Finistère : des Monts d’Arrée à la presqu’île de Crozon, les gendarmes protègent le Parc naturel d’Armorique
- Par Antoine Faure
- Publié le 08 septembre 2025
Sur le territoire de la Compagnie de gendarmerie départementale (CGD) de Châteaulin, dans le Finistère, les gendarmes départementaux, renforcés par des réservistes et des gendarmes mobiles, ont assuré une forte présence durant cet été pour veiller à la protection de la population, des Monts d’Arrée à la presqu’île de Crozon.
Quand on songe à des vacances dans le Finistère, on pense aux romans qu’on va lire sur la plage, aux activités nautiques qu’on va pouvoir pratiquer, aux parties de pêche… Bref, on pense surtout à la mer ! Mais si le littoral attire l’immense majorité des estivants, il existe aussi un tourisme vert, pour les amateurs de randonnées nature. Le Parc naturel régional d’Armorique, créé en 1969 au cœur du Finistère, s’étend des monts d’Arrée à la presqu’île de Crozon, en passant par la vallée de l’Aulne et la rade de Brest, et se prolonge même en mer d’Iroise sur les îles de Sein, Molène et Ouessant. C’est l’un des rares Parcs nationaux possédant une façade maritime importante.
Une Brigade territoriale mobile dans les Monts d’Arrée
L’aventure commence à l’est du département, dans le massif des Monts d’Arrée. Afin de mieux couvrir ce territoire enclavé, il a été décidé de créer une Brigade territoriale mobile (BTM), dans le cadre du plan de 239 nouvelles brigades annoncé par le président de la République Emmanuel Macron, en octobre 2023. Elle fait partie des trois nouvelles brigades créées dans le Finistère, avec celles de Trégunc (brigade fixe) et de Landivisiau-Plougouvest (brigade mobile).
Opérationnelle depuis le 1er juillet 2024, armée par six gendarmes, l’unité est commandée par un gradé, Officier de police judiciaire (OPJ), l’adjudant-chef Christophe Hameline. « Après un été qui nous a permis de prendre nos marques, nous sommes désormais pleinement opérationnels », relève-t-il. Le territoire de la BTM des Monts d’Arrée comprend quatorze petites communes, ainsi que celle d’Huelgoat, où est implantée une brigade de proximité, « une unité dont les militaires sont souvent engagés sur le secteur de Carhaix, ce qui fait que nous patrouillons et intervenons régulièrement à Huelgoat », précise l’adjudant-chef. C’est le cas par exemple ce matin du 21 août 2025, peu avant midi, sur le marché très fréquenté du village.
Pour sillonner cette contrée vallonnée, les gendarmes disposent d’un véhicule utilitaire, baptisé Gend’truck, spécialement aménagé et doté de moyens de transmission modernes, ainsi que de deux motos électriques pour faciliter leurs déplacements dans les zones les plus isolées. « La plupart des mairies nous mettent à disposition des locaux, mais le véhicule nous permet d’accueillir la population dans certains centres bourgs », note Christophe.
Afin de gagner en efficacité, le commandant de la Compagnie de gendarmerie départementale (CGD) de Châteaulin, dont dépend la BTM, a décidé la mise en place d’un planning fixe depuis le 1er juillet 2025, reposant sur un accueil dans six communes à moins de dix minutes des habitants des Monts d’Arrée. « Nous nous déplaçons en revanche sur toutes les communes et dans les coins les plus reculés avec ce souci du dernier kilomètre », précise le chef de l’unité mobile.
Traversée par la rivière d'Argent, qui serpente ensuite jusqu’au célèbre chaos rocheux d'Huelgoat, la commune rurale de Berrien compte un peu plus de 900 habitants à l’année. L’arrivée de la BTM a été « un vrai soulagement », pour le maire Hubert Le Lann. « Avant, il fallait aller à Carhaix pour porter plainte ou déposer une main courante, rappelle-t-il. Les gendarmes des Monts d’Arrée sont très accessibles et interviennent rapidement. C’est un service indispensable dans nos campagnes. Bien que nous n’ayons pas de gros problèmes de sécurité, il y a toujours des petits larcins, des incivilités, des problématiques de déchets, de véhicules abandonnés… Et le maire, dans une petite commune comme la nôtre, c'est lui qui est en première ligne. Rien que le fait de voir des gendarmes, c’est rassurant, pour la population comme pour l’élu que je suis. En cas de conflit de voisinage, par exemple, il suffit souvent que les gendarmes arrivent, discutent un peu avec les habitants, et ça résout le problème ! »
L’adjudant-chef complète : « Nous avons des contacts réguliers avec les élus, qui sont parfois désemparés. On les renseigne, on leur apporte un conseil, ou alors on traite, on ouvre une procédure, voire une enquête s’il y a lieu. »
En été, la BTM n’est pas renforcée dans le cadre du Dispositif estival de protection des populations (DEPP) du Groupement de gendarmerie départementale (GGD) du Finistère, mais sa création récente suffit à assurer une présence auprès des touristes dans les Monts d’Arrée. C’est le cas ce jeudi 21 août, dans l’après-midi, au sommet du mont Saint-Michel-de-Brasparts, bien breton celui-ci, contrairement à l’îlot de la Manche. Il culmine à 381 mètres d'altitude et, sur son sommet, se trouve une chapelle dédiée à l’archange Saint-Michel, datant du XVIIe siècle.
Les gendarmes se rendent régulièrement sur ce lieu très fréquenté, non pas pour profiter de la vue imprenable, mais pour prévenir les vols à la roulotte sur le petit parking bondé, distiller des conseils de bon sens, comme de ne pas laisser d’objets de valeur en évidence dans les voitures, et rappeler les règles en vigueur sur les Monts d’Arrée : pas de camping sauvage, pas de feu de camp. Tout le monde ici a encore en mémoire l’incendie de grande ampleur qui s’était déclaré le 18 juillet 2022 sur la commune de Brasparts, détruisant plus de 2 208 hectares de landes et de forêt. Les flammes s’étaient arrêtées aux portes de la chapelle. Certains y avaient vu une intervention divine. Les autres, mieux informés, estimaient que c’était plutôt le résultat des efforts des sapeurs-pompiers.
La protection de l’environnement fait partie des missions essentielles de la BTM. « Nous sommes deux enquêteurs formés environnement et mon objectif est que tout le monde le soit à la fin du mois de septembre », indique l’adjudant-chef Hameline.
Un DSI sur la presqu’île de Crozon
En poursuivant la découverte du Parc naturel régional d’Armorique vers l’ouest, on parvient sur la presqu’île de Crozon, entourée au nord par la rade de Brest, à l'ouest par la mer d'Iroise et au sud par la baie de Douarnenez. La population de Crozon, qui compte 20 000 habitants à l’année, grimpe à plus de 70 000 l’été. Raison pour laquelle la Brigade territoriale autonome (BTA) a besoin de renforts dans le cadre du DEPP.
« Nous sommes renforcés par un Détachement de surveillance et d’intervention (DSI) suivant trois phases, explique l’adjudant-chef Benoît, affecté à la BTA. Il était armé jusqu’au 15 juillet par des réservistes et des sous-officiers de la CGD de Châteaulin, puis par six militaires des Escadrons de gendarmerie mobile (EGM) de Vannes, Brest, Pontivy et Mamers, jusqu’au 24 août, et enfin uniquement par des réservistes pour la dernière période, jusqu’au 31 août. Ce DSI a travaillé en autonomie, au profit de la brigade. C’était un renfort très important sur la deuxième partie de nuit. Cela a permis de conserver des effectifs de la BTA au complet dès le lendemain matin pour répondre à une activité opérationnelle intense en journée, en raison du tourisme, mais aussi pour être au rendez-vous des enjeux de sécurité majeurs sur une presqu’île qui comprend des infrastructures militaires sensibles et stratégiques. »
Un renfort très apprécié aussi lors des nombreux temps forts culturels de la saison, notamment le plus emblématique de tous, le Festival du bout du monde, qui se déroulait du 1er au 3 août. « Le festival possède sa propre sécurité, mais nous sommes renforcés pour l’occasion par des militaires de tout le GGD du Finistère et par l’Escadron départemental de sécurité routière (EDSR), explique l’adjudant-chef Benoît. Nous avons aussi d’autres événements qui attirent un public très nombreux comme les concerts des mardis de Morgat ou encore les marchés nocturnes. »
La deuxième mission du DSI a été de participer à des patrouilles coordonnées avec l’Office national des forêts (ONF) dans le cadre de la protection de l’environnement et de la lutte contre les incendies. Une prévention indispensable, surtout lors de cet été 2025 très sec. Les gendarmes assurent ainsi une forte présence autour de la crique de l’Île Vierge, afin de faire respecter l’arrêté municipal prohibant l’accès au site, par la terre comme par la mer. De nombreux réfractaires décident en effet de passer outre les panneaux d’interdiction. Ce vendredi 22 août, en fin de matinée, le gendarme Maxime, affecté depuis deux ans à l’EGM de Pontivy et détaché à Crozon pour cinq semaines, accompagné par les brigadiers de réserve Grégoire et Clément, étudiants à Brest dans le civil, descendent sur la petite plage pour verbaliser des contrevenants.
Enfin, dernière mission, la police route, enjeu d’importance dans le département. Là encore, gendarmes départementaux, mobiles et réservistes venus en renfort ont appuyé leurs camarades de la BTA de Crozon et de l’EDSR afin que l’été se déroule dans les meilleures conditions sur les routes de la presqu’île.
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