Enquêtes en milieu souterrain avec le « groupe spéléo » de la gendarmerie

  • Par la rédaction du site Gendinfo
  • Publié le 09 août 2025
Photo montrant un gendarme spéléologue en combinaison et casque équipé d’une lampe frontale, en train d’escalader une paroi rocheuse à l’intérieur d’une grotte.
© Sirpa-G - MDC B. Lapointe

Au sein de la Gendarmerie, une trentaine de militaires sont formés pour conduire des missions judiciaires, de secours et de police administrative en milieu souterrain, qu’il s’agisse de cavités naturelles ou artificielles. Ils forment le Groupe de spéléologues de la Gendarmerie nationale (GSGN), une unité de circonstance (non permanente) implantée sur deux sites, en Isère et dans les Pyrénées-Atlantiques, qui a compétence sur l’ensemble du territoire. Chaque année, alternant les massifs, les deux groupes se réunissent pour une semaine de stage intensif en commun.

Ce sont des enquêteurs des profondeurs. Ils bravent la verticalité, l’obscurité et les lieux confinés et exigus, afin de garantir la continuité de l’action de la gendarmerie en tout temps et en tout lieu. Ces professionnels composent le Groupe de spéléologues de la Gendarmerie nationale (GSGN). Formé de deux entités de circonstance - l’une implantée en Isère, l’autre dans les Pyrénées-Atlantiques -, le GSGN s’appuie sur un noyau dur de spécialistes issus des Pelotons de gendarmerie de haute montagne (PGHM) du Versoud et d’Oloron-Sainte-Marie. Autour d’eux gravitent des militaires volontaires, dûment formés, issus d’unités périphériques variées : brigades, Pelotons de surveillance et d’intervention de gendarmerie (PSIG), pelotons motorisés, unités de recherches, voire réserve opérationnelle.

Photo montrant un gendarme spéléologue en combinaison et casque équipé d’une lampe frontale, en train de descendre le long d'une paroi rocheuse à l’intérieur d’une grotte.
© Sirpa-G - MDC B. Lapointe

Comment intégrer le GSGN ?

Les membres du groupe de spéléologues de la Gendarmerie nationale (GSGN) sont sélectionnés selon deux voies d’accès : soit en étant déjà spécialiste montagne et affecté dans un Peloton de gendarmerie de haute montagne (PGHM), notamment ceux de l’Isère (38) ou des Pyrénées-Atlantiques (64), soit en appartenant à une unité périphérique, avec un intérêt manifeste pour le milieu souterrain.

Une première phase de détection est organisée via un appel à volontaire, suivie de tests de sélection internes menés au sein des deux PGHM. Cette procédure permet d’identifier des personnels motivés, parfois sans aucune expérience préalable, mais disposant d’un fort potentiel. Les candidats retenus suivent ensuite un cycle d’entraînement progressif, à raison d’une séance mensuelle, organisé au niveau de leur groupement respectif, afin de limiter les déplacements et garantir une formation continue. L’objectif, sur une année, est d’amener ces gendarmes jusqu’à l’obtention du Certificat d’Équipier Enquêteur en Milieu Souterrain (CEEMS), qui ratifie le premier niveau de compétence en spéléologie.

Le CEEMS valide en effet l’autonomie en progression souterraine, notamment sur corde et agrès, en intégrant les spécificités du milieu, qu’il soit naturel ou anthropique. Il permet aux gendarmes d’intervenir en sécurité lors d’opérations de secours, mais aussi de participer à des missions judiciaires en environnement souterrain. Ce volet est particulièrement pertinent pour les personnels issus des unités d’enquête, de la police technique (TIC) ou encore pour les Coordinateurs des opérations de criminalistique (COCRIM), qui apportent une compétence judiciaire dans un environnement physique qu’ils auront appris à maîtriser.

Certains vont ensuite poursuivre dans cette spécialité et prétendre au diplôme d’initiateur de spéléologie, délivré par la Fédération française de spéléologie. Ce niveau permet d’encadrer des sorties en milieu civil (notamment en club) et de devenir un appui précieux pour les responsables du GSGN, en assurant une partie des équipements ou en contribuant à la sécurité de la progression. D’autres, plus investis encore, pourront accéder au Diplôme d’État de spéléologie, une formation civile dispensée par le CREPS de Vallon-Pont-d’Arc, qui autorise l’encadrement professionnel de la discipline.

Une compétence nationale

Photo montrant plusieurs gendarmes spéléologues équipés de combinaisons, de casques et de lampes frontales, évoluant dans une grotte. Ils sont attachés à des cordes et utilisent du matériel d’escalade pour progresser parmi les parois rocheuses et les formations calcaires.
© Sirpa-G - MDC B. Lapointe

Doté d’une compétence nationale, le GSGN se voit confier des missions variées (recherches judiciaires, appuis techniques, protection de l’environnement), et ce, aussi bien dans des cavités naturelles que dans des milieux anthropiques (d’origine humaine, comme les buses, les puits, les mines…). Les militaires peuvent également intervenir, en qualité de secouristes sur des opérations de secours. Ils sont alors placés sous la direction du Préfet du département dans le cadre du plan ORSEC, et sous l’autorité du Conseiller technique du Secours Spéléo Français attaché à la Fédération Française de Spéléologie, pour la partie souterraine. Lors de ces opérations de secours, les gendarmes du GSGN peuvent être amenés à effectuer, si nécessaire, des constatations (recherche de responsabilité, professionnel en cause, mineur impliqué...). 

En ce qui concerne les secours, les interventions spéléo restent peu nombreuses. En revanche, le GSGN est régulièrement sollicité aux quatre coins de la France pour apporter son appui aux unités locales ou spécialisées. En témoignent des engagements aussi divers que la sécurisation de sites sensibles lors d’événements internationaux, comme le G7 à Chantilly, l'appui à des opérations de plongée souterraine, ou encore la fermeture de cavités polluées ou dangereuses sur réquisition administrative ou judiciaire.

La compétence judiciaire de ces gendarmes combinée à leur technicité spéléologique rend l’appui du GSGN particulièrement précieux pour les sections de recherches et les magistrats dans le cadre de certaines enquêtes judiciaires nécessitant la recherche de corps ou d’armes dans des puits ou des grottes ou encore la réalisation de constatations en milieu clos.

Une préparation minutieuse et une logistique importante à chaque mission

Photo montrant trois personnes en train de préparer des cordages et de les ranger dans des sacs étanches jaune marqués GSGN.
© Sirpa-G - MDC B. Lapointe

En milieu souterrain, la technicité est telle que la réussite d’une mission de secours ou d’investigation repose pour moitié sur sa préparation. Contrairement aux opérations en montagne où l’équipement peut rester générique, l’intervention spéléo exige une planification technique rigoureuse, guidée par l’étude préalable des fiches topographiques. Ces documents détaillent chaque obstacle rencontré dans la cavité, comme les puits, les mains courantes, les ressauts, les gouffres, les rivières… Ils permettent ainsi de déterminer les longueurs de corde, le type d’amarrages et le matériel collectif à emporter. Car chaque obstacle souterrain nécessite une corde propre, posée avec précision, puis démontée avec méthode. En spéléologie, a contrario de la montagne, la corde n’est pas seulement un outil d’assurance, c’est aussi le seul moyen de progresser. Dans l’obscurité des cavités, chaque corde posée est une ligne de vie. « Toutes les cordes installées sont fixes afin de permettre le retour : le premier équipier installe l’équipement, le dernier le déséquipe. Chaque obstacle nécessite donc sa propre corde, ce qui rend la progression dépendante du profil de la cavité. Certaines impliquent d’abord une longue montée avant de redescendre, d’autres l’inverse, avec parfois des remontées sur des cordes déjà en place. Les environnements sont extrêmement variés : rivières souterraines, cavités sèches, siphons, méandres étroits, puits verticaux, galeries tubulaires, grandes salles, ou passages très exigus nécessitant de ramper... », décrit le major Laurent. 

Photo montrant un gendarme spéléologue en combinaison et casque équipé d’une lampe frontale, en train d'installer une corde sur une paroi rocheuse à l’intérieur d’une grotte.
© Sirpa-G - MDC B. Lapointe

Dans les profondeurs, il n’y a en outre aucune communication possible avec l’extérieur. L’autonomie est donc vitale, imposant une logistique lourde, gérée collectivement. Tout est mutualisé entre les gendarmes participant à la mission : le matériel, la nourriture ainsi que les éléments de sécurité et de premiers secours. Une fois plongés dans cet environnement exigeant, confiné et parfois hostile, la progression se fait toujours en équipe. La cohésion du groupe est donc primordiale.

Formation exigeante et entraînement constant

La maîtrise technique des gendarmes spéléologues repose sur un entraînement constant. En plus des exercices mensuels organisés par les deux groupes, un stage intensif d’une semaine rassemble chaque année les personnels des PGHM d’Oloron et du Versoud ainsi que des militaires volontaires venus d’unités périphériques. Chaque édition cherche à allier progression technique, apprentissage théorique et enrichissement collectif, tout en variant les lieux pour découvrir de nouveaux massifs, avec leurs contraintes climatiques et géologiques spécifiques, susceptibles d’accueillir des interventions futures.

Pour les membres du noyau dur du GSGN, ce rendez-vous constitue un temps de maintien en condition opérationnelle. Les stagiaires les plus expérimentés poursuivent leur perfectionnement, notamment dans l’équipement des cavités et la pose de cordes, tandis que les nouveaux venus renforcent leurs compétences de déplacement souterrain, en développant aisance, autonomie et sécurité. Pour certains c’est aussi l’occasion de valider leur CEEMS.

Photo montrant un gendarme spéléologue équipé d’une combinaison, d’un casque et d’une lampe frontale, progressant prudemment dans un passage étroit et humide d’une grotte. équilibre, les mains appuyées sur les parois rocheuses, au-dessus d’un petit plan d’eau reflétant la lumière.
© Sirpa-G - MDC B. Lapointe

Le stage repose sur une pédagogie progressive : lecture de fiches topographiques, préparation collective du matériel, logique d’équipement obstacle par obstacle. Chaque sortie est pensée comme une mise en situation réaliste, guidée par une planification fine : quelle corde, quel amarrage, pour quel passage ? Les stagiaires apprennent ainsi à construire leur progression souterraine en intégrant les contraintes logistiques du travail en équipe.

Encadrés par les responsables du groupe, qui fixent des objectifs individualisés, les participants sont répartis en petits groupes pour explorer différentes cavités. La semaine est rythmée par des journées terrain. Les manœuvres de secours sont travaillées selon les standards du Spéléo Secours Français (SSF) afin de garantir l’interopérabilité avec les équipes civiles, les pompiers et les spéléologues. L’objectif est donc de développer une culture opérationnelle commune, fondée sur la rigueur, l’esprit d’équipe et la capacité à anticiper les besoins matériels avant l’entrée sous terre.

Ce rendez-vous constitue aussi un temps fort de cohésion entre les deux groupes spéléo, avec un retour d’expérience structuré sur les missions menées, les techniques utilisées, les problématiques rencontrées (matériel, formation, recrutement) et les perspectives à venir. Des conférences viennent enfin enrichir la semaine, en abordant des thématiques spécifiques telles que la topographie, les gaz, les explosifs ou encore la communication souterraine.

Photo montrant un gendarme spéléologue en combinaison et casque équipé d’une lampe frontale, en train de sortir d'un boyau étroit à plat ventre, poussant un sac jaune devant lui, à l’intérieur d’une grotte.
© Sirpa-G - MDC B. Lapointe

Retour d’expérience

« Avant ce stage, j’avais déjà fait de la spéléo deux fois, la première fois il y a 25 ans, puis une autre il y a douze ans, avec des collègues aguerris. Je savais donc vaguement en arrivant ce qu’était un descendeur spéléo, mais ça s’arrêtait à peu près là. Ce n’était donc pas vraiment une découverte du milieu. Dès ma première sortie, j’ai été frappé par cette sensation d’entrer dans les entrailles de la Terre. Ça nous ramène à notre condition d’homme de passage, plus encore que la montagne. C’est peut-être mon côté un peu poète…, racontait l’adjudant Éric, militaire du PGHM du Versoud, avant son premier stage, au printemps 2024. J’ai d’abord été affecté à Chamonix, où la spéléo était peu pratiquée, puis au Versoud, où il y avait un groupe très dynamique. J’ai passé le D.E. de guide, puis l’instructorat de secourisme, ce qui m’a amené à me spécialiser dans le secours en montagne. Jusqu’à récemment, la spéléo, c’était surtout sur la base du volontariat dans les PGHM. Avec la nouvelle circulaire de novembre 2023 et le manque de ressources, il faut désormais mieux répartir les missions. Lors de ce stage, contrairement à mes deux premières expériences, j’ai eu le temps d’appréhender le matériel, de m’équiper moi-même, de comprendre ce qu’on faisait et pourquoi. C’était beaucoup plus pédagogique. Même le départ, le matin, avait une autre dynamique. Et je me suis aussi rendu compte qu’en agissant intelligemment, on peut aller sous terre sans forcément se blesser. » Et de souligner : « Il y a souvent de la méconnaissance entre montagnards et spéléos, alors qu’on partage beaucoup. Les secours en spéléo restent rares - parfois aucun sur plusieurs années - mais les demandes judiciaires, comme des reconnaissances en puits, se multiplient. On a besoin de gens compétents pour ça. »

Au creux des entrailles de la terre, et autres cavités d’origine humaine, le GSGN poursuit ses explorations, apportant à la gendarmerie une capacité d’intervention rare, précieuse et aux usages transverses. De nombreuses techniques spéléo sont en effet réinvesties dans le secours en montagne. Les méthodes de progression sur corde, telles que la remontée ou la descente sur corde fixe, ainsi que l’installation de mains courantes, de tyroliennes ou de systèmes de mouflage, sont par exemple transposées du monde souterrain aux reliefs montagneux.

Opération de secours à personne sur une structure d'escalade en béton gris.
© Sirpa-G - MDC B. Lapointe

Circulaire 1300 : une refonte stratégique

Entrée en vigueur fin 2023, la nouvelle circulaire 1300 relative à la capacité de la gendarmerie en milieu souterrain et à l emploi des groupes spéléologie de la gendarmerie nationale (GSGN) a modifié en profondeur l’organisation du Groupe de spéléologues de la Gendarmerie nationale (GSGN). Elle impose désormais que tous les militaires des PGHM d’Oloron-Sainte-Marie et de Grenoble-Versoud soient formés à la spéléologie, avec des niveaux d’engagement différenciés selon leur disponibilité et leurs compétences : certains interviennent régulièrement, d’autres plus ponctuellement, notamment sur des missions simples. 

À la différence des gendarmes qui rejoignent le dispositif sans expérience préalable, les militaires des PGHM sont déjà des secouristes de montagne aguerris, souvent guides, titulaires de diplômes d’État en escalade ou canyoning, et formés longuement au CNISAG. Ainsi, les adapter aux spécificités du milieu spéléologique ne nécessite qu’un court module de découverte de trois jours.

Cette réforme permet d’élargir et de stabiliser la ressource opérationnelle, tout en répartissant plus équitablement la charge au sein des unités.

En parallèle, un point d’entrée unique a été instauré pour centraliser les sollicitations liées à la spéléologie. Cette veille permet d’évaluer les demandes en distinguant celles nécessitant une technicité spécifique de celles pouvant être confiées à d'autres unités, afin de préserver les ressources spécialisées et de garantir l'engagement des compétences les plus adaptées.

Le groupe est mobilisé via une astreinte assurée en continu par les deux PGHM, seuls pôles de compétence spéléo au sein de la Gendarmerie nationale. Jusqu’en 2023, cette capacité reposait sur un noyau d’environ 30 personnels, mêlant spécialistes montagne et gendarmes départementaux volontaires. Ces derniers continueront à renforcer les effectifs, à hauteur de 6 à 10 militaires, en appui des deux PGHM. Intégrer ces deux unités de haute montagne implique donc désormais de participer pleinement à l’activité spéléo, « comme on se spécialise naturellement en crevasse à Chamonix ou en canyon à Saint-Sauveur-sur-Tinée », en fonction des spécificités géographiques de l’unité d’affectation.

 


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