Lutte contre la délinquance : les autoroutes de Haute-Savoie sous haute surveillance

  • Par Hélène THIN
  • Publié le 24 mai 2025
Image d'un malinois, photographié de biais, assis, attendant devant la porte ouverte d'un autocar de couleur rouge. En arrière plan, on distingue la gare de péage de l'autoroute.
© SIRPA-G / MDC Brice LAPOINTE

Face à une délinquance toujours plus mobile, transitant le plus souvent par la voie routière, les gendarmes multiplient les opérations de surveillance et de contrôle des flux. Immersion aux côtés des militaires de l’Escadron départemental de sécurité routière (EDSR) 74, sur les autoroutes de Haute-Savoie.

Il est environ 16 heures, en ce lundi ensoleillé de février 2025. À la barrière de péage de Saint-Martin-Bellevue (autoroute A41), à quelques encablures d’Annecy, le dispositif de gendarmerie est en place. Tandis que les premiers travailleurs transfrontaliers partis en Suisse pour la journée commencent à regagner la France, le trafic routier se densifie peu à peu. « Ici transitent chaque jour 90 000 véhicules, dans ce seul sens de circulation, indique le chef d’escadron (CEN) Vincent Pautrat, commandant de l’Escadron départemental de sécurité routière (EDSR) de Haute-Savoie (74). Cette barrière autoroutière permet d’établir un point de contrôle des automobilistes circulant de la France vers la Suisse, et inversement. »

Au cours de la dernière décennie, le flux de circulation a fortement augmenté sur les routes du département. Un phénomène dû à la croissance exponentielle de la population, à raison de 10 000 habitants supplémentaires accueillis chaque année en Haute-Savoie. Dense et attractif, ce territoire affiche un niveau de vie médian largement supérieur à la moyenne nationale.

Située à quarante kilomètres d’Annecy, la ville de Genève attire de nombreux travailleurs français, en raison des conditions salariales particulièrement avantageuses qui leur sont proposées. Classée parmi les pays les plus riches de la planète, la Suisse concentre également de nombreuses richesses, suscitant la convoitise des délinquants. C’est principalement par la route que ces derniers assurent leurs déplacements et ceux des marchandises, de part et d’autre de la frontière.

Ces voies sont également empruntées par les nombreux touristes rejoignant les différentes stations de sports d’hiver (Avoriaz, La Clusaz, Les Gets, Chamonix, Megève…). Leur contrôle constitue donc un axe d’action prioritaire pour les militaires du Groupement de gendarmerie départementale (GGD), présents au quotidien sur les routes afin de lutter contre la délinquance sous toutes ses formes.

Photo d'un gendarne de dos, positionné devant une voiture, au niveau d'un péage autoroutier
© SIRPA-G / MDC Brice LAPOINTE

« Être présents au bon endroit, au bon moment ! »

Disséminés dans le flux ininterrompu de véhicules franchissant la barrière de péage de Saint-Martin-Bellevue, ce lundi 17 février 2025, les gendarmes stoppent les véhicules d’un signe de la main. C’est un dispositif de grande ampleur qui est mis en œuvre ce jour-là. « Nous contrôlons tout ce qui touche à la voiture !, résume le CEN Vincent Pautrat, qui coordonne la manœuvre. Deux opérations anti-délinquance de nature similaire sont également conduites, au même moment, sur les gares de péage de Nangy et de Viry, jalonnant l’autoroute A40. Ainsi déployé au niveau de trois points névralgiques, ce dispositif permet aux gendarmes de tenir le territoire dans la profondeur, à une heure de forte affluence. Notre objectif : être présents au bon endroit, au bon moment ! »

Une quarantaine de personnels au total sont ainsi engagés sur ce triple dispositif, dont 33 issus de l’EDSR 74, une équipe cynophile du Peloton de surveillance et d’intervention de la gendarmerie (PSIG) de Saint-Julien-en-Genevois, une seconde du Peloton motorisé (P.Mo.) de Passy-Mont-Blanc, ainsi que deux membres de la Cellule de lutte contre le travail illégal et les fraudes (CELTIF).
Au péage de Saint-Martin-Bellevue, le dispositif compte une dizaine de militaires. Positionné à un kilomètre en amont du péage, un premier gendarme équipé d’un cinémomètre est chargé de relever la vitesse des automobilistes, sur une portion limitée à 110 kilomètres/heure. Les contrevenants seront arrêtés, puis verbalisés, quelques instants plus tard, par les gendarmes situés au niveau des barrières.

Vérification des plaques d’immatriculation, papiers des véhicules et des conducteurs, marchandises transportées, téléphones au volant, état des véhicules… Rien n’échappe à la vigilance des militaires. Des dépistages de l’alcool et des stupéfiants sont également réalisés.
« La délinquance passe nécessairement par la route. C’est aussi tout l’enjeu de l’opération du jour, au-delà des contrôles de sécurité routière que nous réalisons, souligne le CEN Pautrat. Département frontalier avec la Suisse et l’Italie, la Haute-Savoie se situe à un carrefour stratégique. Les flux qui transitent sur les routes sont en constante augmentation, et sont étroitement surveillés. » L’opération est conduite en coopération avec les services de la Police aux frontières (PAF) et des douanes, qui se tiennent prêts à réagir en cas de nécessité.

À Saint-Martin-Bellevue, comme aux deux autres points de contrôle, la circulation se densifie au fil de l’après-midi, et les contrôles s’enchaînent à une cadence soutenue.
Au milieu des voitures se faufile le Malinois du peloton motorisé de Passy-Mont-Blanc. Markus, neuf ans, inspecte les coffres et les habitacles des véhicules suspects, sous la direction de son maître, l’adjudant Nicolas. « Spécialisé dans la recherche de Stupéfiants, armes, munitions et billets de banque (SAMBI), il est le premier chien en gendarmerie à avoir été affecté sur le site du tunnel du Mont-Blanc », confie ce dernier. Pour l’heure, l’animal inspecte méthodiquement une grosse cylindrée de couleur blanche stoppée par les gendarmes, avec quatre jeunes à son bord. Un bus de touristes sera ensuite passé au peigne fin par l’équipe cynophile. Doté d’un d'un flair redoutable, le chien s’est peu à peu imposé en gendarmerie au fil des années. Après avoir démontré toute son efficacité, il est aujourd’hui employé à l’appui de nombreuses missions opérationnelles.

Les VTC (Véhicules de Tourisme avec Chauffeur) sont également l’objet de toute l’attention des militaires, au regard notamment de la lutte contre la concurrence déloyale. « Nombreux sont les VTC à travailler ici en toute illégalité durant la période hivernale, profitant ainsi du regain d’activité lié à l’affluence touristique dans la région, observe le CEN Pautrat. C’est pourquoi nous y sommes particulièrement attentifs. »

Image d'un malinois, photographié de biais, assis, aux côtés de son maître, un gendarme, fouillant le coffre d'un véhicule blanc. En arrière plan, on distingue la gare de péage de l'autoroute.
© SIRPA-G / MDC Brice LAPOINTE

L’EDSR 74, une large capacité d’action

Des opérations de cette envergure, l’Escadron départemental de sécurité routière de Haute-Savoie en organise plusieurs chaque mois. « Nous faisons face à un trafic constant. Les frontaliers se déplacent toute l’année. Lorsque le flux de travailleurs vient à baisser, durant les périodes de congés, il est immédiatement remplacé par celui des touristes. C’est pourquoi l’activité ne faiblit jamais, explique le CEN Pautrat. Les stations de sports d’hiver, tout comme la proximité des aéroports d’Annecy et de Genève, génèrent aussi de nombreux déplacements sur les routes. »

Connues pour leur action dans la lutte contre les grands excès de vitesse et les conduites addictives, les unités de sécurité routière de la gendarmerie ont en réalité un périmètre bien plus large. « Nous traitons tous les registres de la délinquance ! », indique le CEN Vincent Pautrat.
Composé de quatre pelotons motorisés (Annecy, Bonneville, Saint-Julien-en-Genevois et Passy-Mont-Blanc), ainsi que d’une brigade motorisée (Thonon-les-Bains), soit près de 130 militaires, l’EDSR 74 dispose d’une large capacité d’action. « L’unité dispose d’un chien, qui est essentiel à sa mission. L’animal intervient notamment à l’appui de la lutte contre le trafic de produits stupéfiants, axe clé de notre action », indique le CEN Pautrat.

L’unité, et plus spécifiquement le P.Mo. de Passy, a pour autre prérogative d’assurer la sécurisation du tunnel du Mont-Blanc. Long de 11,6 kilomètres, cet ouvrage exceptionnel, reliant Chamonix-Mont-Blanc à Courmayeur, est quotidiennement emprunté par près de 4 600 véhicules en moyenne, dont 68 % de véhicules légers. « Les risques d’accident y sont plus importants qu’ailleurs. Le premier d’entre eux est la collision frontale, souligne le CEN Pautrat. La circulation est donc soumise à des règles très strictes. En cas d’infraction liée à un dépassement ou toute autre manœuvre dangereuse, les gendarmes français interviennent également sur le sol italien afin de verbaliser les contrevenants. Cette mission s’inscrit dans le cadre de la coopération internationale. »

La lutte contre l’immigration clandestine constitue un autre défi quotidien pour les militaires de l’EDSR 74, lesquels réalisent de nombreux contrôles au niveau du tunnel du Mont-Blanc. Outre cet enjeu, la proximité avec la Suisse et la richesse du territoire induisent une forte délinquance d’appropriation. Or, c’est par la route que transite la marchandise volée.

Précurseur en matière de lutte contre les fraudes au Système d’immatriculation des véhicules (SIV), l’EDSR 74 traque les mentions frauduleuses, lesquelles se sont multipliées ces dernières années. En jeu, l’exonération de la taxe carbone, pouvant représenter plusieurs dizaines de milliers d’euros pour certains véhicules.

Autre particularité, l’EDSR 74 dispose d’une équipe de six enquêteurs, rassemblés au sein du Groupe local de contrôle des flux (GLCF). « Ces derniers sont chargés de la conduite des enquêtes relatives aux nombreuses infractions liées aux flux, précise le CEN Pautrat. Le spectre missionnel de cette unité spéciale est très large. C’est un peu la mini B.R. de l’EDSR ! » (NDLR : Brigade de recherches). L’an passé, 30 kilogrammes de résine ou d’herbe de cannabis, près de 4 kilogrammes d’héroïne et environ 200 000 euros d’avoirs criminels ont été saisis grâce au travail de ces enquêteurs. Une centaine de personnes ont également été mises en cause.

« L’EDSR 74 est doté de toutes les composantes essentielles à sa mission. Il fonctionne ainsi en totale autonomie. Cela fait sa force ! », résume le commandant de l’unité.
L’opération coordonnée du 17 février a permis aux gendarmes de l’EDSR 74 de relever 25 infractions routières, de constater un transport d’arme prohibée (couteau) et de dresser deux Amendes forfaitaires délictuelles (AFD) pour usage de stupéfiants.

Alors que la délinquance ne cesse d’évoluer et que se profile la suppression des barrières de péage dans un futur proche, de nouveaux modes d’action seront à inventer afin d’ancrer davantage encore la présence des gendarmes de l’EDSR sur les axes routiers et autoroutiers du territoire.

  • Image d'une femme gendarme, photographiée de dos, portant un gilet jaune portant l'inscription "Gendarmerie", tournée vers la gare de péage de l'autoroute. Une voiture blanche avance dans sa direction.
    © SIRPA-G / MDC Brice LAPOINTE
  • On aperçoit sur la photo les jambes d'un gendarme debout, face à un véhicule gris foncé, lors d'un contrôle routier, tenant un STOP STICK
    © SIRPA-G / MDC Brice LAPOINTE
  • Photo du commandant de l'Escadron départemental de sécurité routière de Haute-Savoie

    Le chef d’escadron Vincent PAUTRAT, commandant de l’Escadron départemental de sécurité routière de Haute-Savoie (74)

    © SIRPA-G / MDC Brice LAPOINTE
  • Photo de deux gendarmes vêtus d'une chasuble jaune fluo, positionnés au niveau d'une gare de péage de l'autoroute.
    © SIRPA-G / MDC Brice LAPOINTE
  • Une femme gendarme, au niveau d'un péage autoroutier, fait un signe de la main à un automobiliste, lui itimant de s'arrêter
    © SIRPA-G / MDC Brice LAPOINTE
  • Deux gendarmes inspectent le moteur d'un véhicule noir, dont le capot est relevé.
    © SIRPA-G / MDC Brice LAPOINTE
  • Photo d'un gendarme de dos, portant un gilet noir, avec écrit dans le dos "Gendarmerie - Equipe cynophile"
    © SIRPA-G / MDC Brice LAPOINTE
  • Un malinois inspecte le coffre d'un autocar rouge, sous la conduite de son maître, un gendarme vêtu d'une tenue kakie.
    © SIRPA-G / MDC Brice LAPOINTE
  • Un malinois, couché aux côtés de son maître, un gendarme en tenue kakie dont on aperçoit uniquement les jambers et le tronc, est positionné le long d'un véhicule gris. L'animal regarde en direction du photopgraphe.
    © SIRPA-G / MDC Brice LAPOINTE
  • Image d'une femme gendarme, photographiée de dos, portant un gilet jaune portant l'inscription "Gendarmerie", tournée vers la gare de péage de l'autoroute. Une voiture blanche avance dans sa direction.
    © SIRPA-G / MDC Brice LAPOINTE
  • On aperçoit sur la photo les jambes d'un gendarme debout, face à un véhicule gris foncé, lors d'un contrôle routier, tenant un STOP STICK
    © SIRPA-G / MDC Brice LAPOINTE
  • Photo du commandant de l'Escadron départemental de sécurité routière de Haute-Savoie

    Le chef d’escadron Vincent PAUTRAT, commandant de l’Escadron départemental de sécurité routière de Haute-Savoie (74)

    © SIRPA-G / MDC Brice LAPOINTE
  • Photo de deux gendarmes vêtus d'une chasuble jaune fluo, positionnés au niveau d'une gare de péage de l'autoroute.
    © SIRPA-G / MDC Brice LAPOINTE
  • Une femme gendarme, au niveau d'un péage autoroutier, fait un signe de la main à un automobiliste, lui itimant de s'arrêter
    © SIRPA-G / MDC Brice LAPOINTE
  • Deux gendarmes inspectent le moteur d'un véhicule noir, dont le capot est relevé.
    © SIRPA-G / MDC Brice LAPOINTE
  • Photo d'un gendarme de dos, portant un gilet noir, avec écrit dans le dos "Gendarmerie - Equipe cynophile"
    © SIRPA-G / MDC Brice LAPOINTE
  • Un malinois inspecte le coffre d'un autocar rouge, sous la conduite de son maître, un gendarme vêtu d'une tenue kakie.
    © SIRPA-G / MDC Brice LAPOINTE
  • Un malinois, couché aux côtés de son maître, un gendarme en tenue kakie dont on aperçoit uniquement les jambers et le tronc, est positionné le long d'un véhicule gris. L'animal regarde en direction du photopgraphe.
    © SIRPA-G / MDC Brice LAPOINTE

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