sommet, trois sur des sections inférieures. Chaque poste réunit deux pisteurs, un gendarme du PGHM et un médecin. Cinq militaires sont ainsi engagés sur le terrain et un sixième auprès de l’hélicoptère positionné sur la DZ (Dropping Zone) principale, installée à Courchevel – Le Praz, sur un terrain face à la ligne d’arrivée. « L’idée est d’avoir toujours les mêmes personnels pendant toute la compétition afin de créer des automatismes et une véritable symbiose entre les équipes », souligne le major Laurent.
Le principe du dispositif repose sur la rotation des équipes : lorsqu’un poste intervient et évacue un blessé, celui situé au-dessus prend sa place, d’où le double positionnement au sommet.
L’objectif est d’intervenir vite, d’extraire rapidement la victime et de libérer la piste. « La priorité reste la victime, mais on doit aussi faire un travail rapide pour libérer la piste et permettre la reprise de la compétition, car pendant les épreuves de descente, celle-ci doit être complètement hermétique. Quand un coureur s’engage, personne ne doit se trouver sur la piste, ni sur les bords, car à la vitesse à laquelle ils descendent, la trajectoire après une chute est totalement imprévisible et une collision pourrait être dramatique. C’est différent lors des épreuves de slalom ou de géant, où nous pouvons rester en bord de piste, dès lors qu’on évite les potentielles trajectoires de chutes. »
L’expertise du PGHM au profit du service des pistes
Si les pisteurs assurent la primo-intervention et posent un premier bilan médical, le PGHM apporte une expertise technique déterminante, notamment pour les évacuations héliportées.
« Nous ne sommes pas trop de trois pour prendre en compte des blessés du gabarit de ces athlètes, notamment pour le levage, mais nous sommes surtout là pour l’expertise liée à l’emploi de l’hélicoptère et à l’évacuation héliportée. Nous faisons le lien entre le sol et l’aérien », résume le major Laurent.
Lors du briefing, Laurent Gaël, responsable des pisteurs sur la course et coordinateur du dispositif, insiste d’ailleurs sur cette expertise : « Suivez les conseils des gendarmes, ils sont habitués aux extractions rapides. Si vous avez un doute, ils vous aideront. » Un peu plus tard il confirme : « Ils ont l’expertise de l’extraction en milieu périlleux et la maîtrise des treuillages que nous ne faisons pas. C’est vraiment une plus-value. On ne peut pas s’en passer. »
Une coopération bien installée
Cette collaboration ne date pas d’hier. « Nous avons commencé à travailler ensemble lors des finales de Coupe du monde en 2022, quand la piste de l’Éclipse a été utilisée pour la première fois. On a alors construit un protocole commun », explique le major Laurent.
Depuis, la coopération est systématique sur les grandes compétitions. « À chaque Coupe du monde, on travaille ensemble », confirme le coordinateur des pisteurs.
Celle-ci devrait encore se renforcer. « À l’avenir, en prévision des Jeux olympiques, on fera probablement des entraînements communs pour être encore plus performants », anticipe le pisteur.
« Nous n’avons pas encore d’informations précises, mais on devrait retrouver les mêmes dispositifs, dimensionnés toutefois à la hauteur des contraintes olympiques, c’est-à-dire avec des épreuves simultanées ou à des intervalles très courts, sur des stations différentes, rendant impossible toute bascule de forces. Il est donc probable que l’engagement du PGHM soit très important et on devra avoir les effectifs nécessaires pour être présents sur chaque site », indique le major Laurent.
Si le dispositif de secours a été mis à l’épreuve au cours des entraînements deux jours plus tôt, lors de la chute d’un ouvreur qui a dû être héliporté vers un centre hospitalier, la course s’est déroulée sans incident majeur, démonstration concrète d’un travail collectif au service d’un objectif commun : la sécurité des athlètes.
Une semaine particulièrement intense pour les gendarmes du PGHM, qui ont également été engagés sur d’autres événements sportifs majeurs comme la Pierra Menta ou la Freeride World Qualifier.
L’organisation d’un dispositif hors norme : entretien avec le directeur adjoint du service des pistes
Pour Michaël Nombret, directeur adjoint du service des pistes de la station de Courchevel, la réussite du dispositif repose sur l’anticipation. « Les premières réunions préparatoires ont eu lieu en juin 2025. Nous avons commencé à travailler concrètement sur cette course un mois avant. »
Autre enjeu majeur : la coordination entre les nombreux acteurs. « Nous avons donc mis en place un coordinateur pour faire l’interface entre les équipes de secours, le comité de course et la direction. »
Insistant sur la plus-value de la présence des gendarmes du PGHM, tant au plan du renfort numéraire que de l’apport de technicité, notamment en lien avec les extractions héliportées, il souligne une coopération qui s’inscrit dans le quotidien : « Nous travaillons en permanence avec les gendarmes dans le cadre du plan de secours montagne. C’est une véritable interconnexion. On fait tous partie de la chaîne des secours. Chacun apporte ses compétences : nous sur la piste, eux sur la montagne et les évacuations héliportées. »
Il rappelle également le rôle des gendarmes du PGHM lors d’accidents graves : « Dès qu’il y a une collision ou un accident dramatique, nous avons besoin d’eux pour recueillir les éléments et mener les investigations. »
Si la programmation et la répartition des épreuves des prochains Jeux olympiques d’hiver restent suspendues aux décisions du COJO, le regard de Michaël Nombret est naturellement tourné vers l’avenir : « Cette Coupe du monde nous permet déjà de nous organiser, de nous projeter vers 2030 et de nous y préparer ensemble. »
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