Lutte contre le narcotrafic : l’action des gendarmes de Haute-Savoie au cœur des quartiers de reconquête républicaine
- Par Hélène THIN
- Publié le 04 avril 2025

Tandis que la lutte contre les stupéfiants constitue une priorité gouvernementale, les forces de sécurité intérieure œuvrent quotidiennement au cœur des territoires, afin d’entraver l’action des trafiquants. Le 18 février dernier, en Haute-Savoie (74), les militaires de la compagnie de gendarmerie départementale de Bonneville ont ainsi conduit une opération ciblée dans des quartiers de reconquête républicaine.
Nichée dans la vallée de l’Arve, en Haute-Savoie (74), la ville de Cluses se situe à mi-chemin entre Genève et Chamonix. La commune, où résident quelque 17 000 habitants, se découpe en cinq quartiers. Érigé dans les années 1960 afin de loger la main-d’œuvre ouvrière, le quartier des Ewües est essentiellement constitué de logements sociaux. Implanté au nord du centre-ville, il compte environ 3 000 habitants.
C’est au sein d’un vaste ensemble d’immeubles, bordés par les reliefs alpins et la voie ferrée, qu’une opération s’est déroulée ce 18 février 2025. « L’objectif du jour est de fouiller les caves et les parties communes de certains bâtiments, préalablement ciblés, précisait alors le chef d’escadron (CEN) Yannick Ferrin, commandant de la Compagnie de gendarmerie départementale (CGD) de Bonneville (74). Cette opération anti-délinquance s’inscrit dans l’action continue, et en profondeur, que nous menons quotidiennement dans les Quartiers de reconquête républicaine (QRR). »
Ces zones spécifiques, caractérisées par une forte concentration de la délinquance et divers paramètres sociologiques, économiques ou liés à l’urbanisme, font l’objet d’une action renforcée de la part des forces de sécurité intérieure. Déployé progressivement à partir de 2018, le dispositif QRR vise à intensifier la lutte contre la délinquance dans certains territoires ciblés, notamment grâce à l’attribution de moyens supplémentaires.
Interpeller et harceler les trafiquants
Il est environ 6 h 30, ce 18 février 2025, lorsque les gendarmes stationnent leurs véhicules au pied des immeubles. Plongé dans la nuit, le quartier des Ewües dort encore. Silencieusement, le dispositif se déploie sous les ordres de l’adjudant-chef (ADC) Damien, responsable des opérations. Affecté à la Brigade territoriale autonome (BTA) de Scionzier, le militaire est parfaitement rodé à la mission qui s’engage alors. Plusieurs manœuvres de ce type sont organisées chaque semaine dans les secteurs sensibles, à différentes heures du jour et de la nuit. « Grâce aux informations collectées sur le terrain auprès des partenaires, des commerçants ou des habitants, ainsi qu’aux renseignements criminels issus de nos nombreuses affaires, liées de près ou de loin aux quartiers, nous pouvons à tout moment organiser des opérations, fondées sur des dispositifs simples mais efficients, aux fins d’interpeller ou, à défaut, de harceler les délinquants », explique le chef d’escadron Ferrin.
Ce matin-là, le dispositif se compose de quatre gendarmes de la BTA de Scionzier, de cinq autres du Peloton de surveillance et d’intervention de la gendarmerie (PSIG) de Bonneville, ainsi que d’une équipe du Groupe d’investigations cynophile (GIC) de Bonneville.
« C’est donc un dispositif léger, parfaitement adapté à l’opération ciblée que nous menons aujourd’hui, précise le chef d’escadron Yannick Ferrin. Étendu sur un vaste périmètre rectangulaire d’un kilomètre de long sur trois cents mètres de large, ce quartier est une zone de deal identifiée. On y retrouve principalement du trafic de résine, d’herbe et de cocaïne. »
Tandis qu’un groupe de militaires s’infiltre dans un premier bâtiment, rue Raymond Poincaré, les gendarmes du PSIG se positionnent à l’extérieur afin de surveiller les abords. L’immeuble n’est pas visé au hasard. « Le travail de renseignement mené quotidiennement sur le terrain a révélé l’existence d’une activité suspecte à cette adresse », explique l’adjudant-chef Damien.
Hall, escaliers, paliers, locaux techniques, boîtes aux lettres… les militaires inspectent méthodiquement chaque recoin du bâtiment, appuyés par Nala, une malinoise spécialisée dans la recherche de Stupéfiants, d'armes, de munitions et de billets de banque (SAMBI). Fiable et performant, le chien s’est imposé en quelques décennies comme un acteur incontournable au service de l’investigation en gendarmerie.
« Ici, la présence et l’action des gendarmes sur le terrain sont fondamentales. Les habitants des quartiers, qui aspirent à vivre en toute tranquillité, sont souvent excédés par la délinquance. Le trafic de stupéfiants génère de nombreuses problématiques, à commencer par la violence », complète l’adjudant-chef Damien.
Après avoir fouillé ce premier bâtiment, et recueilli divers renseignements, les gendarmes accomplissent la même opération dans un immeuble voisin. Dans celui-ci, le chien réalise un marquage, qui donnera lieu à une opération anti-stupéfiants ciblée dans les jours suivants. « Les renseignements ainsi récoltés nous permettent d’adapter ou de réorienter nos actions à venir, mais aussi d’alimenter la Brigade de recherches (B.R.) de Bonneville, laquelle travaille au démantèlement des trafics dans la vallée de l’Arve, indique le CEN Ferrin. Nous travaillons en coopération étroite avec la police municipale, autour d’un objectif commun : harceler sans relâche les points de deal sur l’ensemble des secteurs où la drogue est implantée, afin d’entraver l’activité des trafiquants. »
Pour lutter toujours plus efficacement contre ces trafics, un groupe de travail a été constitué. Les militaires de la brigade de recherches de Bonneville, ainsi que quelques enquêteurs issus des brigades de la compagnie de gendarmerie de Bonneville travaillent ainsi collectivement pour mettre à mal l’activité des trafiquants. « Nous menons une action dans la profondeur et ciblons l’ensemble de la chaîne, du chef de réseau au revendeur », souligne le chef d’escadron Ferrin.
Ce 18 février, plus tard dans la matinée, l’opération s’est poursuivie sur la commune de Magland, située à quelques kilomètres. Direction l’un des secteurs sensibles de la ville, où les militaires ont également passé au crible garages, caves et espaces communs, en deux endroits du quartier. Une fois la mission terminée, les gendarmes ont rejoint leurs unités respectives.
À la brigade de Scionzier, territoire sur lequel s’est déroulée l’opération du jour, les militaires font face à une activité intense et continue tout au long de l’année. « Parallèlement à la lutte contre les stupéfiants, qui nécessite un fort engagement sur le terrain, nous enregistrons un nombre croissant de crimes et délits », observe l’adjudant-chef Damien.
Ces actions au cœur des quartiers demeurent une priorité absolue pour ces militaires, au vu de l’enjeu sociétal, économique et sécuritaire majeur que représente aujourd’hui le narcotrafic.
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