Les gendarmes de la Section de protection et d’appui drones (SPAD) en première ligne contre cette menace venue du ciel
- Par le chef d'escadron Romain Bastet
- Publié le 07 novembre 2025

Seule unité des forces de sécurité intérieure entièrement dédiée à la Lutte anti-drones (LAD), la Section de protection et d’appui drones (SPAD) du 2ᵉ Régiment d’infanterie de la Garde républicaine garantit la protection des autorités, d’événements d’ampleur et de sites sensibles. Immersion avec cette section unique au cours d’une journée d’instruction sur le camp militaire de Beynes.
Le soleil de début d’après-midi éclaire le stade du camp militaire de Beynes. Autour du lieutenant Jérémy, les gendarmes de la Section de protection et d’appui drones (SPAD) se rassemblent et écoutent, immobiles, la voix de leur chef de section qui transmet les consignes et fixe les objectifs. « Il est cinq, à vingt, on débute », indique-t-il. À peine les ordres donnés, le major Sébastien rassemble les chefs d’équipe pour un dernier point. Les essais radio s’enchaînent : « SPAD1, pour essai radio. Parlez » — « Reçu fort et clair ». Les chefs d’équipe rejoignent alors leurs groupes et transmettent les directives qu’ils viennent de recevoir. Parmi eux, la gendarme Ophélie, candidate au diplôme d’arme, donne ses ordres d’une voix assurée. Elle répartit les missions en s’appuyant sur son baptême de terrain pour illustrer sa manœuvre. Quelques hochements de tête, un regard d’entente : « Pas de question ? En avant ! », lance-t-elle. Autour d’elle, les opérateurs se déploient, méthodiques, et le dispositif se met en place : « SPAD1, mise en place terminée ! » L’exercice commence, sous le regard attentif des instructeurs.
Face à la prolifération des drones et aux risques, voire aux menaces, qu’ils représentent, ces journées d’instruction sont précieuses pour ces gendarmes, dont la mission est d’assurer la sécurité du ciel français lors de grands événements, de protéger les hautes autorités et de neutraliser toute menace aérienne en un instant.
« Seule unité dont la mission est exclusivement consacrée à la LAD »
Créée en août 2019, la SPAD fait partie du 2ᵉ Régiment d’infanterie (R.I.) de la Garde républicaine. De ce fait, les vingt et un militaires de cette unité agissent principalement en protection des palais nationaux, comme l’Assemblée nationale, notamment lors d’événements particuliers nécessitant une surveillance et une protection anti-drone. « Alors que d'autres forces peuvent posséder des capacités de Lutte anti-drones (LAD), nous sommes la seule unité dont la mission est exclusivement consacrée à la LAD, non seulement au sein de la Gendarmerie nationale, mais sur tout le spectre des forces de sécurité intérieure, explique le lieutenant Jérémy, commandant la SPAD. Nous avons une compétence nationale et participons ainsi à la sécurisation d’événements nationaux majeurs, tout comme à la protection de visites officielles d’autorités, président de la République, Premier ministre, etc., en complément des dispositifs du Groupe de sécurité de la présidence de la République (GSPR). Enfin, nous constituons la capacité zonale de LAD au profit de la région de gendarmerie d’Île-de-France. »
« Les premières expérimentations quant à la menace que représentaient les drones ont en effet débuté dès 2015 au sein de la gendarmerie. À une époque où les drones grand public commençaient à se démocratiser et où leur usage malveillant restait une préoccupation considérée comme théorique pour beaucoup, la dimension LAD était déjà au cœur des réflexions », poursuit le chef de la SPAD. Depuis, cette unité a capitalisé une expertise unique et aujourd’hui reconnue à l’international. Elle collabore étroitement avec plusieurs réseaux et groupes de travail européens consacrés à la lutte anti-drones. La Garde républicaine s’apprête d’ailleurs à prendre la direction du High-Risk Security Network (HRSN), un groupe de travail européen sur la sécurité où la thématique LAD est représentée. Dans un domaine en constante évolution technologique, la SPAD mise autant sur la recherche et le développement que sur l’innovation. Outre les moyens standardisés de brouillage et de détection, la section s’appuie sur des contre-mesures électroniques et des équipements exclusifs, développés en collaboration avec les industriels spécialisés dans les solutions LAD.
Récit d’une mise en situation au plus proche de la réalité
À Beynes, sur le terrain, l’exercice bat son plein. Les gendarmes de la SPAD se préparent à réagir comme en situation réelle. Pour cette mise en situation, l’événement, d’ampleur nationale, se déroule sous haute surveillance, d’autant qu’un signalement inquiétant - un individu potentiellement lié à une menace terroriste - a été transmis aux équipes. Tandis qu’une autorité de haut rang visite le site, deux groupes coordonnés veillent à son bon déroulement. Le chef d’équipe donne le ton, entouré de ses deux opérateurs : l’un à la détection, l’autre ajuste son fusil brouilleur, prêt à neutraliser toute intrusion. Le vrombissement discret d’un drone perce soudain le silence du dispositif. « Avons détecté un drone à 180 mètres au sud de notre position. Pas de comportement menaçant, je transmets les coordonnées GPS », annonce calmement une voix à la radio. Mais l’exercice se corse : l’équipe « plastron » fait décoller un drone considéré comme hostile. Une alarme stridente s’échappe de l’aéroscope : un drone de type Mavic 2 vient d’être repéré, cette fois avec un comportement menaçant. « Brouillage en cours », lance l’opérateur, concentré, alors que la coordination s’intensifie entre les deux équipes ; d’autant que l’une d’elles est victime d’une panne de matériel de brouillage, volontairement simulée par le lieutenant afin de préparer ses équipes à faire face à toutes les situations, y compris les plus dégradées.
Le scénario se déroule à la perfection : compte-rendu, coordination, réaction. Enfin, la voix du lieutenant retentit dans les oreillettes, coupant net l’adrénaline du moment : « Pour tous, FINEX ». L’exercice s’achève, place désormais à la phase de débriefing, essentielle pour en tirer tous les enseignements.
Portrait du maréchal des logis-chef Baptiste, chef de groupe à la SPAD
Le maréchal des logis-chef Baptiste a intégré la Garde républicaine en 2017. Il a d’abord servi en compagnie de marche, étape décrite comme un « passage obligatoire » avant de pouvoir se spécialiser. Initialement, son projet était de devenir tireur d’élite. Il s’est finalement réorienté vers la SPAD, une transition qu’il présente comme cohérente du fait du parallèle entre ces deux spécialités : l’autonomie, la protection d’un événement ou d’un site, l’observation et la prise en compte d’une multitude de paramètres (angles, météo, terrain, etc.). En janvier 2019, il se présente aux tests de sélection et intègre la SPAD. Depuis, il a obtenu le diplôme d’arme (NDLR : formation visant à faire acquérir les compétences indispensables à l'exercice des fonctions de gradés) et occupe donc la place de chef de groupe au sein de la section.
Le chef Baptiste revient sur les qualités humaines et professionnelles qu’il juge indispensables pour un équipier de la SPAD : « Ce que l’on recherche chez un équipier, c'est une grande autonomie et de la débrouillardise. Je pense que c'est le point le plus important. Sur le terrain, nous agissons principalement en trinôme. Chaque équipier doit donc être capable de prendre des initiatives et de gérer sa mission de manière indépendante. Une mission débute parfois avec un minimum d'informations : un lieu, une date et une heure. C'est tout. À partir de ce simple cadre, tout repose sur l'équipe. Cela implique de se déplacer en amont pour effectuer des reconnaissances, trouver les points hauts stratégiques, mais aussi établir des contacts avec les autorités locales. Il faut donc également un très bon relationnel. Si une bonne condition physique est nécessaire, la rusticité constitue aussi un prérequis. Certaines missions durent parfois plus de 10 heures dans des conditions climatiques potentiellement difficiles. Il faut donc avoir cette capacité à tenir dans le temps tout en conservant sa pleine capacité opérationnelle et toute son attention. Enfin, je pense que la cohésion est capitale, tout comme l’état d’esprit. Parce que nous agissons en effectifs réduits, la bonne entente et la synergie au sein du trinôme ou du binôme sont primordiales pour maintenir la vigilance et l'efficacité sur la durée. »
La menace n'est pas uniquement terroriste ou malveillante. Elle provient parfois d'utilisateurs civils qui, par méconnaissance ou imprudence, font voler leurs appareils dans des zones sensibles. Le chef Baptiste revient sur une situation riche d’enseignements : « Lors d'une mission de protection de l'Assemblée nationale, nous voyons un drone décoller de la place de la Concorde. Le pilote est un simple touriste qui souhaitait prendre des photos du monument. Trouvant les colonnes de l'Assemblée photogéniques, il s'en rapproche et déclenche une alerte. Ce cas de figure démontre que le risque zéro n'existe pas. Il ne faut jamais baisser la garde. Le danger peut surgir de la situation la plus banale. »
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