Regards croisés sur l’École de gendarmerie de Chaumont à l'occasion de ses 80 ans

  • Par Léopold Dubois
  • Publié le 20 juin 2025
Cérémonie militaire pour les 80 ans de l'école de gendarmerie de Chaumont
© GEND/SIRPA/BRC A. MARCE

L’École de gendarmerie de Chaumont a fêté ses 80 ans, le vendredi 13 juin 2025, lors d’une grande cérémonie militaire. Pour l’occasion, le Commandant des écoles de la gendarmerie nationale (CEGN), le général de corps d’armée Laurent Bitouzet, un ancien élève, deux élèves-gendarmes et un instructeur reviennent sur l’importance de cet événement.

Le 9 juin 1945, l’École de gendarmerie (EG) de Chaumont est créée pour soutenir la reconstruction de la France d’après-guerre, comme l’a rappelé le Major général de la gendarmerie nationale (MGGN), le général de corps d’armée André Petillot, lors de la cérémonie militaire qui s’est tenu le vendredi 13 juin 2025 au sein de l’école : « Tout était à reconstruire. Et pour construire, il fallait d’abord former ». Une tâche que porte l’EG de Chaumont depuis 80 ans. Pour l’anniversaire de la plus ancienne école de gendarmerie, un ancien élève et deux élèves actuels, ainsi qu’un cadre de la 4e compagnie d’instruction, témoignent de leur expérience au sein de l’école. Des propos complétés par l’éclairage du Commandant des écoles de la gendarmerie nationale (CEGN), le général de corps d’armée Laurent Bitouzet.

« Plus on regarde dans le passé, plus on voit loin dans le futur »

La cérémonie militaire du vendredi 13 juin 2025 pour l’anniversaire de l’EG de Chaumont a réveillé des souvenirs pour les plus anciens élèves qui n’avaient pas foulé le sol de place d’armes depuis de nombreuses années. L’école a bien changé selon Michel Cresti qui y était élève en 1970. « Ça n’avait rien à voir avec l’école d’aujourd’hui notamment au niveau du casernement », se souvient-il. 

Si l’école a fait peau neuve, elle garde toujours l’héritage et l’histoire de ces anciens élèves. En 80 ans, ce sont plus de 60 000 gendarmes qui se sont succédé au sein des murs de l’EG de Chaumont et qui ont perpétué le souvenir et les traditions. « La tradition, l’héritage de nos anciens, une gendarmerie pluriséculaire, une gendarmerie reconnue et aimée par sa population, la fierté d’être gendarme… Tout cela, on le doit à nos anciens, à ceux qui étaient gendarmes avant nous, évoque le général de corps d’armée Laurent Bitouzet, Commandant des écoles de la gendarmerie nationale (CEGN). C’est dans cette histoire et cette tradition que nous puisons notre force, nos valeurs pour être de bons gendarmes. L’histoire est essentielle dans ce que nous enseignons à nos gendarmes en formation militaire initiale. »

Le général de corps d'armée Laurent Bitouzet, Commandant des écoles de la Gendarmerie nationale (CEGN).
© GEND/SIRPA/BRC A. MARCE

Un enseignement qui captive les élèves-gendarmes qui sentent, comme Alexis, le poids de l’héritage de leurs aînés sur leurs épaules en ce jour de célébration des 80 ans de l’école : « Ce n’est pas seulement une date, c’est toute une histoire, celle des sous-officiers et Gendarmes adjoints volontaires (GAV) qui sont passés ici. »

« Plus on regarde dans le passé, plus on voit loin dans le futur, assure le général Laurent Bitouzet. C’est une école qui mène des innovations. C’est la première, par exemple, à avoir formé nos sous-officiers au numérique. C’est une école qui conduit, dans les relations internationales, des partenariats de formation avec nos camarades allemands. Elle n’est pas unique, car c’est une des sept écoles de sous-officiers et de GAV de la gendarmerie, mais Chaumont est fidèle à sa devise : "Première oblige" ! »

L’importance de la transmission des traditions

Avec autant de bougies à souffler, les cadres et formateurs ont préparé les élèves-gendarmes à l’événement bien en amont. « Les 80 ans ont résonné de façon progressive, indique le capitaine Jérôme, qui commande la 4e compagnie d’instruction de l’école. Dans un premier temps, on a commencé à les préparer à cet anniversaire en leur montrant que la formation était issue d’un retour d’expérience de toutes ces années de pédagogie. Et petit à petit, dans les dernières semaines avant les 80 ans, on les a invités à réfléchir sur leurs parcours et sur les éléments fondamentaux de la formation d’élèves-gendarmes. »

La cérémonie militaire le 13 juin est venue ponctuer ce parcours mémoriel et de réflexion. L’élève-gendarme Alexis était, avec sa compagnie, sous le mât des couleurs, au cœur de la célébration : « Une fierté ! Cette école a créé l’opportunité pour de nombreux sous-officiers d’avoir une belle carrière. »

La transmission des traditions et des valeurs revêtent une importance particulière au sein des écoles de gendarmerie. Le cursus de formation est jalonné par des étapes qui marquent l’avancée des élèves-gendarmes dans l’institution et leur appartenance à celle-ci : les traditions militaires, la veille au drapeau, la présentation du drapeau, la remise du képi... Pour le général Bitouzet, « c’est dans cette progression vers la militarité que nos gendarmes se reconnaissent aujourd’hui. Tous les jeunes que je rencontre, les 12 000 contrats que nous signons tous les ans, viennent pour ce sens des valeurs ».

Compagnie d'élèves gendarmes à l'école de gendarmerie de Chaumont
© GEND/SIRPA/BRC A. MARCE

L’école, lieu de transformation

Il y a un sentiment particulier qui anime les recrues quand elles passent pour la première fois les grilles des écoles de gendarmerie. Elles mettent le pied dans le monde militaire qui incarne des valeurs et un savoir-être que certains ne connaissent pas : « Arrivent des personnes qui n’ont pas forcément de connaissance de la gendarmerie, remarque le capitaine Jérôme. On leur demande donc d’avoir un double savoir-être au sein de l’institution : un savoir-être militaire et un savoir-être gendarmerie. »

Ceux qui étaient, quelques mois auparavant, entrés par cette porte, en ressortent gendarmes prêts à servir leurs concitoyens. Une transformation que Michel Crespi a réellement ressentie : « C’était pour moi la métamorphose, ma métamorphose personnelle que d’avoir fait mon apprentissage de gendarme à l’école de Chaumont. » Le changement qu’il a vécu, il y a près de 50 ans, en rentrant à Chaumont, les élèves-gendarmes continuent de le vivre, année après année. L’élève-gendarme Alexis a ressenti cette transformation profonde durant sa marche au képi : « Une marche de 36 kilomètres pour passer du calot au képi, qui est un symbole au sein de notre institution. » 

Comme lui, l’élève-gendarme Cassandra a retenu ce passage marquant de sa formation, qui lui a permis de se « rendre compte de la chance d’être ici, de faire partie de cette belle promotion. 36 kilomètres sous la pluie, mais dans la bonne humeur ! C’est le moment le plus important de ma formation ». Un événement qui s’inscrit dans leur parcours mémoriel « car nous sommes arrivés au niveau de la croix de lorraine du Mémorial Charles de Gaulle (situé à Colombey-les-deux-églises, NDLR), se rappelle Alexis. En termes d’histoire, c’était quand même relativement incroyable pour des jeunes patriotes comme nous. »

Un moment qui entre en écho avec une rencontre que Michel Crespi a faite, alors qu’il était en permission avec sa fiancée, non loin de l’école en 1970. « C’est l’un des meilleurs souvenirs de ma vie. J’ai entendu une voix : "Bonjour gendarme". C’était le Général de Gaulle ! Nous étions quatre jours avant sa mort. »


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