Rhône-Alpes : le GOS des montagnes

  • Par Léopold Dubois
  • Publié le 04 juillet 2025
Équipier du GOS en ghili.
© GEND/ SIRPAG/ MDC LAPOINTE

Le Groupe d’observation et de surveillance (GOS) Rhône-Alpes est perché dans les Alpes. En apportant leur concours aux enquêteurs de la Région de gendarmerie, ce groupe de l’ombre les aide à rassembler des preuves et des informations pour faire avancer les investigations.

Il vous apparaîtrait comme n’importe quel promeneur en forêt : sac à dos, chaussures de randonnée, et un air décontracté. Pourtant, il s’agit d’un gendarme du Groupe d’observation et de surveillance (GOS) Rhône-Alpes en repérage. Sa mission est de poser un moyen vidéo non loin de là sans se faire repérer. « Mon rôle est de poser un capteur vidéo et ensuite de me mettre en place de façon à être en mesure de renseigner et de prendre des photos du lieu de rendez-vous. Je serai les yeux du dispositif. » Une fois la voie libre et les randonneurs au loin, il s’écarte du sentier et s’enfonce dans les bois. À bonne distance, il sort de son sac une tenue qu’il enfile. « On est équipé en ghillie pour être particulièrement discret. » Une fois dans sa tenue de camouflage, il progresse discrètement vers son poste. « Pour le déplacement jusqu’à mon point d’observation, j’adapte mon attitude et ma vitesse en fonction de l’environnement et, petit à petit, je vais réduire ma silhouette pour être le plus furtif possible en approche du point d’observation. Il faut prendre son temps, parfois beaucoup de temps, pour éviter d’être décelé ».

Équipier du GOS marchant dans la forêt.
© GEND/ SIRPAG/ MDC LAPOINTE

Utiliser son environnement et le terrain naturel

À son poste d’observation, il se fond dans le décor tout en restant opérationnel. « En même temps que je prends des photos, je suis en communication radio avec le reste du groupe et je les renseigne sur tout ce qui se passe. Le but de la photo est d’identifier des personnes ou des véhicules et de matérialiser les infractions ». Après avoir pris les photos, l’observateur doit repartir sans éveiller les soupçons. « Une fois que la mission est terminée, en général on reste sur place un peu, puis on s’extrait de la zone et on redevient un randonneur lambda. C’est cette phase de transition qui est délicate. »

Un équipier en ghili observe une voiture.
© GEND/ SIRPAG/ MDC LAPOINTE

Planté dans la vallée de l’Isère entre les massifs alpins, le GOS Rhône-Alpes a bien compris que le terrain commande. C’est pourquoi cette unité s’entraîne autant dans « la verte ». Pour le lieutenant Gaël, commandant de l’unité, « tous les GOS font le même métier, mais notre spécificité, c’est d’être entouré de montagne. Des points hauts, on voit mieux ce qu’il se passe en bas ». Les militaires de l’unité tirent profit de ce paysage escarpé pour préparer leurs missions et mettre en place des dispositifs en adéquation avec le terrain. « On est dans une région montagneuse, donc on va être amené à travailler sur du relief avec des zones qui vont nous faciliter l’usage visuel avec des postes d’observation plus intéressants. On a la chance de pouvoir se servir du terrain et des montagnes pour avoir de meilleurs champs d’observation », témoigne Mane, gendarme du GOS. 

Équipier du GOS en ghili utilisant des jumelles.
© GEND/ SIRPAG/ MDC LAPOINTE

Cependant, leur palette s’étend bien au-delà de la seule nature des massifs avoisinants. En effet, le GOS Rhône-Alpes est une unité qui développe sa polyvalence, puisqu’elle « est amenée à faire de l’urbain dans la ville de Grenoble ou de Montélimar, et on peut aussi faire du périurbain et de la zone montagne, indique Mane. On a la chance de toucher à l’ensemble du spectre missionnel auquel un GOS peut être confronté ».

Être au service des autres unités

Si les personnels du GOS se donnent tant de mal à devenir invisibles, c’est pour aider les unités qui les sollicitent dans le cadre de leur enquête. La complexité de certaines affaires nécessite l’appui d’unités spécialisées comme celle du GOS Rhône-Alpes. C’est notamment ce qu’a remarqué la gendarme Mane, lorsqu’elle était affectée en brigade territoriale avant d’intégrer le GOS, il y a quatre ans : « Les unités de terrain et de recherches ont besoin de matérialiser les infractions par des photographies et des éléments matériels pour qu’une réponse pénale soit apportée. Quand j’étais en brigade, je me suis rendu compte que l’on n’y arrivait pas, et je pense que le but des unités OS est d’aider les unités élémentaires. » Aider ses collègues à constituer des dossiers solides, c’est ce qui a motivé la gendarme Mane a passé de l’autre côté : « Je suis entrée en GOS pour matérialiser les choses, afin que des décisions judiciaires soient prises. »

Équipier GOS prenant une photo depuis l'arrière d'un véhicule.
© GEND/ SIRPAG/ MDC LAPOINTE

Mais pour y parvenir, le GOS ne travaille pas seul. Sur une enquête, il peut être employé « au profit des Sections (S.R.) ou des Brigades de recherches (B.R.) voire d’unités territoriales » rappelle le lieutenant Gaël. Il est aussi interopérable puisqu’il mène parfois des surveillances conjointes avec les Cellules départementales d’observation et de surveillance (CDOS) qui dépendent des Groupements de gendarmerie départementale (GGD).

Déterminer le bon niveau de subsidiarité

Les GOS n’initient pas de dossiers en propre. Ils doivent être saisis par des unités de recherches (Brigade de recherches – B.R. ou S.R.). Le rôle du commandant du GOS est alors d’évaluer la demande afin de déterminer la plus-value que peut apporter son unité dans le dossier et d’établir le bon niveau de subsidiarité. En effet, trois types d’unité peuvent être engagés en fonction de la complexité de l’affaire et du niveau de dangerosité des criminels :
   • Cellules départementales d'observation et de surveillance (CDOS) : ont vocation à réaliser des missions d'observation surveillance nécessitant la mise en œuvre de techniques simples face à la petite délinquance, au profit des groupements de gendarmerie départementale.
   • GOS : à compétence régionale, à l’exception du GOS de l’Office central de lutte contre la délinquance itinérante (OCLDI) qui dispose d’une compétence nationale, les GOS ont vocation à réaliser des missions d’observation surveillance face à la délinquance moyenne et à la délinquance organisée.
   • Force observation recherche (FOR) du Groupe d’intervention de la gendarmerie nationale (GIGN) : mène des missions d’observation surveillance face à la grande délinquance organisée ainsi que dans des dossiers présentant des complexités techniques, une sensibilité particulière et/ou une notion d’arme

Une passion plus qu’un métier

Pour le lieutenant Gaël « l’OS est une spécialité à part, c’est une passion », comme en témoigne ses 13 années de carrière passées dans différents GOS. Un sentiment partagé par la gendarme Mane : « l’OS est un métier passion ». Malgré le quotidien rythmé et passionnant de cette unité, les candidatures sont peu nombreuses. Pour la gendarme Mane, l’explication la plus probable semble être que le GOS « est très peu connu au niveau de l’institution et c’est pour ça qu’il y a très peu de volontaires ». Un constat que partage le gendarme Clap : « Le problème est qu’il y a très peu d’informations sur le GOS. L’inconnu faisant peur, beaucoup de gens ne se présentent pas aux tests de sélection par peur de l’échec ou de ne pas être à la hauteur. En réalité on se découvre énormément sur les tests de sélection. Il faut le faire pour se rendre compte qu’on en est largement capable et que c’est un super métier. » 

Équipier du GOS au volant d'un véhicule.
© GEND/ SIRPAG/ MDC LAPOINTE

Le GOS est également perçu comme une unité avec un rythme effréné de travail et qui laisse peu de temps pour soi, déplore Mane : « On se fait beaucoup de film en pensant qu’il n’y a pas de vie de famille et qu’on est sollicité H24. » Clap l’assure : « Le GOS c’est une unité atypique avec des horaires atypiques, mais j’ai trouvé un vrai équilibre de vie. »

 


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